samedi 9 février 2019

Telecharger Une ville à soi pdf gratuit de Li Chi

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Ingénieur, fils d’ingénieur, il avait des habitations éparpillées sur toute la colline du Vomero. Une ville à soi pdf Quand le temps était clément, il se tenait sur sa terrasse, parmi les arbustes et les fleurs de toutes sortes, Telecharger Une ville à soi livre pdf bavardant en compagnie de sa femme et de ses enfants ; quand il pleuvait, il était nerveux : il craignait, je crois, qu’un gouffre n’engloutisse son béton quelque part. C’est lui qui nous avait vendu le deux-pièces de ma grand-mère. Il n’avait pas voulu de chèque, il avait exigé du liquide. Une ville à soi telecharger pdf Nous autres petits-enfants n’aurions pas dû accepter, mais ma grand-mère tenait beaucoup à ce logement, elle s’y était attachée, et, du reste, tout le monde nous disait que payer en liquide était normal ; le notaire lui-même n’avait opposé ni étonnement ni protestation, il s’était contenté de commenter : je ne veux pas savoir ce que vous fabriquez. J’avais traversé Naples, Telecharger pdf Une ville à soi le cœur battant, je m’en souviens, de crainte qu’on ne me vole cet argent. Mais j’étais jeune, et les entreprises un peu risquées m’égayaient. Avoir affaire à un homme qui ne respectait aucune règle, tout en feignant de les respecter toutes, fut beaucoup moins gai. J’ai bu une tasse de thé. Telecharger Une ville à soi pdf Je me remets maintenant à écrire, mais il me tarde de conclure : construire une métaphore sur un souvenir me pèse. Il faudrait des noms véritables, des substantifs sans adjectifs, pour raconter comment le règlement de la cohabitation civile se dérègle. Une ville à soi ebook gratuit pdf Fort du nombre énorme de mètres carrés qu’il possédait.

Carraccio avait été nommé président, secrétaire et syndic de la copropriété. Il obtenait toujours la majorité et répliquait, amer, à ses opposants qu’il était le seul à vouloir le bien de l’immeuble. Le conflit le plus dur qui l’opposa à ma pauvre grand-mère éclata à cause des quelques plantes que, n’ayant pas de balcon, elle suspendait à des supports en fer qu’elle avait fait fixer tout exprès au mur extérieur, sous le rebord de ses fenêtres. Elle avait conçu un grand attachement pour ces plantes, qu’elle soignait depuis des années, certaines depuis des décennies.

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Je vous remercie de votre proposition d’interview. J’ai essayé de vous fournir des réponses claires et succinctes, mais comme vous me posez des questions complexes et que vous le faites avec habileté, le résultat m’a paru un peu inapproprié. J’ai donc abandonné l’hypothèse de l’interview et j’ai entrepris de vous écrire pour le seul plaisir de vous répondre. Tourbillons Vous m’interrogez sur la souffrance dans mes deux livres. Vous formulez aussi une hypothèse. Vous dites que la souffrance de Delia dans L’amour harcelant et d’Olga dans Les jours de mon abandon résulterait de leur nécessité de régler leurs comptes, bien qu’elles soient des femmes d’aujourd’hui, avec leurs origines, avec des modèles féminins archaïques, avec des mythes de matrice méditerranéenne encore actifs en elles. 

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C’est possible, il faut que j’y réfléchisse, mais, pour ce faire, je ne peux partir du vocabulaire que vous me proposez : origine est un mot beaucoup trop usité ; et l’écho des adjectifs que vous employez (archaïque, méditerranéen) m’embrouille les idées. Je préfère, si vous me le permettez, bâtir mon raisonnement sur un terme de souffrance qui vient de mon enfance et qui m’a accompagnée dans la rédaction de ces deux livres. Ma mère m’a légué un mot de son dialecte qu’elle employait pour décrire son état d’esprit lorsqu’elle éprouvait des impressions contradictoires qui la tiraillaient et la déchiraient. 

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Elle se disait en proie à la frantumaglia. La frantumaglia (elle prononçait ce mot en redoublant le m) la déprimait. Parfois elle lui donnait le vertige ou lui faisait monter un goût de fer à la bouche. Ce mot désignait un mal-être qui n’était pas qualifiable autrement, il évoquait une foule de pensées hétérogènes, des rebuts flottant sur l’eau boueuse de son cerveau. Mystérieuse, la frantumaglia engendrait des actes mystérieux, elle provoquait toutes les souffrances qui n’étaient pas associables à une seule raison évidente. Plus tard, dans sa vieillesse, la frantumaglia la réveillait en pleine nuit.

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lui soufflait de petits refrains incompréhensibles à chantonner tout bas qui se concluaient bien vite par un soupir, la poussait à sortir subitement sans éteindre la cuisinière sur laquelle la sauce finissait par brûler dans sa casserole. Souvent, elle lui tirait aussi des larmes, raison pour laquelle ce terme s’est ancré dans mon esprit, dès l’enfance, pour définir avant tout des pleurs subits et sans raison consciente : des larmes de frantumaglia. Il m’est impossible à présent de demander à ma mère ce qu’elle entendait vraiment par ce mot. En l’interprétant à ma façon, j’ai cru autrefois que la frantumaglia rendait malade et que les individus qui en étaient atteints se transformeraient tôt ou tard en frantumaglia. Ce dont il s’agissait en réalité, je l’ignorais et je l’ignore encore. Je dispose aujourd’hui d’un catalogue d’images qui concernent cependant davantage mes problèmes que les siens. 

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La frantumaglia est un paysage instable, la masse aérienne ou aquatique d’une infinité de débris qui s’impose au « moi » comme sa seule et véritable intériorité. La frantumaglia est le dépôt du temps, sans l’ordre d’une histoire, d’un récit. La frantumaglia est l’effet de la notion de perte, quand on a la certitude que tout ce qui nous semble stable, durable, tel un ancrage pour notre vie, s’unira bientôt au paysage de rebuts que nous avons l’impression de distinguer. La frantumaglia consiste à déterminer avec angoisse et une terrible souffrance à partir de quelle foule hétérogène nous élevons notre voix, durant notre vie, et dans quelle foule hétérogène cette voix est destinée à se perdre. 

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Souffrant parfois de la maladie d’Olga, l’héroïne des Jours de mon abandon, je me la représente surtout comme un vrombissement croissant ainsi qu’un émiettement de matière vive et de matière morte en forme de vortex : un essaim d’abeilles qui se rapproche au-delà des cimes immobiles des arbres ; un tourbillon subit dans un lent cours d’eau. Mais ce mot est également adapté à ce que je suis persuadée d’avoir vu, enfant – ou durant ce laps de temps relevant de l’invention que, devenus adultes, nous appelons « enfance » –, juste avant que la langue pénètre en moi et qu’elle m’inocule un langage : une explosion très colorée de sons.

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À moins que ce ne soit ma façon à moi de désigner l’angoisse de la mort, la crainte que mes moyens d’expression ne s’enrayent, comme sous l’effet d’une paralysie des organes phonateurs, et que les instruments que j’ai appris à maîtriser depuis la première année de ma vie ne se mettent à flotter indépendamment de moi, s’écoulant ou sifflant d’un corps de plus en plus semblable à une chose, une bourse en cuir perdant de l’air et des liquides. 

Je pourrais continuer cette énumération : c’est un des quatre, peut-être des cinq mots de mon vocabulaire familial où j’ai l’habitude de fourrer tout ce dont j’ai besoin. Dans le cas présent, il m’est avant tout utile pour expliquer que, s’il me fallait dire en quoi consiste la souffrance de mes deux personnages, je me contenterais de la formule suivante : aborder la frantumaglia. Je conserve une page de L’amour harcelant que je n’ai pas utilisée, et qui illustre cette expression. 

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L’épisode concerne les cheveux très noirs d’Amalia, Delia le raconte au cours de son enquête napolitaine sur la mort de sa mère. J’avais les cheveux fins de mon père. Ils étaient mous et fragiles, dénués d’air comme de lumière, et se disposaient sur la tête au hasard, sans la moindre obéissance, ce qui leur valait ma haine. Il était impossible de les discipliner de façon à obtenir la coiffure de ma mère, un chignon, une vague gonflée sur le front, une mèche rebelle qui frôlait parfois ses sourcils. Je me regardais dans le miroir avec rage : Amalia avait été perfide, elle m’avait refusé ses cheveux. 

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Elle s’était réservé sa chevelure vigoureuse, elle m’avait privée de sa beauté. Elle m’avait donné des cheveux de fortune, qui me collaient au crâne, telle une patine sombre, et dont la couleur hésitante avait le goût de la dérision – châtains, mais empreints d’une faible volonté de noir, non la poix scintillante de sa chevelure, non la pâte de verre d’un noir luisant, à l’intérieur de laquelle se perdait le souffle de tous ceux qui lui disaient : ils sont magnifiques ! Personne ne me le disait, à moi.

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