lundi 11 février 2019

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Cependant ces phénomènes ténébreux ne m’effrayaient pas : au contraire, j’étais heureuse qu’ils se produisent, car j’avais ainsi tout loisir de les décrire à mes sœurs qui, La Disparition de Jim Sullivan epub elles, les redoutaient. J’ouvris la porte. La robe était étendue au beau milieu du lit, la taille étroite, les manches écartées, la jupe en trapèze. Telecharger La Disparition de Jim Sullivan epub Soudain elle se gonfla, comme sous l’effet d’un souffle, qui en souleva légèrement un pan. Craignant que ma mère ne rejette la faute sur moi, selon son habitude, je décidai de le rabattre. Or, pour une raison que j’ignore, je l’écartai davantage et regardai dessous. epub La Disparition de Jim Sullivan Il y avait là un corps nu de femme sans jambes, sans mains, sans tête, un corps violacé quoique privé de sang : un corps dont la matière ne possédait pas de veines. Je reculai et sortis. Quand ma mère découvrit la robe toute chamboulée, elle me gronda et hurla, parce qu’elle était déjà très nerveuse. J’ai depuis toujours la sensation que les vêtements ne sont pas vides : telecharger epub La Disparition de Jim Sullivan ce sont tout au plus les êtres humains qui le sont, désespérément perdus dans un coin. Enfant, j’ai porté les robes de ma mère. Elles me livraient des femmes magnifiques, prestigieuses, mais mortes. Alors je m’introduisais en elles, Télécharger La Disparition de Jim Sullivan epub ebook gratuit je les remplissais et leur inventais des aventures. Elles avaient toutes l’odeur de ma mère, et j’imaginais que je la dégageais aussi. Elles n’avaient pas de mari, mais de nombreux amants. La Disparition de Jim Sullivan telecharger epub  Je percevais intensément leurs plaisirs, et leurs corps aventureux déliaient le mien. Une fois sur ma poitrine, sur mes jambes, l’étoffe me réchauffait le ventre et éveillait mon imagination. La Disparition de Jim Sullivan pdf epub Ces tissus m’étaient familiers, ils avaient longuement séjourné entre les doigts de ma mère, sur ses genoux. Tant que ma mère a été couturière, j’ai vu naître des vêtements. La Disparition de Jim Sullivan livre epub  Elle ne m’a rien appris de son métier, se contentant, durant une certaine période, de réclamer mon aide pour défaire un bâti, exécuter un point qu’elle qualifiait de « surjet », ou un autre encore, du nom de « jour ». Télécharger La Disparition de Jim Sullivan ebook epub Mais son activité s’est ancrée dans mes yeux, en particulier ses gestes et ses objets, qui m’inquiétaient et m’enchantaient à la fois.

Je n’aimais pas que l’étoffe soit coupée : la coupe suscitait en moi une sorte de malaise et les bouts de tissu effiloché qui échouaient par terre, sous la table, me dégoûtaient. Le jour où j’ai rencontré l’expression « tailler un costume à quelqu’un », je lui ai insufflé ce sentiment ambigu de l’enfance. S’agissait-il de modeler l’étoffe à coups de ciseaux sur un corps vivant, afin de le couvrir ? 

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Ou était-ce le corps vivant qu’on dénudait à coups de ciseaux ? J’hésitais entre ces deux rêveries et regardais ma mère. Ma mère exerçait son métier comme Licia Maglietta dans le film de Mario Martone : sa couture était accompagnée de bavardages, de sourires et de rires, de médisances et de récits, du plaisir des récits entre femmes, histoires d’autres femmes, histoires de clientes et de voisines. Pendant ce temps, les mots tombaient sur le tissu et l’imprégnaient, ils s’incarnaient dans les femmes que j’occuperais ensuite. 

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Mme Caldaro, par exemple, l’épouse de l’avocat. Elle se déshabillait en répandant chez nous l’odeur triste de la maladie, passait sa future robe ponctuée de fentes, garnie d’épingles et de fils de bâti, et racontait sa vie, en larmes. Je l’écoutais, tout comme ma mère, et ses histoires me troublaient, j’aurais aimé lui dispenser des mots de consolation. Ma mère, en général, s’en chargeait : elle réconfortait sa cliente par une histoire, une histoire semblable à la sienne, qu’elle avait entendu raconter et qui avait eu une fin heureuse. Mme Caldaro écoutait, incrédule, persuadée que son histoire à elle se terminerait mal ; très malheureuse, elle pleurait. 

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Après son départ je voyais, dans sa robe abandonnée sur la table de la salle à manger – une robe que les mots de souffrance avaient achevé de marquer, de piquer –, un corps de femme épuisé par ses propres vicissitudes, un corps privé de tête, de jambes, de bras et de mains. Mme Caldaro avait commandé une robe de fête, de bal. Ma mère l’a cousue, décousue et recousue, lui a appliqué quantité de points. Je redoutais son aiguille, mais j’aimais l’harmonie de sa couture, pareille à un sillage qu’on laisse derrière soi.

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Elle était concentrée sur le vêtement à coudre, placé sur ses genoux. Lorsque j’insistais, elle acceptait que j’enfile l’aiguille. J’humidifiais l’extrémité du fil en la glissant dans ma bouche, la pressais et la tordais entre langue et lèvres, avant de l’introduire dans le chas. J’aimais y arriver du premier coup, sous les félicitations de ma mère, mais, quand j’échouais, elle récupérait le fil, en lissait le bout entre ses lèvres et me le tendait une nouvelle fois, ce qui était également agréable. De temps en temps, je tordais le fil humide entre pouce et index afin qu’il soit aussi dur et pointu qu’une épingle. Plus que tout, j’ai été marquée par la désinvolture avec laquelle les doigts de ma mère enfonçaient l’aiguille et le fil dans l’étoffe, tiraient légèrement, puis recommençaient ce geste. 

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L’action de piquer, de passer et de tirer était si rapide et si assurée, elle était exécutée avec une telle précision, qu’elle me revient à l’esprit aujourd’hui encore face à une opération bien menée, et je suis frustrée de ne pas me remémorer les mots qui y étaient associés. Ma mère parlait de « faufilures », de « point arrière », certainement de « chaînette », de « feston ». Hélas, les autres termes se sont évanouis, elle n’a pas voulu que je les conserve, elle souhaitait que j’apprenne autre chose. Mes souvenirs se limitent donc à sa main dont les ongles, au lieu de pousser, semblaient se courber, dont le dos était sillonné de grosses veines bleues, dont les doigts rêches étaient toujours piqués, rarement protégés par un dé. 

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C’était sa couture qui me fascinait, beaucoup plus que la coupe. L’art mobile de cette main réunissait les pans d’étoffe, effaçait les points de conjonction ; le tissu en lambeaux réacquérait une douce continuité, une nouvelle compacité, il se changeait en vêtement, forme du corps féminin, peau collant à la peau, organisme qui gisait sur ses genoux et parfois glissait à ses pieds agités tout autant que les mains, prêts à se poser sur la pédale de la Singer. Ce va-et-vient avait, à mes yeux, des allures de danse : la main tendait l’aiguille, la bouche mordait le fil, le buste tournait sur la chaise et se penchait sur la machine à coudre, les pieds larges.

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se posaient sur la pédale et actionnaient l’aiguille de la Singer, mouvement extrêmement rapide, associé à un bruit de métal qui roule. La machine semblait courir, alors qu’elle était immobile. La grande roue, en bas, entraînait la petite, en haut. La bobine tournoyait sur son support, des bobines de fil aux couleurs toujours différentes : j’ai vu le tourbillon du bleu, du vert, du rouge, du marron, du noir, pirouettes actionnées par les pieds de ma mère. Le fil se tendait jusqu’à la tête de la machine, il descendait vers l’aiguille qui, pendant ce temps, sautait très vite sur la navette, tel un athlète sur la corde, et disparaissait dans le tissu en laissant derrière lui une piqûre dense, que les doigts accompagnaient. Je regardais. 

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Il y avait un moment que je n’aurais voulu rater pour rien au monde : celui où le fil se raréfiait sur la bobine, se raréfiait de plus en plus, se transformait en une légère strate et finissait par se dérouler. Il n’en restait alors plus que le bout, qui s’envolait à son tour, tandis que la bobine à nu tournait encore un peu sur son support, avant de s’immobiliser, révélant sa véritable couleur, sans aucune séduction. Cet instant me remplissait de mélancolie. 

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J’ôtais la bobine du support comme s’il s’agissait d’un cadavre, je sentais que son existence était terminée : elle avait donné tout ce qu’elle était en mesure de donner, elle ne créerait plus de joyeux tourbillons de couleur. Désormais, le fil se trouvait entièrement dans la robe de Mme Caldaro, une transmigration d’énergie, et la robe était prête pour le rabat des coutures au fer chaud – coups de chaleur, caresses fébriles avant d’aller s’étendre dans la chambre, puis d’épouser le corps de la dame, femme d’avocat, et de s’imprégner de l’odeur de sa maladie, peut-être de son désespoir. 

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Ma mère abandonna vite ce métier, réservant ses talents de couturière à ses filles, aux femmes de la famille, à ses voisines et surtout à sa propre personne. Enfant, j’aimais qu’elle couse pour moi. J’aimais qu’elle prenne mes mesures : elle s’approchait, m’imprégnait de son odeur, me soufflait son haleine au visage. Elle confectionnait à mon intention des vêtements qui semblaient tous voués aux jeux.

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