lundi 11 février 2019

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Les Mirages de la certitude epub


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Le sourire de Harey me bouleverse, toutes les apparitions de Harey dans ce livre me bouleversent. L'Invention de la solitude epub En revanche, ce vêtement qu’elle ne peut ôter et dont on ignore, par conséquent, comment elle l’a passé me terrifie et m’attire. Telecharger L'Invention de la solitude epub Deux lignes plus loin, Kris, le héros du roman, s’empare d’une sorte de scalpel et découpe le vêtement de la femme à partir du col, de façon qu’elle ait la possibilité de l’ôter et d’enfiler la combinaison « un peu trop ample ». epub L'Invention de la solitude Ce sont là des manières expéditives typiques des hommes, cette intervention chirurgicale ne m’a jamais enthousiasmée. Pour moi, l’habit de Harey en dissimule un autre, telecharger epub L'Invention de la solitude identique, un autre encore et ainsi de suite, aucune opération extérieure n’est en mesure de régler le problème. Du reste, L'Invention de la solitude telecharger epub Lem fait de son héroïne un fantôme qui revient, qui revient toujours avec une énergie incoercible. Et toujours dans le même vêtement, que Kris est obligé de découper chaque fois pour le déshabiller. Si ce fantôme revenait mille fois, L'Invention de la solitude pdf epub il porterait toujours le même vêtement et, à force de le découper, Kris aurait dans la chambre de la station de Solaris mille habits identiques, L'Invention de la solitude livre epub c’est-à-dire un seul habit féminin doté de mille reflets. Que faire d’un tel habit ? Faut-il apprendre à l’ôter pour éviter de mourir ? Télécharger L'Invention de la solitude ebook epub Faut-il apprendre à le porter sans mourir ? Faut-il se résigner à l’idée que c’est l’habit de notre mort de femme et que toute tentative de résurrection se borne à nous le proposer encore et encore. Par exemple, à propos de vêtements, j’ai certainement mis du mien, enfant, dans Elles, Télécharger L'Invention de la solitude epub ebook gratuit d’Alba de Céspedes. 

Je parle surtout des cent cinquante premières pages, qui relatent une relation mère-fille – et, plus généralement, un catalogue de relations féminines – de façon mémorable. J’avais seize ans quand je les lus. 

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De nombreux aspects me plurent, d’autres échappèrent à ma compréhension, d’autres encore m’agacèrent. Ce qui compte néanmoins, c’est la lecture conflictuelle qui se développa alors : je ne parvins pas à m’identifier sérieusement avec la jeune Alessandra, la narratrice. Certes, la relation qu’elle entretenait avec sa mère, Eleonora, pianiste étouffée par un mari vulgaire, me bouleversait. Certes, je me reconnaissais dans les passages où Alessandra décrit le lien profond qui la rattache à sa mère. 


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Mais son approbation totale de la passion qu’Eleonora nourrit pour Hervey, le musicien, me dérangeait ; pis, son adhésion me paraissait mielleuse, improbable, et m’indignait. Pour ma part, j’aurais combattu de toutes mes forces un hypothétique adultère de ma mère : la seule idée qu’elle pût le commettre me remplissait de rage, ainsi que d’une jalousie supérieure, et de loin, à celle que son amour certain pour mon père suscitait en moi. 

Bref, je ne comprenais pas, j’avais le sentiment d’en savoir plus long sur Eleonora que n’en savait sa propre fille. Cette différence entre la narratrice et la lectrice que j’étais trouva justement sa confirmation dans les pages que l’auteure consacre à la tenue de la pianiste, lors du concert avec Hervey – des pages que je jugeais alors et que je juge aujourd’hui encore fulgurantes. 


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Elles constituent une partie importante d’un texte que j’estime désormais tout entier d’une grande intelligence littéraire. Voyons donc, si cela ne vous dérange pas, l’histoire de cette robe, qui obéit à une progression articulée. Eleonora possède un tempérament d’artiste mais, ternie par son rôle d’épouse, elle n’est plus, à quarante ans, que la fade apparence d’une femme sensible, sans amour. Sa mère aussi, la grand-mère d’Alessandra.


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elle a épousé un artilleur italien, ce qui l’a contrainte à ranger dans un coffre les voiles et les plumes de ses costumes de Juliette et d’Ophélie ; bref, le destin a voulu qu’elle renonce à son talent avant sa fille. Or, voilà qu’Eleonora, professeur de piano à domicile, donne des leçons à une gamine prénommée Arletta, qui vit dans une riche villa. 

Elle fait la connaissance du frère de son élève, le ténébreux Hervey, et s’éprend de lui. L’amour lui rend son talent, le désir de vivre et son ambition artistique, si bien qu’elle décide de s’exhiber en concert avec le musicien. Survient le problème de sa tenue. Dans quelle robe Eleonora jouera-t-elle lors du concert de sa libération, dans la somptueuse demeure d’Arletta et de Hervey ? Lectrice adolescente, je tremblais à chaque ligne. Le fait que l’amour occupait autant de place dans ce roman me plaisait. Je sentais que c’était vrai : on ne peut vivre sans amour. 


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Mais je devinais que quelque chose clochait. Les robes suspendues dans l’armoire d’Eleonora m’angoissaient, j’y reconnaissais un élément familier. « Elles étaient toutes de couleur neutre, écrit Alba de Céspedes en s’exprimant à travers Alessandra : gris havane, deux ou trois en shantung, attristées par un petit col de guipure blanche : des robes de femme âgée. […] Ses robes, suspendues aux cintres, étaient flasques. 


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“On croirait des femmes mortes, maman”, lui dis-je. » Voilà, l’image des robes pareilles à des femmes mortes accrochées aux cintres collait probablement au sentiment secret que je nourrissais pour les vêtements – je l’ai utilisée souvent, je l’utilise encore. Il y en avait une autre, deux pages plus haut, que j’introduisis sur-le-champ dans mon vocabulaire. 

Elle se rapportait au corps évanescent d’Eleonora amoureuse : « Elle était si maigre qu’on eût dit qu’il n’y avait sous ses vêtements qu’à peine un peu de souffle. » Comme cette robe animée d’une haleine chaude était vraie ! Je lisais. Je lisais avec avidité, impatiente de savoir comment les choses se termineraient. Quelle robe porterait Eleonora ? Elle s’immobilisait, allait à sa commode et, sous les yeux de sa fille, en tirait une grande boîte : « Elle était attachée par de très vieilles ficelles que maman fit sauter d’un seul coup.


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Cette phrase s’est ancrée dans ma mémoire comme un cri non de vie, mais de mort. Si le temps a passé depuis, si beaucoup de choses ont changé, le besoin qu’exprime l’Eleonora d’Alba de Céspedes me semble toujours désespéré, et par conséquent significatif. Relisons les passages tels que je les ai découverts lors de ma première et lointaine lecture, tels que je les sens aujourd’hui encore. Poussée par l’amour, Eleonora décide d’abandonner les habits du châtiment, de la souffrance. 

Mais le seul autre habit auquel elle se heurte est l’habit de scène qu’elle a hérité de sa mère, l’habit du corps féminin valorisé et exhibé. Fulvia le lui confectionne, et elle s’en pare pour s’offrir à un homme distrait : un costume de Juliette, un costume d’Ophélie, un costume qui humilie autant que les vêtements neutres, que les vêtements des rôles d’épouse et de mère. Je le savais, j’avais le sentiment de le savoir depuis toujours. 

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Je savais que non seulement les vêtements austères de la garde-robe domestique d’Eleonora, mais aussi les vêtements destinés à s’exhiber, pendent sur les cintres comme des femmes mortes. Alessandra aurait besoin du livre entier pour le comprendre. Trop tard : comme sa grand-mère, comme sa mère, elle allait au-devant de la mort. 

Je l’avais mystérieusement deviné dans les robes de ma mère, dans son envie de se faire belle, et cette intuition me tourmentait. Je ne voulais pas être comme ça. Mais comment voulais-je être ? Quand, adulte et au loin, je pensais à ma mère, j’essayais de déterminer quel genre de femme je pouvais devenir. 

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Je voulais être belle, mais comment ? Fallait-il donc obligatoirement choisir entre l’obscurcissement et la flamboyance ? Les deux possibilités ne renvoyaient-elles pas au même vêtement, le terrible vêtement de Harey, ce vêtement qui demeure collé à vous et qu’il est impossible d’ôter ? Je cherchais désespérément un moyen de me rebeller, de me libérer. La vie consistait-elle, comme Alba de Céspedes le disait à travers Alessandra, au moyen d’une métaphore peut-être d’origine religieuse, à apprendre à porter non pas des vêtements – ceux-ci viendront inexorablement –, mais son propre corps ?

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