samedi 9 février 2019

(Ebook gratuit) Télécharger Une ville à soi epub gratuit


Une ville à soi epub gratuit

les vouloir longs, très longs – je rêvais –, jusqu’aux pieds, peut-être plus longs que les siens – jamais épars dans mes souvenirs –, Une ville à soi epub  ils demeuraient une arabesque inélégante dans l’air, une inflorescence de la tête qui n’était pas en vigueur parmi les jolies coiffures, pas même l’ombre de cette puissance qui accordait aux cheveux de ma mère l’énergie d’une plante rare au printemps. Une ville à soi telecharger epub Un jour – j’avais douze ans –, peut-être parce que je cherchais une occasion de m’enfermer dans une incontestable raison de souffrance ; que je me sentais irrémédiablement laide et étais lasse de courir après ma beauté ; ou encore que j’entendais défier ma mère, lui crier sans un mot mon inimitié, Telecharger Une ville à soi je lui volai ses ciseaux de couturière, traversai le couloir et gagnai la salle de bains où je me cisaillai les cheveux avec acharnement, sans une larme, en proie à une joie féroce. Telecharger epub Une ville à soi Dans le miroir apparut une étrangère, une inconnue de passage au visage frêle, aux longs yeux étroits, au front pâle, une misère errante dans la mousse du crâne. Je pensai : je suis une autre. Et aussitôt après : ma mère également est une autre sous ses cheveux. Une ville à soi livre epub Une autre donc, et d’autres, d’autres encore. Le cœur battant, je contemplai dans le lavabo, sur le sol, les fragments de mes cheveux. Une double nécessité s’empara de moi : avant tout, je nettoyai soigneusement, car je ne voulais pas que ce spectacle chagrine ma mère ; puis je me montrai dans le but de lui faire du mal. Une ville à soi ebook gratuit Je comptais lui dire : regarde, je n’ai plus besoin de me coiffer comme toi. Assise près de sa Singer, Amalia travaillait. Elle m’entendit, se retourna, qu’est-ce que tu as fait ? Un souffle. Ses yeux s’embuèrent et ses cernes virèrent au violet. Télécharger Une ville à soi epub Elle ne cria pas, ne me frappa pas, ne m’infligea pas un des châtiments habituels des mères. 

Elle vit une chose qui la blessa ou l’effraya. Elle fondit en pleurs. Je sais pourquoi j’ai écarté cette page du roman, il y a dix ans : cet épisode en disait trop long sur la relation mère-fille et affaiblissait d’autres passages. En la relisant aujourd’hui, je demeure du même avis : le symbolisme des cheveux est évident, trop exhibé ; seule la pudeur sans doute m’a empêchée d’évoquer Samson et Dalila, Iris arrachant le cheveu de la vie à la blonde chevelure de Didon.

Télécharger Une ville à soi epub gratuit

Cependant, j’y décèle des détails qui m’intéressent davantage qu’autrefois : par exemple, l’acharnement que met Delia à effacer de son corps l’image de sa mère, comme si cet effacement était la seule condition de sa progression, et les pleurs d’Amalia à la fin, ces pleurs que nous ne savons pas bien expliquer, des pleurs déplacés, exagérés. Fille et mère, enfant et adulte, voient quelque chose, elles voient qu’il suffit de toucher aux cheveux pour que se produise une sorte de séisme. 

Télécharger epub Une ville à soi gratuit

Delia regarde à travers la fenêtre du miroir et y voit, au-delà de sa tête rasée, une série de capitulations. Amalia pose les yeux sur les cheveux obscènes de sa fille et entrevoit, au-delà, une pensée qu’elle est incapable de définir mais qui est bien présente et qui suscite ses larmes : ma fille m’est hostile, je ne me répandrai pas en elle, sa progression m’exclura, m’émiettera. La souffrance réside dans ce mouvement qui touche une corde profonde : une coiffure désirée, une coiffure refusée, l’aujourd’hui qui se remplit d’autres femmes et d’autres encore, un geste qui rompt les liens, brise une chaîne, déclenche un tourbillon qui décompose et provoque les larmes. 

Une ville à soi livre epub

Mes deux personnages, Delia et Olga, sont tous deux nés de ce mouvement : ils tiennent à leur moi, ils le renforcent, ils s’aguerrissent puis découvrent qu’une coupe de cheveux suffit pour que surviennent écroulement, perte de cohésion, sentiment d’être un flux hétérogène de débris, encore utiles et inemployables, empoisonnés ou améliorés. J’ai feuilleté les deux livres afin de m’assurer qu’il en était ainsi. J’ai voulu revoir comment j’avais construit Delia, et je n’ai relu qu’une vingtaine de pages. 

Une ville à soi ebook gratuit

Quelques lignes, en revanche, ont suffi pour Olga : j’ai encore à l’esprit les mots qui la concernent. Mais, en fin de compte, j’ai préféré me passer de ces textes et j’ai constaté que ces deux femmes possèdent au moins une caractéristique commune : elles exercent l’une comme l’autre une surveillance consciente sur leur propre personne. Les femmes des générations précédentes étaient très surveillées par leurs parents, leurs frères, leurs maris, la communauté, mais elles se surveillaient peu.

Une ville à soi ebook epub

elles imitaient ceux qui les surveillaient, se muant en bourreaux de leur propre personne. Delia et Olga sont, en revanche, le fruit d’une nouvelle et très ancienne surveillance, une surveillance liée à leur besoin de répandre leur vie. Je vais essayer de dire de quelle façon. Le mot « surveillance » a été marqué de façon négative par ses usages policiers, et pourtant ce n’est pas un mauvais mot. Il contient le contraire du corps émoussé par le sommeil, il est une métaphore hostile à l’opacité, à la mort. 

epub Une ville à soi gratuit

Il exhibe la veille, la vigilance, sans faire appel toutefois au regard – plutôt au plaisir de se sentir en vie. Les hommes ont transformé la surveillance en une activité de sentinelle, de geôlier, d’espion. Or, la surveillance est une disposition affective de tout le corps, son extension et sa germination. C’est une influence de vieille date, dont j’ai retrouvé la trace sous la forme de l’affreux en vigueur remarqué non sans surprise dans le passage sur les cheveux cité plus haut – je l’avais oublié. Mais le mauvais style me paraît souvent plus dense que le beau. En vigueur, cette expression qui indique l’expansion de la vie – le mot vigueur vient du verbe vigere, soit « être plein de force » –, éclaire la signification de surveillance. 

Telecharger Li Chi - Une ville à soi pdf gratuit

Je pense à la surveillance de la femme enceinte, de la mère sur ses enfants : le corps perçoit dans un vaste rayon une vague qui se diffuse, et il n’est pas de sens qui ne soit affectueusement actif. Je pense aussi à la très ancienne surveillance que les femmes exerçaient sur toutes les activités propices à la vie. Et je n’y vois pas de condition idyllique : être en vigueur signifie aussi imposer, s’opposer, se répandre de toutes ses forces. 

Telecharger Une ville à soi epub gratuit

Je ne compte pas au nombre de ces femmes qui croient que la ligne d’expansion de leur énergie vitale surpasse celle de l’énergie vitale des hommes. J’estime juste qu’elles sont différentes. Et que cette différence soit aujourd’hui de plus en plus visible me ravit. Par conséquent, pour revenir à l’acception particulière de « surveillance » que je tente de définir, je pense au fait relativement nouveau que constitue la surveillance de sa propre personne, de sa propre spécificité. Le corps féminin a appris la nécessité de se surveiller.

Oui, vigueur. Ce terme nous semble aujourd’hui approprié au seul corps masculin, et pourtant j’imagine qu’il désignait d’abord une vertu essentiellement féminine, que la vigueur de la femme imitait celle des plantes – vie envahissante, vie grimpante, ou, selon un terme rébarbatif, vigilance. J’aime beaucoup les femmes vigilantes qui surveillent et se surveillent dans le sens que j’essaie d’exposer. J’aime les décrire. Je les considère comme des héroïnes de notre temps. C’est ainsi que j’ai inventé Delia et Olga. 

Telecharger  Une ville à soi - Li Chi ebook pdf gratuit

Par exemple, si Olga, qui a exercé sur sa personne une surveillance « masculine », qui a appris la maîtrise de soi et s’est exercée à des réactions canoniques, parvient à surmonter la crise de l’abandon, c’est uniquement grâce à la surveillance spécifique qu’elle met en place sur sa propre personne et qui consiste à rester vigilante, c’est-à-dire à récupérer le désir de veille, à mobiliser dans ce but la petite Ilaria, à lui confier le coupe-papier, à lui demander : si tu vois que je suis distraite, si tu constates que je n’entends pas, que je ne te réponds pas, pique-moi avec ; en d’autres termes, fais-moi mal, utilise tes mauvais sentiments, mais rappelle-moi le besoin de vivre. 

Voilà, la fillette armée d’un coupe-papier, prête à frapper sa mère pour la ramener à l’état de veille et l’empêcher de se perdre, est à mes yeux une image importante. Dans une version précédente, Olga, enfermée dans son appartement, de plus en plus instable, prenait la décision d’armer sa fille et d’utiliser son hostilité enfantine au terme d’une énième hallucination. 

Télécharger Une ville à soi epub gratuit

La Napolitaine qui s’était noyée plusieurs décennies plus tôt dans les eaux du cap Misène parce qu’elle n’avait pas supporté l’abandon – la pauvrette, ainsi qu’on l’appelait dans tout le quartier pour la raison qu’elle s’était tuée comme Didon après le départ d’Énée – venait de lui apparaître à la cuisine. Il faut que je me prépare un café, le café dissipera ma somnolence. J’allai à la cuisine, ouvris la cafetière, la remplis de poudre noire, revissai.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire