samedi 29 décembre 2018

Zéro déchet - Béa Johnson Télécharger EPUB gratuit

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La différence entre ce système et un système de financement public des cultes apparaît d’ailleurs clairement si l’on compare l’« impôt cultuel » allemand au 8 pour 1000 italien. En effet, en Italie, il s’agit bien d’un financement public de la religion puisqu’une partie de l’impôt de chaque citoyen est allouée aux cultes ; même si les citoyens décident de ne pas utiliser leur 8 pour 1000 – en ne choisissant pas de religion sur leur feuille d’impôt –, le montant correspondant est cependant versé aux différentes religions en fonction des préférences exprimées par les autres citoyens. Au contraire, en Allemagne, les citoyens peuvent décider de n’être rattachés à aucune religion : dans ce cas, ils ne paient tout simplement pas d’« impôt cultuel », ce qui est neutre financièrement pour l’État, mais réduit considérablement les ressources de chaque culte.

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De plus en plus nombreux sont les Allemands qui dans les faits « quittent » leur religion pour ne pas avoir à payer ce supplément d’impôt, d’où la volonté de certains cultes allemands de basculer plutôt vers un système à l’italienne qui leur garantirait un financement annuel indépendamment du nombre de fidèles. Le système que je propose ici est beaucoup plus proche du « 2 pour mille » italien, mais avec une différence centrale sur laquelle il me faut encore insister : les Bons pour l’égalité démocratique, c’est un montant fixe alloué à chaque citoyen. Ils garantissent donc l’égalité des citoyens face au financement de la vie politique, là où au contraire le système du « 2 pour mille » fait varier le financement des préférences de chacun en proportion de ses impôts. De plus, les ressources des Bons pour l’égalité démocratique, en l’absence de choix exprimés par les citoyens, seront allouées au financement public de la vie politique, non pas en utilisant les préférences exprimées par ceux qui auront choisi un parti.

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D’une certaine façon, les Bons pour l’égalité démocratique peuvent faire penser au système du « chèque syndical », ce mode de financement du syndicalisme testé à partir de 1990 chez Axa et adopté par quelques entreprises et organisations (comme l’Union nationale des caisses de sécurité sociale, les instituts de cancérologie, ou encore l’entreprise Score et le groupe Casino), mais jamais généralisé. Mais, alors que ces « bons de financement syndical » sont financés par les entreprises, les Bons pour l’égalité démocratique sont un système de financement public de la démocratie, pris en charge par l’État et dont bénéficient l’ensemble des citoyens. La seconde différence centrale – et peut-être la plus importante – entre mes propositions et les systèmes d’impôt cultuel allemand et de 8 pour 1000 italien est la dimension universelle, ouverte et flexible du système que je suggère.

En Allemagne, il est en pratique relativement complexe d’arrêter de subventionner le culte choisi initialement, ou de changer de culte : il faut suivre une procédure stricte auprès du culte en question (il ne suffit pas de cocher une case sur la déclaration d’impôt, contrairement à ce qui se passe en Italie). Par ailleurs, en Allemagne comme en Italie, il se trouve que le culte musulman reste à ce jour totalement exclu de ces systèmes de financement public, pour des raisons diverses, liées en particulier au fait que les pouvoirs publics n’ont pas réussi à identifier une organisation unifiée et des interlocuteurs comparables à ceux impliqués pour les cultes chrétiens et israélite (c’est en tout cas l’explication officielle). Le problème est complexe, et sa résolution engage des enjeux qui vont bien au-delà du cadre de ce livre. Mais je veux insister sur le fait que ma proposition n’a de sens que si la procédure de choix.

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Chacun peut choisir de façon totalement libre le mouvement politique qu’il souhaite soutenir et en changer chaque année, en cochant une case sur sa déclaration d’impôt électronique. Pour finir, dans l’esprit, les Bons pour l’égalité démocratique ressemblent bien sûr fortement aux chèques démocratie tels que proposés par Lawrence Lessig et mis en œuvre à Seattle. Mais ils en diffèrent néanmoins. Pourquoi vouloir que le financement public passe par la feuille d’impôt plutôt que de distribuer au moment des élections des chèques démocratie ? D’une part, le passage par la feuille d’impôt limite un risque bien réel lié aux chèques démocratie : celui de la vente (par les électeurs) et de l’achat (par les candidats) de ces chèques.

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Lessig discute d’ailleurs ce risque et propose une méthode relativement compliquée pour le limiter : la possibilité donnée aux citoyens pendant vingt-quatre heures d’annuler l’allocation de leur chèque démocratie. Même à considérer que cette possibilité d’annulation supprime tout risque de marchandisation des chèques démocratie, il me paraît néanmoins qu’un financement public annuel des partis par les Bons pour l’égalité démocratique demeure préférable. En effet, les chèques démocratie sont centrés sur le financement des campagnes électorales. J’estime au contraire qu’il faut penser le financement des partis et groupements politiques – et surtout des nouveaux partis – indépendamment du temps de ces campagnes. Les partis n’ont pas vocation à n’être que des machines électorales ; ils doivent être conçus comme des plates-formes de réflexion permettant de faire progresser le débat public, y compris entre deux élections.

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J’entends déjà des voix s’élever pour dénoncer un risque potentiel qui serait associé à un tel système de financement public de la démocratie politique : la protection de la vie privée. Il s’agit néanmoins d’un faux argument, et ce pour plusieurs raisons. D’une part – et, comme contribuable, vous en êtes sans doute parfaitement conscient –, les citoyens révèlent déjà aujourd’hui énormément d’informations les concernant chaque année sur leur feuille d’impôt, informations dont ils ne souhaitent pas qu’elles soient rendues publiques. Et, dans les faits, elles ne le sont pas. La déclaration d’impôt repose sur un système qui protège la vie privée de chacun ; les citoyens ont aujourd’hui confiance dans ce système et il n’y a aucune raison qu’ils perdent cette confiance demain simplement parce que l’on aura ajouté avec les Bons pour l’égalité démocratique une case supplémentaire sur leur déclaration.

De plus, nous avons vu qu’un certain nombre de contribuables – un peu moins de 300 000 aujourd’hui en France – donnaient déjà chaque année aux partis politiques et le déclaraient sur leur feuille d’impôt. Certes, actuellement, seul le montant du don est à inscrire sur la déclaration, et non pas le nom du parti qui en a bénéficié. Sauf que les contribuables doivent garder, en cas de contrôle fiscal, les reçus-dons envoyés par les partis et les tenir à la disposition de l’administration fiscale. (On pourrait d’ailleurs préférer, comme cela a été le cas historiquement et l’est toujours dans un certain nombre de pays, que les contribuables joignent systématiquement les reçus-dons à leur déclaration, ce qui permettrait de limiter la fraude – la sur-déclaration de dons inexistants – que nous avons notée au chapitre 3.

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Ce qui n’est pas problématique parce que, à nouveau, cette information est entièrement protégée. On pourrait également noter que la volonté de conserver à tout prix aujourd’hui en France l’anonymat des contributeurs aux partis ou aux campagnes va à l’encontre des progrès qui ont été faits au cours des dernières années dans des pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni quant à la transparence du financement privé de la vie politique. En effet, dans tous ces pays, tous les dons au-dessus d’un certain montant – souvent faible – doivent être rendus publics, et cette information est aujourd’hui souvent disponible en ligne en quasi-temps réel.

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Ce qui permet de fait de limiter les possibles conflits d’intérêts, car journalistes comme citoyens deviennent plus attentifs aux retours d’ascenseur. La France a encore beaucoup de progrès à faire sur ce plan. Aux États-Unis, dans le cadre de l’expérience réussie des chèques démocratie à Seattle, on trouve en ligne la liste des individus qui ont alloué leur chèque démocratie et le nom du candidat qui en a bénéficié ; je ne pense pas qu’il faille aller aussi loin, mais il convient de noter que mettre fin à la corruption du système suppose de faire des efforts quant à la transparence. Notons enfin qu’en Angleterre, dans le système du « Gift Aid » que j’ai décrit au début de ce chapitre, les fondations doivent établir la liste de chacun des dons reçus, avec le nom et l’adresse des donateurs, et envoyer le tout à l’administration fiscale. Mais ce n’est pas pour autant que ces données ne sont pas protégées ; les communiquer à l’administration ne signifie aucunement les communiquer au grand public.

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Je pense que de telles interdictions devraient être introduites aujourd’hui dans tous les pays où elles ne sont pas à l’œuvre – à commencer par l’Allemagne, où le poids du secteur exportateur dans le financement de la vie politique n’est pas sans conséquences pour le reste de l’Europe. Que les entreprises aient réussi à convaincre les gouvernements allemands successifs de faire le choix d’une politique économique entièrement tournée vers l’exportation vient en effet gravement fragiliser la stabilité de la zone euro. En France, les dons des entreprises ont été autorisés au début des années 1990, puis interdits en 1995. Une réforme qui bien évidemment a donné lieu à des levées de boucliers, mais qui au final est passée. En Espagne, de même, après avoir été autorisés de 1987 à 2014, les dons des entreprises ont été interdits en 2014.

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Afin d’assainir le fonctionnement de la démocratie politique espagnole. Il est temps qu’une telle réforme soit votée en Italie, en Allemagne, au Royaume-Uni, etc. Pour le bien de chacun de ces pays, ainsi que des équilibres européens. Il ne sera cependant pas suffisant d’interdire les dons des entreprises. Il faut aller plus loin et limiter le montant des dons des individus. Dans un certain nombre de pays – on retrouve à nouveau ici l’Allemagne et le Royaume-Uni –, ces dons ne sont tout simplement pas limités par la loi. Il faut introduire un plafond. Et ce plafond doit être beaucoup plus bas que ce qu’il est actuellement non seulement en Espagne (50 000 euros par parti et 10 000 euros par campagne) ou en Italie (100 000 euros par parti, règle dont nous avons vu avec l’exemple de Berlusconi qu’elle pouvait être facilement contournée), mais également en France. 7 500 euros de financement privé chaque année pour l’ensemble des partis.

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Je propose donc de fixer le plafond des dons que sont autorisés à faire chaque année les citoyens aux partis politiques à 200 euros par citoyen, un plafond qui sera introduit de manière similaire pour le financement de l’ensemble des campagnes. 200 euros, c’est le chiffre qui est le plus souvent choisi pour séparer les petits des gros dons. Et cela reste davantage que le montant du don moyen fait en France par les contribuables à l’intérieur du premier décile de la distribution de revenus (122 euros). C’est également plus que le montant des adhésions aux partis politiques, et cela permettra d’égaliser le poids politique de chacun.

Quel argument pourrait-on opposer à ce plafond de 200 euros ? Celui de la liberté d’expression ne me paraît pas tenir. L’argent n’est pas du discours politique et l’on peut espérer que, même aux États-Unis, la Cour suprême reviendra sur cette conception. Dans un pays comme la France, si des plafonds ont déjà été introduits, c’est bien que l’on estime nécessaire de limiter l’importance des financements privés. L’argument le plus souvent utilisé est celui de la corruption ; si l’on s’en tient à ce seul argument, alors peut-être que oui, 200 euros semblera un plafond faible. Pourrait-on vraiment obtenir des promesses d’un candidat en échange de 200 euros ? Sauf que, comme nous l’avons vu tout au long de ce livre, le risque de la corruption ou de son apparence n’est pas la seule raison pour laquelle il est nécessaire de limiter les dons privés. La raison principale est celle de l’égalité démocratique.

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Bien sûr, et c’est d’ailleurs ainsi que j’ai ouvert ce livre, les élections coûtent cher. C’est pourquoi la limitation des financements privés doit aller de pair avec un généreux financement public des partis. C’est ce que je propose avec le système des Bons pour l’égalité démocratique d’une valeur de 7 euros par adulte. Mais il sera également nécessaire d’introduire une limite au montant maximal des dépenses électorales – comme c’est le cas en France ou au Royaume-Uni – dans des pays où de telles limites n’existent pas.

Aux États-Unis – mais également au Canada –, il faudra aussi encadrer les dépenses autorisées, et d’abord réformer fortement (voire interdire complètement) la pratique de la publicité électorale à la télévision et à la radio. Non seulement ces publicités coûtent extrêmement cher, et expliquent en grande partie pourquoi les dépenses électorales ont atteint de tels montants outre-Atlantique, mais de plus elles ont des effets nuisibles sur l’ensemble du système électoral. En particulier, il a été très bien montré que les publicités négatives (c’est-à-dire contre un candidat), qui sont courantes aux États-Unis, démobilisent les citoyens, qui au final ne votent plus15. Comment peut-on vouloir instaurer des règles du jeu démocratique qui incitent, par leurs conséquences, les citoyens à ne plus voter ?

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comme je l’ai rappelé au chapitre 8, le prix extrêmement élevé des publicités électorales à la télévision aux États-Unis est d’une certaine façon un accident de l’histoire ; cela aurait pu être très différent, et le temps d’antenne aurait pu être alloué gratuitement comme dans d’autres pays. Rien n’interdit enfin de changer, comme nous le rappelle le cas du Royaume-Uni, qui a attendu 1990 pour interdire les publicités électorales à la radio et à la télévision. En France, de telles publicités ne sont pas autorisées. Mais il sera néanmoins nécessaire de réformer en profondeur le temps de parole des candidats. En effet, dans l’Hexagone, non seulement le financement actuel des mouvements politiques fige en partie le jeu démocratique – car l’accès à des financements n’a lieu que sur une base quinquennale –, mais l’on retrouve le même problème si l’on considère les règles de temps de parole lors des campagnes électorales – notamment législatives et présidentielles. Commençons par l’élection présidentielle.

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Quelles sont ces règles en France ? Il faut distinguer deux périodes électorales : d’une part, la période dite « intermédiaire », de la publication de la liste des candidats au démarrage de la campagne officielle ; d’autre part, la campagne officielle qui, elle, dure trente jours (deux semaines pour le premier tour, puis durant l’entre-deux-tours). Aujourd’hui, c’est le principe de l’« équité » des temps de parole qui prévaut pendant la période « intermédiaire ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Que, sous le contrôle du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), le temps de parole des différents partis pendant la campagne « intermédiaire » doit être fonction de leur représentativité dans le paysage politique français et de leur capacité à manifester l’intention d’être candidat. La représentativité est établie en fonction de trois critères.

En ce qui concerne les élections législatives, le code électoral prévoit que, pour la diffusion des clips de campagne, les partis politiques représentés par un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale disposent, tous ensemble, d’un total de 3 heures d’émission pour le premier tour, alors que les partis non représentés peuvent bénéficier de 7 minutes d’émission à condition d’avoir démontré qu’au moins 75 candidats s’y rattachent. Autrement dit, à nouveau, une véritable prime aux gagnants… d’il y a cinq ans ! Comme si de nouveaux partis ne pouvaient émerger entre deux élections – ou, plutôt, comme une garantie que, si nouveaux partis il y a, ils ne viendront pas faire trop d’ombre à la place au soleil de nos élus bien installés.

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Or, un tel système ne peut fonctionner – ou du moins être considéré comme satisfaisant – dans une démocratie en mouvement. D’ailleurs, un tel système ne marche pas, ou du moins plus, comme on a pu le voir lors des législatives de 2017, au cours desquelles ces règles ont été modifiées. En effet, En marche ! a déposé en mai 2017 une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) auprès du Conseil constitutionnel afin que l’équité de traitement entre les partis politiques soit respectée ; il s’agissait pour le parti de contester la répartition des temps d’antenne entre les partis politiques – nouveau parti, seules 7 minutes lui étaient en effet accordées par le code électoral.

Il ne s’agit pas seulement d’égaliser les montants que chaque citoyen pourra consacrer à l’expression de ses préférences politiques, mais également de mettre fin aux conséquences les plus indésirables du système actuel. Aujourd’hui, les hommes politiques ne répondent qu’aux préférences des plus favorisés. Demain, plutôt que de concentrer leur attention sur ceux qui les financent, ils prendont en compte l’opinion de la majorité, autrement dit de ceux qui les élisent. C’est l’idée même de démocratie qui sera retrouvée. Mais cela ne suffira pas, il faut aller plus loin. La deuxième partie de la réforme que je propose se joue plus directement sur le terrain de la représentation : aujourd’hui, pour élire les Parlements tels qu’ils existent dans de nombreux pays, chacun vote en fonction de la circonscription législative où il réside, sur une base théorique « une personne, une voix ».

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Mais, en pratique, certaines catégories sociales sont presque totalement exclues des rangs des heureux élus. Ce qui manque cruellement, c’est une représentation de la réalité du corps électoral, et en particulier de ses différentes classes sociales. Avec le déclin généralisé des syndicats – qui ont été pendant des décennies des vecteurs de progrès social –, les classes populaires, déjà le plus souvent absentes des Parlements et dont les préférences sont ignorées par les élus, sont devenues une deuxième fois invisibles. Il faut leur redonner une représentation, en les faisant entrer directement à l’Assemblée. C’est ce que je propose ici avec la création de nouveaux sièges pour les « représentants sociaux ». Ou, plus concrètement, avec l’élection d’une part substantielle des parlementaires (au moins un tiers, et pourquoi pas la moitié ou davantage) à la proportionnelle sur des listes comprenant au moins une moitié d’employés.

Avec comme implication immédiate le fait qu’employés et ouvriers seront nettement plus nombreux demain qu’ils ne le sont aujourd’hui sur les bancs de l’Assemblée. Cela aura de plus des conséquences très concrètes sur les politiques qui seront mises en œuvre car, comme nous le verrons, l’origine socioprofessionnelle des parlementaires – et en particulier la profession qu’ils exerçaient avant d’entrer en politique – influence très directement la façon dont ils votent. Seule une telle proposition radicale permettra de mettre fin à l’exclusion radicale du jeu parlementaire dont font l’objet les catégories populaires.

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On ne peut plus se contenter de déplorer cette exclusion solidement installée dans nos démocraties, et qui finit par les miner de l’intérieur et par nourrir des votes mortifères : il faut prendre le problème de la parité sociale à la racine, comme cela a été fait (trop peu, et trop tardivement) pour la question de l’égalité femmes-hommes. Mais procédons par étapes et permettez-moi d’abord de passer rapidement en revue le formidable rôle qu’ont joué tout au long du XXe siècle les syndicats, notamment dans la mise en place d’un État social et la réduction des inégalités. Ces mouvements sociaux, on ne peut les penser indépendamment des partis politiques ; dans un certain nombre de pays, syndicats et partis ont d’ailleurs historiquement entretenu des liens très étroits. Et pourtant, la démocratie sociale n’est pas la démocratie politique : elle a ses propres logiques, dont j’estime qu’il est temps aujourd’hui de s’inspirer.

Quand on parle de « démocratie », ce que l’on a le plus souvent en tête, c’est la démocratie électorale, autrement dit l’élection de nos représentants politiques. Mais la démocratie prend également chaque jour une tout autre forme, parfois d’ailleurs avec plus de succès : celle de la démocratie sociale, qui se traduit dans les urnes par les élections professionnelles. Syndicats et partis politiques sont les deux dimensions de la représentation. Dans de nombreux pays, à commencer par la France, les syndicats se portent mieux dans l’ensemble aujourd’hui que les partis : ils ont une meilleure image et comptent davantage d’adhérents. Ainsi, 27 % des Français font confiance aux syndicats. Cela peut sembler faible, mais c’est trois fois plus que pour les partis politiques, auxquels tout juste 9 % des Français accordent leur confiance.

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Nous avons également vu au chapitre 3 que beaucoup plus nombreux étaient les citoyens qui donnaient aux syndicats plutôt qu’aux partis politiques. Cela ne veut évidemment pas dire que les syndicats se portent bien – et nous allons voir tout au long de ce chapitre les conséquences négatives associées à leur déclin. Si les syndicats se portaient bien, d’ailleurs, sans doute serait-il moins urgent de faire entrer une représentation sociale dans nos instances législatives en modifiant les règles de l’élection d’une partie des parlementaires. Mais les syndicats ont moins que les autres « institutions démocratiques » – à commencer par les partis politiques et les médias – souffert d’un désamour croissant au cours des dernières décennies ; là où les hommes politiques et les journalistes sont perçus comme déconnectés des réalités et incapables de prendre en compte les préoccupations de l’électeur médian – parce qu’ils ne les partagent pas.

La démocratie sociale fait mieux, et il faut donc s’en inspirer. Si l’on se retourne sur l’histoire, il semble d’ailleurs presque impossible de penser les partis politiques indépendamment, si ce n’est des syndicats, du moins des mouvements sociaux. Comme le décrit fort bien Daniel Schlozman, mouvements sociaux et partis politiques de masse ont émergé simultanément, à l’aube de la démocratie moderne. Alors que la démocratie est aujourd’hui en crise, il est urgent de revenir à cette réalité et de remettre ainsi sur la table les conditions du progrès social. Entre proximité et séparation, la relation complexe des syndicats aux partis politiques Quand Daniel Schlozman évoque l’émergence simultanée des mouvements sociaux et des partis politiques, ce sont les États-Unis qu’il a en tête, et non la France. En France, s’il existe de toute évidence des liens extrêmement forts entre syndicalisme et engagement politique, l’histoire de la relation de ces deux facettes.

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L’autorisation des syndicats en France s’est faite à la fin du XIXe siècle en même temps que la confirmation de l’interdiction des partis. En effet, en 1884, un travail de dissociation juridique entre défense spécialisée des intérêts professionnels et défense générale des intérêts politiques permet la reconnaissance des syndicats professionnels. Mais les partis politiques restent illégaux, bien que tolérés par le pouvoir. Pourquoi tolérer les syndicats et interdire les partis ? vous demandez-vous. Selon Stéphane Sirot, l’interdiction des partis relève de la volonté de l’État de ne pas perdre le monopole des décisions d’intérêt général. L’État élabore donc un syndicalisme de protection d’un champ précis : celui du travail dans le cadre de « l’étude et la défense des intérêts économiques, industriels, commerciaux et agricoles ».

Il tolère les syndicats, car ceux-ci l’effraient moins comme vecteurs de changement. Pourtant, les syndicats ont dès leur origine porté un programme de transformation de la société – autrement dit, réfléchi en termes d’intérêt général et non du seul champ du travail. Il faut attendre 1901 en France et la loi sur le droit d’association pour que les partis politiques acquièrent un véritable statut. Mais, alors que c’est l’État qui avait fait le choix – baroque – de dissocier en 1884 défense des intérêts professionnels et défense des intérêts politiques, ce sont les syndicats qui affirment en 1906 leur indépendance vis-à-vis des partis politiques. La Charte d’Amiens est considérée en France comme le texte fondateur du syndicalisme, qu’elle fonde sur des bases peu conventionnelles, du moins en comparaison internationale. Là où en Grande-Bretagne le Labour est né de la décision des syndicats de se doter d’une structure partisane, là où en Allemagne les syndicats « cogèrent ».

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Du moins sur le papier. Car, dans les faits, certains syndicats ont été pendant longtemps structurellement liés à des partis politiques – on pense notamment aux liens entre la CGT et le Parti communiste. Du côté des militants, la proximité est également flagrante : il existe en effet, encore aujourd’hui, des liens très forts entre militantisme politique et militantisme syndical. Florence Haegel l’a parfaitement documenté dans le cas de la Ligue communiste révolutionnaire. Il reste que la règle générale a été celle du partage des rôles entre les syndicats, chargés notamment des négociations salariales et du développement de la protection sociale, et les partis politiques, qui présentent des candidats aux élections législatives en vue de voter la loi commune. Ce modèle de séparation.

Qu’incarne en France la Charte d’Amiens, avait sa logique et sa cohérence propre, en particulier dans un monde industriel en plein développement, où les salariés avaient besoin d’une représentation forte au niveau des entreprises, afin de négocier à armes égales avec les détenteurs du capital. Mais dans un monde marqué par la désindustrialisation, l’essor de l’ubérisation et autres multiples formes de micro-entreprenariat subi, dans un monde marqué également par la désaffection croissante envers la politique, cette séparation ne me semble plus avoir lieu d’être. Les ouvriers et employés – ceux dont les syndicats défendent les droits – ne sont pas représentés dans l’arène politique. Ils le seront – par les mouvements sociaux – avec l’Assemblée mixte que je défends ici. Car cette Assemblée mixte verra l’entrée d’ouvriers et d’employés au Parlement, nouveaux représentants élus sur des listes dont tout laisse à penser.

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Une telle Assemblée mixte prend tout son sens, surtout si on la pense à la lumière d’autres pays, où les syndicats sont intimement liés aux partis politiques. Au Royaume-Uni, ce sont les syndicats qui ont créé le Labour Party en 190012, et les contributions des membres du syndicat au parti étaient alors automatiques. Autrement dit, le Labour Party est né comme l’expression politique des syndicats, lesquels financent en retour le parti. D’ailleurs, lorsque Margaret Thatcher a voulu affaiblir le Labour, en 1984, elle a rendu plus difficile le financement du parti par les syndicats. Ces liens très étroits entre les travaillistes et les syndicalistes au Royaume-Uni se sont traduits jusqu’au milieu des années 1980 par une forte présence des ouvriers et employés parmi les députés travaillistes, nous allons le voir.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, même parmi les députés travaillistes, on ne trouve presque plus d’ouvriers au Parlement anglais – une chute sans commune mesure avec la baisse de la part des ouvriers dans la population active. Comment l’expliquer ? Cela ne peut être entièrement étranger au fait que, à partir de la fin des années 1980, les dons privés reçus par le Labour n’ont cessé d’augmenter : jusqu’au milieu des années 1980, ils représentaient à peine 10 % du total des dons et des contributions des adhérents ; aujourd’hui, ils en représentent plus de la moitié (figure 65). Ce poids croissant des dons privés est dû, d’une part, à l’augmentation de ces dons depuis le début des années 1980 ; et d’autre part, à l’effondrement depuis 1986 des contributions des syndicats.

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Au final, dans de nombreux pays, les forces conservatrices ont fait d’une pierre deux coups en affaiblissant tout à la fois les syndicats et les partis à gauche de l’échiquier politique. La gauche a abandonné le conflit de classe et les questions de redistribution au fur et à mesure qu’elle se nourrissait des contributions des intérêts privés. Les ouvriers ont vu leur représentation sociale s’effriter avec la baisse de l’effectif syndical ; leur représentation politique a disparu en même temps que leur présence à l’Assemblée. N’est-ce pas le progrès social qui est, dans le même mouvement, mis en péril ?

Car ce sont les mouvements ouvriers qui ont été, au cours des siècles passés, les principaux vecteurs de progrès. Il suffit de penser à la mise en place du modèle dit scandinave de protection sociale : dans un pays comme la Suède, l’État-providence est né grâce et avec les syndicats. En Allemagne, depuis des décennies, la loi impose qu’il y ait autant de représentants des salariés que de représentants des actionnaires dans les conseils d’administration des entreprises de plus de 2 000 salariés, et un tiers des sièges dans les sociétés de 500 à 2 000 salariés. Bref, une véritable cogestion au niveau de l’entreprise.

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