vendredi 28 décembre 2018

Telecharger Qu'est-ce qu'un chef ? PDF ebook gratuit de Pierre de Villiers


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« Je ne suis ni philosophe, ni sociologue, ni capitaine d’industrie. Je suis un praticien de l’autorité qui s’est toujours efforcé de placer les relations humaines au cœur de son engagement au service de la France et de ses armées. Car l’autorité n’est pas spécifiquement militaire, c’est le lien fondamental de toute société humaine. Fort de ces convictions, je propose dans ce livre quelques jalons pragmatiques, simples et avérés pour sortir d’un mal-être sociétal croissant, diriger avec justesse et discernement. »
Le général Pierre de Villiers signe un essai ambitieux sur l’ordre, remettant l’Homme au centre du système. Comme le ferait un officier, il indique au lecteur le cap qu’il faut tenir dans un monde complexe et sa méthode pour y agir utilement. 
Mêlant une réflexion puissante sur les problèmes profonds que traverse notre époque et des solutions efficaces, le général de Villiers met ici son expérience unique au service de tous.



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Une pratique qui a débouché sur un scandale, puisqu’il est rapidement apparu que les montants reçus par le fonds étaient inférieurs aux transferts déclarés par les parlementaires du Mouvement 5 étoiles. Un peu à la façon des rétrocessions des élus Les Républicains à leur parti. Mais la volonté de diviser par deux la rémunération des élus et d’en reverser la moitié à l’État plutôt qu’aux finances du parti reflète également une conviction forte du Mouvement 5 étoiles, sur laquelle il convient de s’arrêter. Le mouvement considère en effet qu’il peut vivre uniquement de la multiplicité des petites donations qu’il reçoit. Et, de facto, il n’est pas inintéressant de réfléchir à un modèle de financement des partis politiques fondé sur une multitude de petits dons plutôt que sur un petit nombre de gros chèques de la part d’entreprises ou des citoyens les plus favorisés. 

Mais, d’une part, remplacer le système de financement actuel par un véritable financement par la foule suppose de réguler les financements privés – là où le Mouvement 5 étoiles ne s’en prend qu’au financement public de la démocratie, nous y reviendrons au chapitre 6. Et, d’autre part, il me semble préférable de réformer le système actuel du 2 pour 1 000, en attribuant à chaque citoyen le même nombre d’euros pour financer le parti de son choix plutôt qu’un montant qui dépend de son revenu. C’est le sens de ma proposition de « Bons pour l’égalité démocratique ». Or, le Mouvement 5 étoiles ne se bat pas pour réformer le 2 pour 1 000, mais pour le supprimer. Et ce en partie pour une mauvaise raison, car les belles paroles du parti souffrent de son manque de transparence. En refusant le 2 pour 1 000, le Mouvement 5 étoiles évite de publier ses comptes ; ainsi, on ne sait des petites donations qu’il reçoit que ce qu’il en dit.

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Mais revenons-en à nos partis français. Deux modèles de financement apparaissent clairement. D’une part, les partis à gauche de l’échiquier politique (les communistes, les socialistes et les écologistes) reposent majoritairement sur les contributions de leurs élus. D’autre part, à droite, et en particulier chez Les Républicains, ce sont les dons des individus qui sont majoritaires. À votre bon cœur, messieurs dames ! Surtout qu’à l’arrivée ça ne vous coûtera pas cher puisque, pour les deux tiers, c’est l’État qui paie. Au final, comment ces différents modèles contributifs se reflètent-ils en espèces sonnantes et trébuchantes ? Pauvres partis français ? Avec tout juste 676 000 euros de dons reçus en 2016, on pourrait penser que le Parti socialiste français est pauvre, avant tout par rapport aux Républicains, qui ont touché plus de 7,45 millions d’euros au même moment, et au tout jeune En marche ! d’alors qui, pour sa première année, a mis les deux pieds dans le plat de l’argent privé avec 4 962 730 euros de dons (ou quand l’on se rend compte que les choses étaient dès le départ relativement mal engagées pour le Parti socialiste). Il faut néanmoins souligner que ces faibles dons privés se sont accompagnés pour le Parti socialiste de plus de 11,1 millions d’euros de contributions de la part des élus et de 5,7 millions d’euros de cotisations d’adhérents. Pour étudier la bonne santé financière des partis politiques, toutes les dimensions de l’« argent privé » doivent ainsi être prises en compte.

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mais également leur origine : en termes de représentativité, en effet, reposer sur les cotisations de dizaines de milliers d’adhérents ou sur les chèques de quelques personnes favorisées a des implications extrêmement différentes. Comment se portent les partis français, comparés à leurs homologues européens – britanniques, allemands, belges, italiens et espagnols –, si l’on considère ces différentes dimensions ? Les différences droite/gauche quant aux sources des financements se retrouvent-elles ailleurs en Europe ? Pour répondre à ces questions, j’ai isolé dans l’ensemble de ces pays le parti « de gauche » et le parti « de droite »31. J’ai ensuite calculé, pour les différentes variables d’intérêt, le montant annuel moyen sur la période 2012-2016 (qui correspond au dernier cycle électoral en France). 

Considérons pour commencer le montant total des dons d’individus et d’entreprises reçus par les différents partis (il s’agit ici des seuls dons ; nous examinerons ensuite séparément les contributions des élus et les cotisations des adhérents32). Plusieurs choses apparaissent clairement. Premièrement, dans l’ensemble des pays, les partis de droite reçoivent beaucoup plus de dons privés, de personnes physiques comme d’entreprises, que les partis de gauche (figure 32). Si ce résultat n’étonnera sans doute pas le lecteur, il convient cependant de s’y arrêter un instant. Car, dans tous les pays où les dons ouvrent droit à une réduction d’impôt, cela implique que le gouvernement finance davantage les partis de droite que les partis de gauche. Cela implique également que, du fait des financements privés, les partis de droite ont systématiquement un avantage électoral sur leurs homologues de gauche (un phénomène que je documenterai au chapitre 8).

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Autre résultat qui n’est pas très surprenant, mais mérite néanmoins d’être souligné : dans les pays où il n’y a pas de limites aux dons – en particulier au Royaume-Uni et en Allemagne, où les dons des entreprises comme des individus peuvent couler à flots –, le montant total des dons reçus par les partis est bien plus élevé que dans les pays – comme la France ou la Belgique – où le financement privé des partis est beaucoup plus strictement encadré. Les divergences massives entre les pays ne proviennent bien sûr pas des différences quant à la taille des populations : ramené au nombre d’adultes, le Conservative Party a touché 0,53 euro de dons privés par adulte britannique en moyenne annuelle en 2012-2016, et la CDU 0,37 euro par Allemand adulte, c’est-à-dire respectivement 2,8 et 1,2 fois plus que Les Républicains (0,19 euro par adulte français)33. En Italie, les dons des entreprises sont depuis 2014 limités à 100 000 euros par an, mais l’on peut toutefois s’étonner de leur faiblesse, car ce plafond est élevé. Malheureusement, il est probable que cela soit en partie dû aux obligations de transparence introduites au cours des dernières années.

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Ce qui ne veut pas dire, bien évidemment, qu’il ne faut pas de transparence – au contraire, je pense en particulier que la France devrait imposer aux partis la publication de la liste des dons et de l’identité des donateurs supérieurs à un certain montant, comme c’est le cas en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni –, mais qu’il est urgent de donner davantage de moyens aux commissions en charge de réguler les financements privés. Les partis de droite bénéficient donc un peu partout davantage de la générosité des donateurs privés que leurs homologues de gauche, en particulier dans des pays comme l’Allemagne et le Royaume-Uni où cette générosité n’est pas encadrée. Sont-ils cependant plus riches ? Nous avons vu plus haut, dans le cas de la France, que les contributions des élus pouvaient permettre de compenser ce déficit de financement privé.

Qu’en est-il ailleurs en Europe de l’Ouest ? La figure 33 représente pour les différents pays le montant annuel moyen des contributions des élus et des cotisations des adhérents touchées par les partis. Plusieurs résultats sont frappants. Un, les contributions des élus et les cotisations des adhérents sont l’exact miroir des dons privés : dans tous les pays, les partis de gauche reposent bien plus largement sur ces sources de financement que les partis de droite. Deux, les partis allemands – de droite comme de gauche – sont des partis de masse, un phénomène ô combien commenté, étudié, analysé, décortiqué depuis Maurice Duverger34, et qui apparaît ici très clairement du fait de l’importance des cotisations des adhérents. C’est l’équivalent de presque 0,80 euro par adulte allemand qui est versé chaque année au SPD par ses adhérents, 0,60 euro pour la CDU. Au Royaume-Uni, le Conservative Party n’est pas un parti de masse.

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Les dons aux campagnes varient très fortement d’un type d’élection à l’autre – ainsi, les élections municipales donnent lieu à davantage de dons que les autres élections –, mais également d’une année sur l’autre (figure 34). Par exemple, les candidats à l’élection présidentielle de 2012 ont reçu beaucoup plus de dons (9,3 millions d’euros au total) que les candidats à l’élection présidentielle de 2017 (4,7 millions d’euros). La comparaison entre Nicolas Sarkozy (près de 6 millions de dons reçus en 2012) et François Fillon (tout juste 6 600 euros, soit près de 100 fois moins !) est, de ce point de vue, frappante. S’agit-il d’un effet « primaire » ? La primaire des Républicains en 2016 a en effet permis au parti de récolter 9,4 millions d’euros (elle a rapporté bien plus qu’elle n’a coûté). Or ce bénéfice a été versé au compte de campagne de François Fillon. Inutile, dès lors, pour lui d’investir dans une nouvelle levée de fonds ! D’autant que, si l’on ajoute à l’effet primaire un effet Pénélope, une telle levée n’aurait peut-être pas été si aisée.

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Pour conclure, que nous ont appris ces deux chapitres consacrés au financement privé de la démocratie ? Un, que les dons aux partis politiques et aux campagnes sont extrêmement concentrés, les plus riches contribuant financièrement à la vie politique pour une part bien supérieure à la part du revenu total qu’ils représentent, et ce y compris dans des pays comme la France où le montant de ces dons est pourtant limité. Deux, si paradoxal et injuste que cela puisse paraître – du moins aux yeux du commun des citoyens, ceux qui bénéficient de ce système semblant très bien s’en accommoder –, la plupart des démocraties occidentales ont mis en place un système de réduction d’impôt tel que les plus favorisés voient leurs préférences politiques très largement subventionnées par l’État, alors que ce n’est pas le cas de la majorité des citoyens. 

Autrement dit, en démocratie aujourd’hui, non seulement une personne n’est pas égale à une voix, mais ce sont les plus pauvres qui paient pour que les plus aisés puissent s’assurer de l’arrivée au pouvoir du parti de leur choix. Trois, cela est très loin d’être neutre politiquement. Ce n’est pas surprenant – du moins nous y sommes-nous habitués –, mais les citoyens ne contribuent pas aléatoirement aux différents partis. Ainsi, les partis plus à droite de l’échiquier politique tendent dans tous les pays à recevoir plus de dons – d’individus ou d’entreprises lorsque cela est autorisé – que les partis de gauche. Certes, cette différence est en partie compensée par le fait que les élus et les adhérents contribuent davantage plus à gauche de l’échiquier ; mais, au final, les partis de droite tendent à être plus riches en moyenne que leurs homologues de gauche.

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Deuxièmement, ce financement donne un très fort avantage aux partis conservateurs par rapport aux partis qui sont supposés l’être un peu moins. Troisièmement, ce financement – qui, dans de nombreux pays, provient aussi bien des entreprises que des individus – se reflète en partie dans les choix de politiques publiques de gouvernements (de droite comme de gauche) pourtant supposés prendre en compte les préférences de la majorité. Certains seraient tentés de parler d’une nouvelle forme de « corruption » – on pourrait reprendre l’exemple de Philip Morris et du lobby de l’industrie du tabac en Allemagne, et parler du « cancer » de l’argent qui ronge petit à petit les élections, poumons de la démocratie. Sans aller jusque-là, il est certain que, dans de nombreuses démocraties aujourd’hui, ce sont davantage les euros que les personnes qui ont voix au chapitre. 

Or ces dérives ne sont pas propres au seul financement direct des partis politiques et des campagnes. Pour un citoyen désireux d’influencer non seulement le résultat des élections, mais également les termes du débat public, il existe d’autres canaux d’intervention potentiellement très efficaces – et souvent encore moins régulés –, à commencer par les think tanks et les médias. Si la bataille des urnes est difficile à gagner, pourquoi ne pas gagner en amont la bataille des idées ? Les think tanks, un financement privé déguisé de la démocratie ? Dans la plupart des pays – même ceux où les dons aux partis politiques et aux campagnes électorales sont très fortement encadrés –, il n’existe pas de limites aux montants qui peuvent être donnés aux fondations politiques.

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Et ces laboratoires ne brillent pas toujours par la transparence de leur comptabilité, c’est peu dire. Certes, il est parfois établi clairement – c’est le cas de la France – que les fondations ne peuvent pas directement faire campagne. En France, seuls les « partis » ou « groupements politiques » tels que définis dans le code électoral – et donc assujettis au respect des obligations légales de financement et de transparence – sont autorisés à financer les campagnes, de quelque manière que ce soit. Mais ces organisations participent de fait au débat démocratique, qu’elles influencent parfois beaucoup, par la diffusion d’idées, la publication d’études, de rapports, etc., ainsi que par leur présence très forte dans les médias. D’ailleurs, elles définissent le plus souvent leur rôle comme l’animation du débat politique et public. 

Nous allons commencer notre examen par le cas français, avant d’aborder d’autres pays, en particulier l’Allemagne qui a développé un intéressant système de financement public des fondations politiques liées à chaque parti. Nous poursuivrons avec le cas américain, où la capture de l’intérêt général par les « philanthropes » a pris des proportions impressionnantes, avant de faire le lien avec la question du financement des médias, autre terrain de jeu très apprécié des plus favorisés. Les fondations politiques à la française, entre subventions publiques et dons privés Quels sont les principaux think tanks français ? Vous connaissez sans doute leurs noms, tant leurs animateurs sont des habitués des plateaux télévisés. De gauche à droite, la Fondation Gabriel Péri, créée à l’initiative du Parti communiste ; la Fondation Jean Jaurès.

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mais dont elle est indépendante ; la fondation Terra Nova, également marquée au centre gauche ; la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), qui se veut de centre droit ; l’Institut Montaigne, plus à droite de l’échiquier politique ; et la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (IFRAP), héraut ultra-libéral de la fin de l’État. Ajoutons aussi la Fondation Concorde, tournée vers les petites et moyennes entreprises et le monde de l’industrie ; Europa Nova, think tank de réflexion européenne, petite sœur à sa façon de la Fondation Robert Schuman ; la Fondation de l’écologie politique, adossée à EELV, et la Fondation Nicolas Hulot, adossée, elle, à un certain ministre, défenseur de l’environnement et pourtant grand amoureux des véhicules polluants ; ou encore la fondation Res Publica, présidée par Jean-Pierre Chevènement. 

La plupart de ces think tanks sont juridiquement des « fondations reconnues d’utilité publique » ; autrement dit, ils peuvent recevoir des dons non seulement de la part des contribuables, qui bénéficient en retour d’une réduction d’impôt de 66 %2, mais également de la part des entreprises, alors que les partis politiques et les candidats ne peuvent plus recevoir de dons d’entreprises en France depuis 1995. Ces dons ouvrent en outre droit à une réduction de 60 % de l’impôt sur les sociétés ou sur le revenu (dans la limite de 5 pour mille du chiffre d’affaires). On soulignera au passage la mauvaise foi de l’IFRAP, reconnue d’utilité publique depuis 2009, qui brandit avec fierté le fait de ne pas recevoir de financement public – ce qui serait un signe d’indépendance – alors même qu’elle insiste très lourdement sur son site Internet – avec rien de moins qu’un simulateur de déduction fiscale3 ! – sur la possibilité de défiscaliser les dons.

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Ce n’est pas ce que nous disent les documents budgétaires de Bercy. Certes, ce financement est indirect, mais il est néanmoins bien réel ; sans compter qu’il est toujours curieux de clamer son « indépendance » quand on repose pour l’essentiel sur des financements d’entreprises privées. Ces fondations reconnues d’utilité publique reçoivent également pour un certain nombre d’entre elles des subventions publiques – directes –, qui prennent principalement deux formes, avec d’un côté ce que l’on appelle couramment les « subventions du Premier ministre » et de l’autre, jusqu’à sa suppression en 2017, la réserve parlementaire4. Les subventions du Premier ministre, dont l’allocation est laissée à la discrétion du chef de cabinet du Premier ministre, sont relativement importantes pour un certain nombre de fondations : elles dépassent le million d’euros chaque année pour la Fondapol, et se sont élevées à 1,7 million d’euros en 2016 pour la Fondation Jean Jaurès. 

Toutes les fondations sont cependant loin d’être logées à la même enseigne ; ainsi, Terra Nova n’a reçu en 2013 et en 2014 que 30 000 euros et doit encore se contenter aujourd’hui de 200 000 euros annuels, près de 9 fois moins que la Fondation Jean Jaurès (figure 35). (Que le lecteur étonné ne cherche pas l’Institut Montaigne sur cette figure : ce n’est pas un oubli de ma part, mais le reflet du fait que ce think tank ne touche pas de subventions publiques directes.) De plus, si les chiffres concernant les données allouées sont disponibles en ligne5, il convient de souligner le manque complet de transparence qui caractérise la manière dont ces fonds sont alloués. Et l’on comprend de fait que certains think tanks puissent parfois se sentir « maltraités » par rapport à d’autres, sans disposer des motifs précis expliquant leurs moindres subventions.

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L’Allemagne est sans doute le pays qui a poussé le plus loin – et le plus tôt – le financement public de ses think tanks (les fameuses parteinahe Stiftungen). Ceux-ci reçoivent en effet d’importants subsides de l’État depuis 19679. Ces think tanks, contrairement à ce qui se passe en France, sont directement rattachés à des partis politiques : la Rosa Luxemburg Stiftung à Die Linke, la Friedrich Ebert Stiftung au Parti social-démocrate (SPD), la Heinrich Böll Stiftung aux Verts (Die Grünen), la Konrad Adenauer Stiftung à l’Union chrétienne-démocrate (CDU), la Hanns Seidel Stiftung à l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU), et la Friedrich Naumann Stiftung au Parti libéral démocrate (FDP). 

Il faut concevoir les think tanks en Allemagne comme le second bras des partis politiques, fortement armé pour tenir le devant de la scène du débat public. Les think tanks allemands sont également beaucoup plus vieux que leurs homologues français. Alors que les principales fondations politiques ont émergé en France au début des années 200010, certains think tanks allemands datent de bien avant la Seconde Guerre mondiale11. La fondation Friedrich Ebert a ainsi été créée dès 192512. Bien sûr, leur rôle n’était pas alors exactement le même qu’aujourd’hui ; ces fondations ont pris à leur création la forme d’académies politiques, dont la vocation d’éducation était très forte. Cette vocation éducative s’est renforcée encore un peu plus au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec le développement de nombreux programmes d’éducation civique. Ainsi, aux origines de la fondation Konrad Adenauer.

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La principale caractéristique de ces think tanks allemands, en comparaison internationale, est leur richesse, qui provient en grande partie de l’importance des subventions publiques qu’ils reçoivent13. Ces fondations sont en effet majoritairement financées par le budget fédéral, et en particulier par le budget des ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de la Coopération économique et du Développement et de la Culture. Contrairement à la France où, nous l’avons vu, les subventions publiques sont laissées à la discrétion des parlementaires d’une part et de Matignon de l’autre, le 
financement des fondations politiques en Allemagne relève de modalités très précisément définies. 

Les six fondations politiques se partagent le budget qui leur est octroyé sur la base de la moyenne des résultats électoraux des partis auxquels elles sont rattachées lors des quatre dernières élections fédérales. En 2017, 581 millions d’euros ont été consacrés au financement public des think tanks politiques allemands (figure 38). Ce montant est en constante augmentation depuis le milieu des années 2000. Si l’on compare sur la même période (moyenne annuelle 2012-2016) le financement public des partis politiques (152 millions d’euros par an) et celui des fondations (509 millions d’euros), on s’aperçoit que l’Allemagne dépense plus de trois fois plus pour le financement de ses fondations politiques que pour celui de ses partis. Combien cela représente-t-il, ramené à chaque fondation ? En moyenne, chaque année, sur la période 2012-2016, la fondation Friedrich Ebert (le think tank du Parti social-démocrate) a touché 150 millions d’euros (figure 39). Même si ce n’est pas de l’ordre du comparable.

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Si les fondations politiques allemandes vivent en très large partie des subventions publiques qu’elles reçoivent, aux États-Unis, on serait au contraire tenté de dire que les fondations se définissent « contre l’État »15. Je l’ai souligné dans l’introduction de ce livre, un certain nombre de fondations relèvent en effet de la volonté de philanthropes autoproclamés de faire le bien public, volonté qui s’accompagne du refus de l’impôt. Pour le dire rapidement, l’État est perçu comme inefficace et les philanthropes comme les nouveaux défenseurs d’un intérêt général mieux défini ; il faudrait par conséquent réduire au maximum le poids de l’État – et donc le montant des impôts qu’il perçoit – et permettre au contraire à des fondations privées, mais (du moins sur le papier) à but non lucratif, de se développer. 

Il existe des dizaines de milliers de fondations aux États-Unis, dans des secteurs aussi variés que la santé, l’éducation, la recherche ou encore la défense et la politique étrangère. Je vais me concentrer ici sur les seuls think tanks « politiques » – et sur les principaux d’entre eux –, mais le problème de la substitution d’une définition collective du bien public par une définition entièrement privée est évidemment beaucoup plus large. Nous y reviendrons dans un instant, quand nous discuterons de la face cachée de la philanthropie. Ces think tanks politiques américains – comme, plus largement, l’ensemble du secteur philanthropique outre-Atlantique – vivent pour l’essentiel des dons privés qu’ils reçoivent, en particulier de la part d’entreprises, mais également de riches individus ou d’autres fondations. Mais que le lecteur ne s’y trompe pas : aux États-Unis comme en France, qui dit dons privés.

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certes indirect, mais néanmoins considérable. Ce qui a d’ailleurs pour conséquence ironique que ces think tanks, bien que le plus souvent très marqués politiquement, se déclarent pour la plupart « strictement non partisans » afin de pouvoir bénéficier fiscalement du statut de fondations non imposables16, statut permettant que les dons qu’ils reçoivent soient fiscalement déductibles. À quelle hauteur ces think tanks bénéficient-ils de la générosité de donateurs privés ? Je vais me concentrer ici sur les principales fondations politiques américaines : de gauche à droite, la Brookings Institution et le Center for American Progress, du côté libéral et progressiste ; au centre, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) et le think tank indépendant Council on Foreign Relations ; du côté conservateur, l’American Enterprise Institute, l’Heritage Foundation et Americans for Prosperity (AFP, l’organisation politique des frères Koch, milliardaires qui financent les mouvements ultra-conservateurs depuis des décennies aux États-Unis, et que nous aurons l’occasion de recroiser) ; et, encore plus à droite, le Mises Institute (qui refuse le qualificatif de « conservateur ») et le Cato Institute chez les libertariens. Il n’est pas évident, dans les comptes annuels de ces fondations – qui ne brillent pas toujours par leur transparence –, de distinguer précisément les différentes sources de revenu. Considérons donc plutôt ici les revenus annuels de ces organisations (figure 41). Il apparaît clairement que même le plus « pauvre » de ces think tanks américains, le Mises Institute – un think tank académique baptisé d’après Ludwig von Mises, économiste autrichien-américain de la première moitié du XXe siècle –, est, avec 3,3 millions d’euros de revenus moyens annuels, aussi riche que le plus riche des think tanks français.

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