vendredi 28 décembre 2018

Telecharger Pilleurs d'Etat PDF ebook gratuit de Philippe Pascot


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Nos élus clament haut et fort que l'heure est à l'effort collectif ! Mais au moment où il faut se serrer la ceinture et être solidaire, eux, ne font que se servir sans vergogne et en toute légalité dans les caisses du pays... État des lieux. 
Philippe Pascot nous entraine à la découverte de ce que nos élus cachent sous le tapis de leur exemplarité affichée et de leur moralité élastique quand elle touche à leurs privilèges. 
Il démontre à travers des faits concrets que le système lui-même, dans son immobilisme calculé, ne peut donner naissance qu'à des dérives illicites ou légales mais toujours totalement immorales ! Si tous les élus ne sont pas pourris, beaucoup sont complices...
Cet ouvrage recense tous les abus légaux dans lesquels se vautre sans vergogne la classe politique française : salaires exorbitants, exonération d'impôts, retraites douillettes, passe-droits et autres petits arrangements entre amis, le tout dans le cadre d'une loi faite sur mesure et qu'ils connaissent sur le bout des doigts. 
Des faits et des actes révoltants, mis à jour sans concession mais sans esprit partisan, dans le seul but du droit à l'information pour tous.

 Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que les élections municipales – auxquelles de nombreux candidats se présentent « sans étiquette » et qui se caractérisent également, de la part des électeurs, par des votes qui dépendent moins du contexte politique national et davantage de facteurs locaux – soient caractérisées par une « égalité » plus grande des dons reçus par les différents candidats, cela n’est pas ce que l’on observe dans les données. Au contraire. Comme pour les législatives, les candidats de droite aux élections municipales sont plus richement dotés que leurs concurrents. Ainsi, en moyenne, les candidats de droite reçoivent à ces élections locales 3 400 euros de plus en dons privés que les candidats de gauche, alors que les candidats de l’extrême droite et de l’extrême gauche ne reçoivent, eux, quasiment aucun don.

Avec quelles conséquences ? Mieux financés, les candidats conservateurs dépensent davantage que leurs concurrents ; alors que ce supplément d’argent privé aurait pu se traduire par un apport moindre de la part des partis aux candidats, ce n’est pas ce que l’on constate. Et ce, pour une raison simple : les partis de droite étant eux-mêmes plus riches, ils peuvent davantage aider leurs candidats. De plus, comme nous allons le voir, puisque les dépenses électorales sont en moyenne un instrument extrêmement efficace pour conquérir des voix, pourquoi se priver de la possibilité de mettre toutes les chances de son côté ? Au final, les 3 400 euros de dons supplémentaires reçus par les candidats de droite aux élections municipales se traduisent immédiatement en recettes additionnelles, les candidats de droite ayant en moyenne 4 200 euros de plus de recettes que leurs concurrents de gauche et dépensant donc davantage. De même, aux élections législatives.

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Le résultat principal de la recherche que j’ai menée avec Yasmine Bekkouche est le suivant : l’argent dépensé par les candidats a un impact direct sur le nombre de voix qu’ils obtiennent aux élections municipales comme aux élections législatives, au travers des effets des dépenses de campagne (dépenses de communication, réunions publiques, tracts, porte-à-porte, etc. – nous y reviendrons). Cela apparaît très clairement sur la figure 58 et sur la figure 59, qui montrent respectivement pour les élections législatives et pour les élections municipales la corrélation très forte qui existe entre le pourcentage des votes obtenus au premier tour par un candidat et le pourcentage des dépenses électorales totales de la circonscription représenté par les dépenses de ce candidat (chaque point sur ces graphiques symbolise un candidat).

Plus les dépenses d’un candidat dans une circonscription sont élevées par rapport à celles de ses concurrents, plus le pourcentage des voix obtenues par ce candidat au premier tour est en moyenne important. Bien sûr, corrélation ne signifie pas causalité, et l’on peut penser à de multiples raisons pour lesquelles – indépendamment de tout effet causal des dépenses sur les votes – on observerait une telle corrélation. Cela serait, par exemple, le cas d’un candidat plus prometteur qui pourrait tout à la fois obtenir plus de dons (l’argent va à l’argent, et donc aux gagnants) et plus de voix parce qu’il serait populaire, et non parce que ses dépenses lui amèneraient plus de voix12. Bien conscientes de ce problème, nous avons procédé de la façon suivante pour identifier l’effet causal des dépenses.

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Cette interdiction subite et imprévue conduit en effet à une baisse massive des moyens disponibles pour certains candidats et non pour d’autres, y compris à l’intérieur d’un parti donné, et pour des caractéristiques locales identiques. Il s’agit donc d’une expérience naturelle quasi parfaite, et les résultats sont éloquents. D’après nos estimations, le prix d’un vote est d’environ 6 euros pour les élections législatives en France et de 32 euros pour les élections municipales. Ce qui implique que les 8 000 euros supplémentaires de dons privés que reçoivent en moyenne les candidats de la droite par rapport aux candidats de la gauche aux élections législatives leur donnent un avantage de 1 367 à 2 734 voix (selon que le gain électoral se produit au détriment du Parti socialiste ou d’un autre parti), c’est-à-dire entre 3 et 6 % des votes exprimés au premier tour des élections.

En d’autres termes, sans aucune limite aux dépenses, l’argent privé pourrait, en France, facilement modifier les résultats électoraux. Quelques euros, une voix. Et n’oubliez pas que l’addition est en partie pour l’État, c’est-à-dire dans les faits pour l’ensemble des contribuables, puisque, lorsqu’un citoyen aisé donne, les deux tiers de la valeur du don sont payés par l’État. Cet effet est d’autant plus problématique que le supplément de dépenses se fait en majorité par la droite ; les implications seraient différentes si de manière « aléatoire » l’on observait tantôt le candidat socialiste, tantôt le candidat Les Républicains, tantôt le candidat communiste, etc., recevoir et dépenser plus que ses concurrents. Or, ce que l’on observe, c’est que c’est bien Patrick Balkany – et non son concurrent socialiste Gilles Catoire – qui a reçu en 1993 pour son élection dans la 5e circonscription des Hauts-de-Seine.

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Au-delà du cas des Balkany, l’effet causal des dépenses électorales sur le vote est tel qu’il pourrait expliquer en grande partie l’« étrange défaite » de la droite lors des élections législatives de 1997, à peine quatre ans après la débâcle historique du Parti socialiste aux législatives de 1993 et deux ans après la nette victoire de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995. L’interdiction des dons de la part des entreprises a en effet seulement affecté les candidats qui recevaient jusqu’alors des dons d’entreprises, c’est-à-dire principalement des candidats de droite, et uniquement certains d’entre eux. Alors que le montant moyen des dons d’entreprises reçus par un candidat en 1993 était de 8 600 euros (représentant environ un quart du total des dons privés), le don médian était de 0.

Autrement dit, plus de la moitié des candidats n’ont reçu aucun don d’entreprises en 1993 – et n’ont donc pas pu être affectés par cette réforme –, alors que les candidats de droite ont touché en moyenne 40 000 euros de cette source ! Or ces candidats – à l’image du couple Balkany – n’ont pas, dans l’ensemble, été capables de se remettre de l’interdiction de 1995. En moyenne, un euro supplémentaire de dons d’entreprises reçu par un candidat en 1993 est associé à une diminution de 0,46 euro des revenus totaux de ce candidat entre 1993 et 1997. En d’autres termes, ce que l’on observe dans les données, c’est que les recettes totales en 1997 d’un candidat qui avait bénéficié de 100 000 francs de dons de la part d’entreprises en 1993 ne sont en moyenne que de 54 000 francs. Une telle chute peut s’expliquer par le fait que les élections de 1997 ont pris tout le monde par surprise. Alors qu’aucune élection n’était attendue jusqu’en 1998, Jacques Chirac a en effet pris tout le monde – jusqu’aux candidats de son propre parti.

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Nos résultats permettent de comprendre au moins en partie pourquoi : les candidats de droite, habitués à lever de l’argent auprès des entreprises, n’ont pas eu suffisamment de temps pour trouver de nouveaux donateurs privés. Ils ont donc obtenu un score plus faible que cela n’aurait été le cas en l’absence de l’interdiction, car, affectés dans leurs finances, ils n’ont pu dépenser autant que prévu pour leur campagne électorale. Nos estimations demeurent par nature imprécises (nous n’allons pas rejouer les élections en laboratoire), mais, d’après les données dont nous disposons, il semblerait que l’impact total de la réforme du financement ait pu faire basculer plusieurs dizaines de circonscriptions de la droite vers la gauche, c’est-à-dire suffisamment pour inverser les résultats de l’élection.

Rappelons en effet que le Parti socialiste a gagné l’élection d’une courte tête avec 255 sièges (auxquels il faut ajouter 35 sièges communistes et 7 sièges écologistes), contre 251 sièges pour la coalition au pouvoir RPR-UDF. Ainsi, malgré les plafonds existants aux dépenses électorales et les limites aux dons privés, l’argent joue un rôle important dans la politique française, et parfois même un rôle déterminant pour le résultat des élections. Pour réduire ce rôle dans le futur et rendre nos démocraties davantage représentatives, il faudrait des limites plus fortes, et un financement public plus équitable – des propositions que je formulerai dans la troisième partie de ce livre.

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Je tiens cependant à souligner que si un supplément de quelques dizaines de milliers d’euros – voire de quelques milliers d’euros dans les petites circonscriptions – peut suffire en moyenne pour faire basculer une élection, on trouvera bien sûr toujours des contre-exemples. En d’autres termes, lorsque j’affirme que le prix d’un vote est de 32 euros, il ne s’agit que d’une régularité statistique, qui s’applique en moyenne, mais qui n’implique bien sûr nullement qu’une dépense élevée soit dans tous les cas une garantie absolue de victoire. Les frères Koch l’ont appris à leurs dépens lors de l’élection présidentielle de 1980 : il n’a pas suffi à David Koch de se présenter comme vice-président sur le ticket du Parti libertarien aux côtés d’Ed Clark et de dépenser dans la foulée plus de 2 millions de dollars pour que le Parti libertarien obtienne plus de 1 % des voix.

Les frères Koch l’ont appris à leurs dépens, mais en ont tiré les leçons, eux qui ont depuis décidé d’agir différemment, avec notamment la création et le financement à millions de très nombreux think tanks, comme nous l’avons vu au chapitre 4. L’argent compte en politique, mais à condition de l’investir sur le bon cheval. Je pourrais vous citer de très nombreuses autres « irrégularités statistiques », y compris en France, par exemple avec Benoît Hamon lors de l’élection présidentielle de 2017 (un candidat bien financé, mais qui a attiré peu de voix), et avant lui Nicolas Sarkozy en 2012. Je suis sûre que vous en avez vous-même à l’esprit. D’où l’importance de l’analyse systématique des données, pour élever le débat au-delà de l’échange d’anecdotes, et mener la discussion sur un plan général plutôt que sur celui des contre-exemples individuels.

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Les données systématiques ont maintenant été rassemblées et exploitées dans le cas des élections françaises, circonscription par circonscription, et les résultats sont clairs. Notons enfin que cette régularité statistique – que nous avons établie avec Yasmine Bekkouche – repose uniquement sur l’utilisation de données portant sur les financements officiels et enregistrés comme tels. Cela ne veut pas dire que je ne sois pas tout à fait consciente du fait que, en France comme aux États-Unis, mais également en Inde ou au Brésil, il y a beaucoup d’argent caché, ce que Jane Mayer appelle le dark money. Autrement dit, des recettes – et des dépenses – de campagne qui par définition n’apparaissent pas dans mes données.

Cela ne veut pas dire non plus que je ne sois pas tout à fait consciente du fait que les comptes électoraux manquent souvent de transparence – d’ailleurs, un certain nombre d’entre eux sont régulièrement rejetés par la commission en charge de leur analyse – et qu’il faudrait considérablement augmenter les moyens de la CNCCFP qui ont été, de manière incompréhensible, fortement réduits au cours des dernières années. Mais le fait que malgré cela nous obtenions un effet significatif des dépenses électorales sur les votes – effet qui n’est donc qu’une estimation basse de la réalité – témoigne de l’importance du rôle joué par l’argent dans le processus électoral. En d’autres termes, dire qu’en France les partis politiques et les campagnes n’ont reçu des dons d’entreprises que de 1988 à 1995 serait faire preuve d’une grande naïveté. Car on sait bien que, notamment avant l’introduction de la loi de 1988, il y avait de fait de nombreux transferts entre les entreprises et les partis, même si cela n’était pas autorisé.

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c’est d’ailleurs parce que l’on était bien conscient de l’existence de telles pratiques qu’une régulation a finalement été mise en place en France ! Ces pratiques ont été très largement documentées dans l’excellent livre d’André Campana que j’ai évoqué au chapitre 2 comme dans les travaux d’Éric Phélippeau, qui dresse un tableau des fonds occultes versés par des entreprises aux partis en 1993 à partir des dossiers de presse de Sciences Po. Mais, de la même manière, cela serait être fort naïf de croire que, depuis qu’elles n’en ont plus le droit, les entreprises ont cessé de financer partis politiques et campagnes électorales.

Sans aller jusqu’en Libye, il n’y a qu’à songer à l’étendue des moyens simples (bien qu’illégaux) qui restent ouverts aux entreprises, des bons vieux dessous-de-table au détournement de l’esprit de la loi, en incitant les employés à donner avec la carte bleue de l’entreprise et à empocher en échange du service rendu la déduction fiscale associée. D’ailleurs, qui parle de financement occulte des campagnes parle non seulement des cadeaux des entreprises, mais aussi des dons d’individus – je repense, au hasard, aux visites d’un Nicolas Sarkozy au domicile des Bettencourt. Et pourtant, malgré tout cela, malgré les visites, les pots-de-vin et les millions d’euros qui échappent à la sagacité du chercheur comme des autorités de contrôle, en s’en tenant aux seules données officielles, on trouve un effet important de l’argent sur les résultats électoraux. Dépenser plus pour un candidat, c’est en moyenne s’assurer un meilleur résultat. Comment l’expliquer ?

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Je vois mon lecteur étonné. Certes, si, sans être militant ni même adhérent, vous avez toujours voté depuis votre plus jeune âge, au moins aux élections nationales – présidentielles comme législatives –, pour un parti politique, votre parti politique, il vous semble difficile de faire le lien entre ce que les candidats de ce parti ou des autres partis dépensent et votre vote. Puisque votre vote est acquis à un parti. Quelques euros de plus suffiraient à le faire basculer ? Bien sûr que non, l’idée même semble incongrue. Et pourtant. Dans les faits, avant chaque élection, de très nombreux électeurs sont indéterminés. Indéterminés quant au fait d’aller ou non voter ; indéterminés également quant au candidat pour lequel ils vont voter.

C’est sur ces électeurs indéterminés que les campagnes électorales concentrent leurs efforts – et leurs dépenses –, car ce sont ces voix qu’elles peuvent espérer faire basculer. De quelles manières ? Les possibilités ne manquent pas, et les candidats font souvent preuve d’originalité. Culture pub La nature des dépenses de campagne des candidats varie énormément d’un pays à l’autre, en fonction pour commencer de ce que les candidats sont autorisés à dépenser. Aux États-Unis, par exemple, l’une des sources de dépenses principales des candidats est la publicité à la télévision, qui peut d’ailleurs prendre deux formes : d’une part, la publicité « positive », qui consiste simplement à vendre son candidat et son programme ; d’autre part, ce qui peut sembler beaucoup plus surprenant, la publicité « négative ».

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Ainsi, plutôt que de vanter les mérites du programme de Hillary Clinton dans la lutte contre le changement climatique avec, parmi d’autres mesures, la mise en place d’un défi de 60 milliards de dollars pour l’énergie propre, telle publicité va s’attaquer au manque de décence de Donald Trump et à ses jugements irréfléchis. De même, les publicités télévisées de la campagne de Trump contre Hillary Clinton ont été nombreuses, dénonçant par exemple sa supposée corruption. On peut tout dire, ou plutôt dire tout et n’importe quoi : telle pourrait être, au final, la meilleure manière de définir les campagnes électorales américaines ; on peut tout dire, à condition bien évidemment d’avoir de quoi s’offrir du temps d’antenne et de cerveaux d’électeurs disponibles. Au nom – nous sommes en Amérique – de la sacro-sainte liberté d’expression.

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Il est d’ailleurs amusant de se rappeler que, historiquement, le chemin pris par les campagnes – au moins en ce qui concerne la télévision – aurait pu être différent. En effet, aux États-Unis comme en France, les campagnes électorales sont encadrées par une règle d’égalité des temps de parole (equal time rule). Le « Communications Act » américain – et sa fameuse section 315 – oblige les chaînes de télévision et de radio à traiter tous les candidats de manière égale21. Ce qui aurait pu vouloir dire que ces chaînes doivent « offrir » à chaque candidat le même temps de parole. Mais ce qui a donné lieu à une tout autre interprétation : si une chaîne vend du temps d’antenne à un certain prix à un candidat, alors elle doit accepter de vendre ce même temps d’antenne au même prix à son concurrent. Et boum ! De l’explosion des dépenses électorales. Tant pis pour ceux qui n’ont pas de quoi s’offrir leur quart d’heure de célébrité. Ainsi l’Amérique définit-elle liberté d’expression et égalité.

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Au final, les dépenses publicitaires de Donald Trump en 2016 – à commencer par les publicités à la télévision – se sont élevées à plus de 198 millions de dollars, soit près de 55 % de ses dépenses totales, et celles de Hillary Clinton à 352 millions de dollars, soit 58 % de ses dépenses totales. Le recours massif à la radio et à la télévision comme outil de campagne est d’ailleurs loin d’être propre aux États-Unis. On le retrouve par exemple au Canada où, si l’on s’intéresse aux dépenses des partis au cours des quatre dernières élections législatives (2004, 2008, 2011 et 2015), on s’aperçoit qu’ils ont en moyenne consacré 39 % de leurs dépenses de campagne à la publicité audiovisuelle (figure 60). On note néanmoins de fortes différences entre les partis, les deux principaux mouvements, le Parti conservateur et le Parti libéral, ayant en moyenne davantage recours à la radio et à la télévision pour tenter de convaincre les électeurs.

Ainsi, en 2015, le Parti libéral a dépensé 18,9 millions d’euros en publicité à la radio et à la télévision dans sa conquête du pouvoir. En France – mais aussi en Belgique ou encore au Royaume-Uni –, indépendamment de toute limite aux dépenses des candidats et des partis, de telles sommes n’auraient pu être engagées, car les publicités électorales à la radio comme à la télévision ne sont pas autorisées. Ce sont donc – par avance – quelques millions d’euros d’économisés. Ce qui ne veut pas dire que les candidats n’ont pas recours à la publicité dans ces pays d’Europe de l’Ouest ; mais ils doivent se « contenter » d’autres supports. Pendant longtemps, la seule « propagande imprimée », à laquelle on pouvait ajouter la « promotion téléphonique » ; aujourd’hui également, une nouvelle forme de publicité qui peut se révéler au final plus efficace que la publicité audiovisuelle.

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D’une part, de simples publicités sur Internet et sur les réseaux sociaux comme vous pouvez en voir tous les jours, mais qui sont des publicités politiques et non commerciales. D’autre part – et il s’agit de l’une des vraies nouveautés de ces dernières années –, du sponsoring de tweets ou de posts sur Facebook (ce qui apparaît dans la catégorie post boost ou post promotion dans les catégories de dépenses des candidats). Ce à quoi il faut d’ailleurs ajouter (même si les candidats ont souvent alors tendance à davantage de discrétion) les « fake » followers achetés sur Twitter comme sur Facebook ou Instagram. Si cela est bien évidemment très difficile à quantifier précisément – d’autant qu’aux robots numériques (les fameux bots) viennent s’accoler aujourd’hui de vrais faux followers, autrement dit de vrais individus, souvent localisés en Inde ou au Pakistan, dont le travail consiste à « liker » les posts de leurs clients –, il semble établi que Trump comme Clinton ont compté parmi leurs millions de followers sur Twitter une part non négligeable de robots.

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Comme Obama avant eux. Du reste, ce phénomène est loin d’être propre aux États-Unis, et de toute évidence les hommes (et femmes !) politiques français ont aussi très largement recours aux faux abonnés Twitter. On ne compte d’ailleurs plus les entreprises qui se sont spécialisées dans la vente d’amis et autres followers sur réseaux sociaux ; je conseille au lecteur en manque d’affection numérique de faire en ligne la recherche suivante : « augmenter sa notoriété sur Twitter ». À ses risques et périls toutefois, car les entreprises spécialisées dans la détection de faux abonnés sont devenues légion. Il faut d’ailleurs noter que ce recours croissant aux faux abonnés divers et variés – qui pose de toute évidence un très grand nombre de problèmes.

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car il tombe, dans la plupart de nos démocraties, dans une sorte de zone grise juridique. Or il me semble urgent d’encadrer de telles pratiques. D’une part, elles doivent être très clairement considérées pour ce qu’elles sont vraiment : une tentative de manipuler le jeu électoral. Il y a selon moi fort peu de différence entre l’utilisation de « fake » followers destinés à gonfler de manière artificielle la popularité perçue de tel ou tel candidat et le fait de publier, par exemple, des sondages truqués. Or, en France, les sondages électoraux sont régulés par la loi et placés sous le contrôle d’une Commission des sondages26. Pourquoi les faux amis sur les réseaux sociaux – nouveaux thermomètres de l’opinion – ne le seraient-ils pas ? D’autre part, ce recours croissant aux faux abonnés pose des problèmes liés au respect de la vie privée.

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Car comment sont construits ces « faux » followers ? Essentiellement à partir d’informations reprises – on pourrait dire volées – à des profils de vrais followers auxquels on ne demande pas leur avis. Ainsi @lecteur malheureux – mais aux yeux maintenant ouverts sur cette réalité –, peut-être es-tu déjà tombé sur ton jumeau numérique, @Lecteur, qui non seulement utilise ton nom à peine transformé, mais également bien souvent ta photo de profil. Facebook et big data Les réseaux sociaux ne sont pas utilisés aujourd’hui uniquement comme support publicitaire ou miroir grossissant de la popularité des candidats, mais aussi comme un instrument de campagne, un outil informationnel à l’usage des équipes en charge de la conquête de nouveaux électeurs.

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Or de telles pratiques sont de plus en plus courantes et prennent une place croissante dans les dépenses des candidats (ou, tout au moins, de ceux qui en ont les moyens). Nombreuses sont en effet les campagnes qui utilisent les informations postées sur les réseaux sociaux pour tenter de « hacker » l’électorat, pour reprendre le titre de l’excellent livre d’Eitan Hersh. La médiatisation du cas « Cambridge Analytica » au printemps 2018 a d’ailleurs – enfin ! – fait entrer dans le débat public cette question du détournement par les campagnes électorales d’informations qui devraient être purement privées sur les citoyens. Après le Brexit, il s’est en effet avéré que les données volées par l’entreprise avaient été utilisées au cours de la campagne de Donald Trump pour mieux cibler les électeurs américains.

Que cela ait – ou non – fait basculer l’élection en faveur de Trump n’est pas la question ; la question est : quelles régulations doivent-elles de toute urgence être mises en place pour que, dans le futur, ces tentatives de manipulation ne se reproduisent plus ? Bien sûr, l’idée que les campagnes puissent utiliser des informations précises quant au corps électoral afin de mieux cibler leurs efforts – même des centaines de millions d’euros ne suffiraient pas à faire ouvrir toutes les portes des citoyens français, a fortiori américains – n’est pas nouvelle, et Eitan Hersh fait remonter l’utilisation des listes électorales à la fin du XIXe siècle. Mais ce qui a changé avec la révolution numérique, ce sont d’une part les moyens consacrés à cette pratique et d’autre part son échelle.

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Ainsi, aujourd’hui aux États-Unis, les Démocrates reposent pour leurs campagnes électorales sur la base de données de Catalist, une base mise à jour en permanence et qui contient plusieurs centaines de caractéristiques sur chacun des électeurs au niveau national30. Au total, depuis la création de l’entreprise (en 2006) – dont il faut d’ailleurs préciser qu’il s’agit d’une entreprise à but lucratif –, près de 4,1 millions d’euros ont été dépensés par des candidats ou par leurs comités électoraux pour avoir accès à ces données31. Ce à quoi il faut ajouter toutes les dépenses effectuées par les campagnes et dont le principal bénéficiaire est l’entreprise NGP VAN, l’interface utilisateur dont se servent les Démocrates pour contacter leurs électeurs32 : 67 millions d’euros depuis 2013, 4,1 millions en moyenne par an entre 2007 et 2017.

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Autrement dit, un immense effort financier pour tirer profit au mieux des nouvelles technologies de ciblage de l’électorat. Les Républicains ne sont pas en reste de ce point de vue avec la base de données Voter Vault, à une différence significative près historiquement : cette base de données – et l’interface utilisateur – est opérée en interne par le Parti républicain. Ainsi, alors que le Parti démocrate fait appel à une entreprise indépendante (et à but lucratif), les Républicains se sont pendant longtemps reposés uniquement sur leurs propres moyens. Je dis « pendant longtemps », car – où l’on retrouve une fois de plus les frères Koch – la plupart des candidats républicains font aujourd’hui appel à l’entreprise i360, la base de données développée par les milliardaires, qui contient le portrait détaillé de 250 millions de consommateurs américains et de plus de 190 millions d’électeurs inscrits.

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