dimanche 2 décembre 2018

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Jane Chisolm vient au monde en 1915, dans une petite ferme du Mississippi. Quelques instants après sa naissance, le Dr Thompson saisit un carnet et commence à prendre des notes. Jane est née avec une malformation : un handicap qu’elle devra surmonter sa vie durant.

Les premières années à la ferme, au milieu d’une nature éblouissante, sont joyeuses et innocentes. Ce n’est qu’à l’approche de ses six ans que la petite Jane prend conscience de sa singularité. Mais sa soif d’apprendre est plus forte que les réticences de ses proches. Elle entre à l’école, se plonge dans les livres. Puis arrive l’adolescence et le Dr Thompson devient son principal confident, y compris lorsque celle-ci tombe amoureuse…

Miss Jane est un grand roman de formation et d’émancipation. Une histoire de désir, d’espoir et de courage portée par une langue sensuelle. Malgré la différence, elle franchit chaque étape de sa vie avec une force et une poésie qui lui permettent de poursuivre sa quête insatiable du bonheur, dans cette Amérique rurale que le xxe siècle est en train de bouleverser.







Lorsque enfin ils sortirent de l’appartement de Soames, Kate et Joe s’attardèrent un instant sur le trottoir pour reprendre leur souffle, tels des coureurs en fin de marathon. — Oh ! là, là ! C’était horrible ! s’exclama le garçon. — Bienvenue dans mon monde, répondit Kate. Allez, fichons le camp d’ici. Une fois dans la voiture, elle passa dix minutes à griffonner des notes sur leur conversation. Chez Soames, elle avait préféré ne pas sortir son calepin. À coup sûr, l’homme aurait refusé de se confier s’il avait compris que ses paroles étaient consignées. Elle avait enclenché le magnétophone dans son sac à main sitôt la porte franchie, mais elle n’était pas certaine du résultat. Il y avait eu beaucoup de mouvement. Malgré tout, elle avait peut-être enregistré quelque chose. Elle vérifierait plus tard. D’habitude Kate n’utilisait pas beaucoup les magnétophones. C’étaient des appareils capricieux : les touches restaient enfoncées, les piles se déchargeaient. Une fois, comble de l’horreur, elle avait enregistré une interview.

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sans prendre de notes, puis découvert en écoutant la bande qu’elle n’avait que des grésillements. Elle préférait la sténo – l’âge de pierre pour les petits jeunes nés avec Internet. Kate l’avait apprise quand elle était journaliste junior auprès d’un ancien prisonnier de guerre japonais. C’était un tout petit bonhomme, pétillant, dont le numéro consistait, lorsqu’il entrait dans la pièce, à allumer la lumière d’un coup de pied sur l’interrupteur. Isaac Pitman, l’inventeur de la sténographie, en aurait fait une attaque, mais en tout cas le ninja lui avait enseigné comment écrire cent mots à la minute. Joe et elle étaient restés deux heures et demie dans l’appartement ; par chance sa mémoire était entraînée à se souvenir de conversations entières. 

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Un talent essentiel dans le travail, qui se révélait aussi très utile dans sa vie personnelle, lors des conflits avec ses enfants, par exemple. « Tu n’oublies jamais rien, maman », lui avait lancé Jake récemment alors qu’ils se disputaient au sujet de son avenir. « Tu ne laisses jamais rien passer. » Il avait raison. Kate pouvait se rappeler ce qu’avaient dit ses interlocuteurs comme si leurs paroles étaient inscrites en lettres lumineuses dans sa tête. Et puis, Soames avait prononcé quelques petites perles. Dans les marges de son calepin, elle dessina des étoiles à côté des noms et des lieux mentionnés pendant la conversation. « Nous aimions faire la fête… Nous maîtrisions les phrases d’approche… Et si elles ne fonctionnaient pas, nous avions du renfort », écrivit-elle avant d’ajouter : Alcool ? Drogues ? Rohypnol ? Joe aussi avait sorti son calepin et griffonnait. Il accomplissait sa tâche avec la même expression de douleur et de concentration que ses fils lorsqu’ils faisaient leurs devoirs installés.

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« Tu n’oublies jamais rien, maman », lui avait lancé Jake récemment alors qu’ils se disputaient au sujet de son avenir. « Tu ne laisses jamais rien passer. » Il avait raison. Kate pouvait se rappeler ce qu’avaient dit ses interlocuteurs comme si leurs paroles étaient inscrites en lettres lumineuses dans sa tête. Et puis, Soames avait prononcé quelques petites perles. Dans les marges de son calepin, elle dessina des étoiles à côté des noms et des lieux mentionnés pendant la conversation. « Nous aimions faire la fête… Nous maîtrisions les phrases d’approche… Et si elles ne fonctionnaient pas, nous avions du renfort », écrivit-elle avant d’ajouter : Alcool ? Drogues ? Rohypnol ? Joe aussi avait sorti son calepin et griffonnait. Il accomplissait sa tâche avec la même expression de douleur et de concentration que ses fils lorsqu’ils faisaient leurs devoirs installés.

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À son entrée dans les toilettes, Nina, la secrétaire de la rédaction, la trouva agenouillée par terre, entourée des clichés. — Nom d’un chien, Kate ! J’ai failli te marcher dessus. Qu’est-ce que tu fabriques ? C’est l’appel à la prière ou quoi ? Nina se plaisait à jouer la carte du politiquement incorrect au journal. — Désolée, Nina. Je voulais étudier ces photos sans être dérangée. Elles sont un peu sensibles. La secrétaire s’accroupit à côté de Kate. — Aïe aïe aïe, mes genoux. Qu’est-ce qu’on a là ? — Bonne question, fit Kate. 

Je crois que quelqu’un a drogué et violé ces femmes. — Non ! Oh le porc ! cracha Nina. Et en plus, il s’est payé un photographe ! Kate la dévisagea. Elle avait raison. Focalisée sur les images qu’elle était, Kate n’avait pas reconnu l’évidence : deux individus étaient impliqués. Le photographe et l’homme sur les photos. Ce n’était pas des selfies. C’était posé et cadré. — Nina, tu es une perle ! lança-t-elle. Celle-ci parut confuse mais ravie du compliment. — Je fais de mon mieux ! Maintenant, aide-moi à me relever.

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J’ai pleuré la nuit dernière. Pas en rêve, non, non. J’avais le visage inondé de larmes bien réelles quand je me suis réveillée. Roulée en boule, je me suis efforcée de faire taire ma respiration bruyante pour ne pas tirer Paul du sommeil à côté de moi. J’ai lutté pour oublier mon rêve. Une tâche ardue, car il imprègne chacune de mes cellules. Je fais le même depuis des années. Tout a commencé lorsque j’avais quinze ans. Je me réveillais, incapable de bouger ou de respirer ; il me semble qu’on appelle ça des terreurs nocturnes aujourd’hui. 

Mais personne ne pouvait imaginer ce que c’était alors. Dans le rêve, un bébé me parlait, il était en colère contre moi, il me suivait sur ses petites jambes comme une poupée grotesque. Il cognait à la porte pour que je le laisse entrer. Moi, je tenais fermement la poignée en sanglotant pour que la porte reste fermée. Au moment où elle commençait à s’entrebâiller, je me réveillais, paralysée. La poitrine serrée et une boule d’angoisse dans la gorge. Il me fallait une éternité pour pouvoir à nouveau bouger. Au prix d’un effort surhumain, je me rappelais.

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à me convaincre que ce n’était qu’un rêve et que je pouvais refermer la porte. Alors, j’enfouissais mon visage dans l’oreiller en entendant Jude se déplacer dans sa chambre qui se trouvait juste sous la mienne. Je ralentissais ma respiration pour faire semblant de dormir. Parfois, la ruse fonctionnait, mais d’autres nuits, la porte de la chambre de Jude s’ouvrait dans un craquement et ses pieds nus trottaient jusqu’à la salle de bains. « Retourne te coucher, maman », murmurais-je les lèvres serrées, lui enjoignant par la pensée de rester loin de moi. Mais, chaque fois, les pas feutrés gravissaient l’escalier et s’arrêtaient devant ma chambre sous les toits. Jude ouvrait la porte et demandait à voix basse : « Tout va bien, Emma ? Je t’ai encore entendue pleurer. » Je restais couchée, le dos tourné, dans le silence. Je ne savais pas quoi dire. 

Parfois, Jude me caressait les cheveux puis repartait, mais un soir, elle s’est assise sur mon lit. Au bout d’un moment, la présence pesante de ma mère dans l’obscurité m’a forcée à parler. « Ce n’était qu’un rêve. Je crois que j’ai trop mangé au dîner. C’est tout. « — Tu as à peine touché à ton assiette. Tu maigris à vue d’œil. Je m’inquiète pour toi. Will et moi sommes inquiets. Je sais que tu traverses une période difficile ; tu grandis, c’est tout. J’aimerais savoir ce qui se passe dans ta tête. Dis-le-moi, s’il te plaît. « — Il n’y a rien qui cloche », avais-je répondu. Je n’avais pas compris qu’elle avait remarqué tout ça. J’avais cru m’être rendue invisible. « J’en ai juste marre de l’école, avais-je ajouté.

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« — Oh, Emma, que t’arrive-t-il ? Tu t’en sortais si bien. On dirait que tu n’as plus goût à rien. » Je roule sur le dos et tends la main pour toucher le visage de Paul. Pour m’assurer qu’il est bien là. Il pose son bras en travers de ma poitrine, me serre contre lui tout en dormant. J’aurais voulu prendre ma mère dans mes bras cette nuit-là mais j’ai eu peur. Peur que mon corps ne me trahisse. Paul est si inquiet pour moi qu’il annule son cours magistral du matin. — Je travaillerai à la maison, Em. Je ne peux pas te laisser dans cet état. Je veux protester mais je n’en ai pas l’énergie. Je monte à l’étage et tente de me mettre au travail, en vain. Les mots se mélangent et s’agitent dans ma tête, comme un disque rayé, jusqu’à me donner envie de hurler. 

Je finis par descendre préparer du café et j’allume la radio pour me tenir compagnie. Lorsque la musique s’arrête, le présentateur des infos de midi annonce qu’il y a un nouveau rebondissement dans l’affaire Alice Irving et j’attends la suite, figée, laissant la bouilloire refroidir. Je dois écouter trois ou quatre reportages sur les Jeux olympiques, la politique et les conflits en cours. Soudain, le présentateur m’annonce que le bébé a été enterré dans les années quatre-vingt. Comme ça, sans préambule. Et je lui crie : « Non ! » Je veux qu’il retire ses paroles. Qu’il avoue s’être trompé. Mais il poursuit, et déclare que selon la police, de récentes découvertes situent l’enterrement d’Alice Irving au moins dix ans après son enlèvement. Je ne sais plus quoi penser. Tout va de travers. Je me suis trompée sur toute la ligne.

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Paul se précipite dans la cuisine, il me fait sursauter. J’avais oublié qu’il était à la maison et son apparition m’a fait peur. — Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il. Que s’est-il passé ? — Rien. Juste un truc aux infos. C’est moi qui suis idiote, c’est tout, dis-je d’une voix que je voudrais apaisante mais trop pressante. — Quel truc aux infos ? Je n’arrive pas à mentir. Je n’ai que ces mots-là en tête. — Le bébé. Ils se trompent. Ils commettent une terrible erreur. — Viens t’asseoir. Tu vas encore te rendre malade. Il me prend par la main et me fait asseoir à table avec lui. 

— Bon maintenant, explique-moi pourquoi tu es à ce point bouleversée par ce bébé ? Je le regarde et je dis : — Je crois que c’est mon bébé. Son visage se liquéfie. — Em, tu n’as pas de bébé, réplique-t-il avec douceur. Nous avons décidé de ne pas en avoir. Parce que tu n’étais pas prête. Je chasse ses paroles d’un geste de la main. — Pas ton bébé, Paul. Le mien. — Pourquoi dis-tu ça ? Tu ne m’en as jamais parlé, reprend-il en cherchant à lire la vérité dans mes yeux. Je l’effraie. Je me doute que je dois avoir l’air d’une folle. — Je ne voulais pas que tu le saches. Personne ne sait. — Pas même Jude ? demande-t-il. — Non. L’incrédulité se lit sur ses traits. — Tu es bouleversée, dit-il. Je vais chercher tes médicaments.

De toute évidence, vous essayez de me dire quelque chose, Paul. Crachez le morceau, qu’on en finisse ! Elle n’avait pas eu l’intention de se montrer aussi brusque mais il l’énervait avec ses longs silences angoissants. — Pardon… Oui, eh bien… Emma pense que c’est son bébé. Jude laissa échapper un cri de surprise. — Son bébé ? C’est n’importe quoi ! Il a été identifié, il s’agit d’Alice Irving. — Oui, bien sûr, mais la police vient d’annoncer que le bébé avait été enterré dans les années quatre-vingt ; et cette information semble avoir perturbé Emma. Ces paroles coupèrent le sifflet à Jude. Mais une seconde seulement. 

— Ah oui ? Ils ont dit ça ? Je n’ai rien entendu. N’empêche, ce sont des âneries. Écoutez, Paul, vous la connaissez depuis moins longtemps que moi. Ma fille a toujours eu une relation compliquée avec la vérité. — Vous croyez qu’elle ment ? — C’est évident ! Pour tout vous dire, elle inventait des tas d’histoires, plus jeune. Des mensonges stupides à propos de son père et de mon petit ami. Inutile de remuer le passé… Elle est peut-être contrariée en ce moment parce que nous avons reparlé de tout ça, de la mauvaise période que nous avons vécue, quand elle est venue déjeuner l’autre fois. — Elle ne m’en a rien dit. — Ah non ? Eh bien, elle ne voulait sans doute pas que vous sachiez quelle adolescente pénible elle était. Vous êtes au courant que nous avions été obligés de lui demander de quitter la maison ? Silence à l’autre bout de la ligne. — Paul ? s’inquiéta Jude.

— Oui, je suis là. Pauvre Emma. Je l’ignorais. Elle ne parle jamais de son enfance, en fait. Mais vous avez dit « nous ». Je croyais qu’il n’y avait qu’Emma et vous. Elle a dit qu’elle ignorait qui était son père. Qui d’autre habitait avec vous ? — Mon ami. Will. Emma a dû le mentionner. — Non, je ne crois pas. — Comme c’est bizarre. Bref, ce n’était pas pauvre Emma, c’était pauvres de nous. Vous n’imaginez pas l’horreur qu’elle nous a fait vivre, se défendit Jude. Bon, dites à Emma de m’appeler. Je lui parlerai. Je réussirai peut-être à la calmer. — Je le lui proposerai, Judith. Au revoir. Jude se leva et alla prendre une photo d’Emma qui trônait sur le manteau de la cheminée. Elle avait deux ans et portait le petit kilt que sa mère avait rapporté de ses vacances en Écosse. Elle souriait à l’objectif. Ce petit visage d’ange. 

Lorsqu’elle avait rêvé d’un bébé, Jude n’avait jamais poussé la réflexion au-delà de la période berceau, et elle n’avait pas un instant mesuré l’impact de la présence d’un autre petit être dans sa vie. Elle s’était imaginée en Madone à l’enfant jusqu’à ce que les problèmes surviennent avec Emma qui grandissait et devenait une personne à part entière. La période terrible des deux ans avait vu apparaître les prémices, avec des caprices et des crises de rage quotidiens alors qu’elles habitaient toujours chez les parents de Jude. Il y avait eu ensuite les questions incessantes qu’Emma, cinq ans et d’une précocité effrayante, ne se lassait pas de poser. Puis le plaisir de lui faire découvrir le monde des livres. Jude croyait connaître sa fille, mais son adolescence avait été une révélation. Emma avait changé et adopté un comportement lunatique. En quelques semaines à peine, la fleur s’était épanouie et ses épines avaient poussé.

alors que la relation de Jude avec Will n’en était qu’à ses débuts. Il avait été formidable pendant cette histoire sordide avec Darrell Moore. Jude en avait été sidérée ; Em n’avait que treize ans, c’était une enfant ! Pour sa part, elle avait voulu dénoncer Darrell à la police. « C’est presque un pédophile ! » avait-elle dit à Will, mais celui-ci l’en avait dissuadée, la persuadant que l’épreuve serait trop difficile à surmonter pour sa fille. Il avait toujours eu à cœur le bien-être d’Emma. Elle pensait aussi aux trop nombreuses questions qui seraient posées. Et qui en entraîneraient d’autres… Quoi qu’il en soit, elle avait découvert le pot aux roses avant qu’Emma ne gâche sa vie pour cette ordure. Heureusement que Will était là en cet été 1984, songea Jude. 

C’était la belle époque. Brève mais agréable. Emma était enfin sortie de sa coquille. Elle se rappelait avec quel soin Will s’occupait d’elles deux, toujours présent, à les faire rire, à arranger les choses. Jude avait cru une fois de plus qu’il était le bon, à leur avenir radieux, mais soudain tout avait déraillé, sans qu’elle sache pourquoi. Enfin si. À cause d’Emma. Son insolence était revenue quasiment en une nuit ; l’humeur de sa fille était passée d’un extrême à l’autre, ébranlant la maison comme un boulet de canon. Emma s’était recluse dans sa chambre, une pancarte INTERDICTION D’ENTRER accrochée à sa porte, et ne parlait plus que lorsqu’elle y était contrainte. Elle se désintéressait de tout, sauf de la nourriture. Elle prenait ses repas dans sa chambre, remplissait ses assiettes à ras bord et se gavait comme une oie.

Les rondeurs de l’enfance, selon Jude. Mais à la réflexion, sa prise de poids était délibérée. Comme si Emma voulait se saborder. Son repli sur elle-même était presque complet. Un peu comme avec Barbara. Cette dernière s’était murée dans le silence et refusait de dire ce qui n’allait pas. Will, qui trouvait son comportement dérangeant, avait encouragé Jude à la pousser à déménager. Cependant, leur réaction ne pouvait pas être la même face à une ado de quatorze ans, n’est-ce pas ? Il fallait au moins attendre un an avant de pouvoir la mettre dehors. Et durant ce laps de temps, la crainte que le changement d’attitude de sa fille inspirait à Jude s’était transformée en colère à la voir si égoïste et cynique. « Je ne mérite pas d’être traitée ainsi, avait-elle affirmé à Will. J’ai le droit d’être heureuse. » Will avait partagé son avis, ajoutant qu’il était inutile d’y accorder trop d’importance. 

« Elle grandit, c’est tout, avait-il déclaré. Elle te teste. C’est ce que font tous les adolescents. Ça lui passera. Nous devons lui laisser du temps et de l’espace. » Ils restaient alors le moins possible à la maison ; ils sortaient au théâtre, dînaient au restaurant, laissaient le problème chez eux. Des mois s’étaient écoulés ainsi. Jude avait ressenti de temps à autre une pointe de culpabilité – quand elle entendait Emma pleurer la nuit, par exemple – mais sa soupe-au-lait de fille refusait de se laisser réconforter ou aimer. Au moins avait-elle cessé de s’empiffrer. En revanche, elle repoussait toujours Jude avec une ferme indifférence, émoussant peu à peu son affection. Par chance, Will avait continué à lui offrir une épaule compatissante.

« Elle joue juste les peaux de vache, aujourd’hui. Elle doit avoir ses règles. Ignore-la, Jude », disait-il en l’attirant sous les draps. Jude s’était réjouie de concentrer toute son énergie sur le point positif de sa vie : Will. N’importe qui en aurait fait autant, non ? Cependant, la situation avait empiré lorsqu’ils avaient décidé de se marier. Enfin… elle avait pris la décision et Will, dans un moment de passion intense, avait accepté. « Il est temps que je me pose », avait-il déclaré alors qu’ils partageaient une cigarette post-coïtale. On était loin de la grande déclaration romantique qu’elle avait espérée, mais il lui faudrait s’en contenter. Elle redoutait de l’annoncer à Emma. Un silence glacial était tombé dans la chambre lorsqu’elle lui avait appris la nouvelle. 

« Il me rend si heureuse », avait-elle dit. Contrairement à toi, avait murmuré une voix intérieure. L’annonce de cette décision avait embrasé la mèche de la colère chez sa fille, et les lourds silences avaient été remplacés par des portes qui claquent et des crises mémorables. L’insolence était devenue verbale et provocatrice. Emma avait commencé à se montrer ouvertement grossière avec Will. Elle l’accusait de traiter les femmes comme des objets, d’être un sale macho, et poussait des grognements vulgaires quand il entrait dans la pièce. Au début, Will avait traité ces insultes et ces accusations par le rire, mais Jude sentait que cette nouvelle Emma le mettait mal à l’aise. Comme s’il se retrouvait face à une bombe à retardement. La situation tournait au vinaigre. Will et elle se disputaient sur tout, sans arrêt.

Dans le salon pour qu’Emma n’entende pas. Puis Will avait commencé à s’absenter plusieurs jours d’affilée, puis revenait l’air de rien. Lorsqu’il l’avait mise au pied du mur : « C’est Emma ou moi », elle avait été horrifiée. Mais il avait su trouver les mots pour la convaincre. « C’est ce qu’il y a de mieux pour Emma. La soustraire à une situation trop difficile pour elle et lui offrir la chance de mûrir. » Ses paroles lui avaient paru pleines de bon sens. Évidemment, c’était Jude qui avait dû annoncer la nouvelle à sa fille. « Nous pensons que tu devrais aller vivre chez tes grands-parents quelque temps, Emma. Nous avons tous besoin de faire une pause. 

Cette situation ne peut pas durer. Tu en as conscience, n’est-ce pas ? Ça ne peut plus continuer. « — Mais c’est chez moi, ici ! avait répliqué Emma. Pourquoi tu me mets à la porte ? C’est son idée, c’est ça ? « — Non. Enfin, je suis d’accord avec lui. » Et devant le sourire entendu de sa fille, elle avait explosé. « Tu nous obliges à réagir ! Tu éloignes Will ! Il ne restera pas s’il doit te supporter. Je ne te laisserai pas gâcher ma vie ! Tu as été une erreur dès le départ. » Elle revoyait encore le visage livide d’Emma quand elle avait prononcé ces mots.

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Harry a proposé de se retrouver à l’endroit habituel. Dès qu’elle a entendu ma voix au téléphone, elle a su que ça n’allait pas, mais elle n’a posé aucune question. Elle est forte pour ça. À la place, elle a juste dit : « Allez, Em. On va aller au parc et tu me raconteras. » Je devrais la voir plus souvent, mais nous sommes toutes les deux très prises. Enfin, c’est l’excuse que je nous trouve, parce que la vérité c’est que je la tiens à l’écart car elle appartient au passé, ce passé que j’essaie de maintenir à distance. Elle a rencontré Paul deux ou trois fois, mais je veille à ce qu’ils ne soient jamais seuls tous les deux. Elle sait des choses, et je ne voudrais pas qu’elle commette d’impair. Pauvre Harry, ce n’est pas sa faute. Je crois que je lui fais de la peine quand je ne réponds pas à ses messages. Couper carrément les ponts serait peut-être plus charitable. Mais je n’y arrive pas. Les jours comme aujourd’hui, elle est l’unique personne que j’ai envie de voir. Paul voulait que je parle à Jude. Mais j’en suis incapable.

J’ai le sentiment qu’elle me claque à nouveau la porte au nez. Je sors du métro et marche jusqu’au petit café que Harry aime bien dans Hyde Park, près du lac. Elle peut s’y rendre à pied de chez elle et c’est un plaisir pour moi de m’installer à l’extérieur et de sentir le soleil chauffer mon visage. Paul me croit chez le médecin. Il va m’appeler dans une trentaine de minutes et je devrai mentir sur ma consultation avec le beau docteur. Je sais ce que je vais lui dire. J’ai répété dans le métro. Comme je suis en avance, je relis l’article de Kate Waters dans le journal. Il est plus long, les détails affluent et de plus en plus de personnes sont impliquées et font des déclarations et des suppositions sur ce qu’il s’est passé. 

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Mais le point central reste la petite Alice Irving. Il n’existe qu’une seule photo d’elle, utilisée à l’envi, et elle est si floue et vieille qu’il est difficile de distinguer quoi que ce soit. Et il y a la photo d’Angela Irving, la mère, qui se tient devant notre jardin à Howard Street. Je sens la vérité qui se rapproche. Ils doivent bien la voir. C’est obligé. Je m’apprête à rappeler Kate Waters pour découvrir ce qu’elle sait ou devine quand j’aperçois Harry qui traverse le parc. Je le ferai plus tard. Elle me serre contre elle avec force puis me tient à bout de bras pour m’examiner de haut en bas. — Je vais bien, Harry, dis-je. Elle et moi savons qu’elle n’est pas dupe. Harry se laisse tomber sur une chaise, balançant son sac à main sur celle d’à côté. — Ouais, c’est ça, répond-elle. Tu as une mine superbe, au fait.

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