dimanche 2 décembre 2018

Telecharger L’heure de l’ange Pdf de Karel Schoeman epub gratuits


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Un jour comme un autre, un producteur de télévision de Johannesburg revient dans la petite ville de son enfance, perdue au coeur du veld sud-africain. Il est sur les traces d’un berger du début du dix-neuvième siècle, Daniel Steenkamp, devenu poète à la suite de l’apparition d’un ange. Mais en réalité il fuit une existence vaniteuse et mondaine et le cortège de ses déceptions d’homme.

Au fil des conversations et des rencontres, il sent pourtant que le portrait du jeune berger, considéré comme le premier grand poète de langue afrikaans, se brouille et lui échappe. Des voix envahissent le roman, des voix mystérieuses, car le passé est un pays étranger, qui résiste, un pays habité et hanté. Après Cette vie (Phébus, 2009, prix du Meilleur Livre étranger) et Des voix parmi les ombres (Phébus, 2014), L’Heure de l’ange clôt le sublime triptyque de Karel Schoeman (1939-2017) consacré aux voix. Chef-d’oeuvre de la littérature d’Afrique du Sud, ce roman paraît un an après la disparition de l’auteur depuis longtemps considéré comme un géant en son pays, l’égal de J.-M. Coetzee ou de Nadine Gordimer.







J’ai une mine affreuse, oui. Je suis censée être chez le médecin. Elle hausse les sourcils d’un air interrogateur. — Et pourquoi n’y es-tu pas ? — Je n’en avais pas envie, dis-je en attrapant le menu plastifié. Bref, si Paul appelle, je devrai lui mentir, d’accord ? Oh, ne me regarde pas comme ça. Tu as fait pire. Elle s’esclaffe et me prend la carte des mains. — En fait, moi aussi je devais consulter le médecin la semaine dernière et j’ai annulé, alors je ne te balancerai pas. — Pourquoi avais-tu rendez-vous ? Harry grimace avant de répondre. — Une grosseur à la poitrine. Enfin, pas vraiment une grosseur. — Idiote ! Il faut y aller. Prends un autre rendez-vous. — Oui, oui. Je m’en occuperai demain. 

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Qu’est-ce que tu veux boire ? Je la regarde disparaître dans le café et remercie le ciel de l’avoir comme amie. C’est Harry qui m’a contrainte à faire le point sur la pagaille qu’était ma vie. Au cours de l’été 1994, elle est entrée avec nonchalance dans le pub où je travaillais. Je servais des pintes, décongelais des hachis Parmentier et faisais du sur-place en essayant de garder la tête hors de l’eau. « Emma ! » s’était-elle écriée en me voyant apporter la commande à la table voisine. C’était si bizarre de la revoir. Cela faisait des années et le contexte n’était plus du tout le même ; elle m’était à la fois familière et étrangère, comme une célébrité qu’on croise dans la rue et qu’on ne reconnaît pas pendant une seconde.

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Je la regarde disparaître dans le café et remercie le ciel de l’avoir comme amie. C’est Harry qui m’a contrainte à faire le point sur la pagaille qu’était ma vie. Au cours de l’été 1994, elle est entrée avec nonchalance dans le pub où je travaillais. Je servais des pintes, décongelais des hachis Parmentier et faisais du sur-place en essayant de garder la tête hors de l’eau. « Emma ! » s’était-elle écriée en me voyant apporter la commande à la table voisine. C’était si bizarre de la revoir. Cela faisait des années et le contexte n’était plus du tout le même ; elle m’était à la fois familière et étrangère, comme une célébrité qu’on croise dans la rue et qu’on ne reconnaît pas pendant une seconde. En outre, elle ne ressemblait plus du tout à ma meilleure amie de l’époque. 

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Cette Harry-là avait une classe folle avec son tailleur-pantalon ajusté, sa manucure impeccable, ses cheveux lissés et ses yeux dissimulés derrière d’énormes lunettes de soleil. J’imagine que moi non plus je n’avais plus rien de celle dont elle se souvenait. J’avais grandi, mes cheveux étaient teints en blond et coupés court, et j’étais maigre comme un clou. Sur les photos de moi datant de cette époque, j’ai l’air d’une toxico. « Bonjour, Emma », avait-elle dit. Je m’attendais un peu à la voir débarquer un jour. Je l’espérais en secret, je crois. Elle me manquait quand je me laissais aller à repenser à ma vie d’avant. Des petits riens me replongeaient dans le passé – une chanson à la radio sur laquelle nous chantions à tue-tête ensemble, une expression qu’elle répétait. 

Je redevenais une adolescente. Juste pour un instant. Ensuite je revenais dans le présent où je nettoyais des assiettes sales et servais des bières à la pression. C’était dur de la revoir et de se rappeler combien nous avions été proches. Je suis restée à distance, comme si elle représentait une menace. « Bonjour, Harry, avais-je répondu. Je ne peux pas discuter, désolée. J’ai plein de commandes à servir. » Elle avait remonté ses lunettes sur sa tête et m’avait décoché un regard noir. « Pas de problème. Je vais attendre. » Plus tard, quand je m’étais assise avec elle dans le parc – dans ce même parc, avec les canettes de cidre et des sachets de chips dans les mains, comme au bon vieux temps – j’ai commencé à songer qu’elle était le déclic dont j’avais besoin.

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Elle savait que j’étais allée vivre chez mes grands-parents, or j’étais partie sans lui dire au revoir, et elle m’en voulait encore de l’avoir abandonnée. Ce n’est qu’en apprenant que Will et Jude m’avaient mise à la porte qu’elle s’était calmée. Ce jour-là, dans le parc, je lui avais raconté que j’avais arrêté le lycée dès que j’avais pu car je ne voulais pas d’attaches. « J’ai choisi la liberté plutôt qu’un diplôme et un emprunt, m’étais-je vantée. Je voulais faire ce qui me plaisait et aller où j’avais envie. » Harry m’avait jeté un regard noir et répliqué : « Dans ce cas, qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi n’es-tu pas en train de conquérir le monde, Emma ? » Le cidre et la nostalgie avaient abattu mes défenses et je m’étais mise à pleurer. 

De grosses larmes roulaient sur mes joues et tombaient sur mes chips. À cet instant, celle que j’étais avant m’avait manqué, physiquement manqué, à en avoir mal. Harry avait mis ses bras autour de mes épaules et m’avait serrée contre elle sans dire un mot. « Parce que je ne suis rien, avais-je réussi à murmurer. « — Pas pour moi », avait-elle répondu. Et elle avait attendu. Alors, j’avais commencé à lui confier ce que je ressentais. « Jude me répétait que je pouvais être qui je voulais. Quand j’étais petite. Mais la réalité, c’est que je ne suis personne. » Les années passées à travailler au pub pendant l’hiver, à changer les lits et récurer les toilettes pendant l’été, au contact de draps souillés et d’inconnus dégoûtants, à passer d’un boulot à l’autre, m’avaient épuisée. « Je ne sais pas par où commencer, Harry, c’est ça le problème. La plupart du temps, j’ai l’impression d’être prise dans un épais brouillard. Je n’arrive pas à voir ce qu’il y a devant moi. J’ai trop peur d’avancer.

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Mais la légèreté s’est envolée maintenant. Le café a refroidi et je me débats pour tout raconter à Harry sans rien lui révéler. Je sais qu’elle va évoquer Alice Irving – le lien avec Howard Street est irrésistible. — Tu as entendu cette histoire sur le bébé Alice, commence-t-elle. Tu te rappelles quand on s’installait dans ton jardin, l’été avant que tu partes chez tes grands-parents ? Vous aviez des transats, non ? Tu t’en souviens ? On se battait pour savoir qui prendrait le jaune. — Je crois que le bébé de Howard Street est le mien, dis-je. J’en rêve. Elle me dévisage avec sévérité, comme si j’étais une enfant. 

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— C’est Alice Irving. Les analyses qu’a pratiquées la police l’ont prouvé. Tu ne dois pas dire des choses pareilles. Je vois bien que cette histoire te bouleverse mais tu ne penses pas que c’est à cause de ton avortement ? Ça fait remonter à la surface tous tes sentiments de l’époque. C’est tout à fait normal. C’était une épreuve terrible. En as-tu parlé à Paul ? Je secoue la tête. — Eh bien, peut-être que tu devrais. Il t’aime, Emma. Il comprendra. J’acquiesce. — Mais il faut que tu arrêtes de dire que c’est ton bébé. Les gens vont te prendre pour une folle si tu racontes des choses pareilles. Tu comprends ? J’acquiesce à nouveau. Elle a raison. Je vais me taire jusqu’à ce que les autres découvrent la vérité.

Elle demeura ainsi jusqu’à ce que la pluie se mette à tomber, alors elle démarra le moteur et rentra chez elle. Lorsqu’elle prit l’allée, glacée jusqu’aux os, elle ne se souvenait même plus d’avoir fait le trajet de retour. Nick sortit pour décharger les courses du coffre. Soudain, elle repensa à son chariot abandonné dans l’allée du supermarché. — Je suis désolée, dit-elle lorsqu’il ouvrit la portière. Je n’ai rien acheté. Je n’ai pas supporté. Tout le monde criait… Il mit son bras autour de ses épaules et la conduisit à l’abri à l’intérieur. — J’irai tout à l’heure, lui assura-t-il. Donne-moi la liste. Angela fixait l’écran de télévision sans le voir. 

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 Nick avait regardé le sport mais les images de Howard Street, de la boue et du ruban de police battant au vent emplissaient l’esprit d’Angela. — Ça ne s’arrange pas, dit-elle quand il vint s’asseoir à côté d’elle. — Louise sera là dans une minute. Je lui ai téléphoné. — Tu n’aurais pas dû. Elle a sa vie. Elle ne peut pas accourir ici tout le temps. — Elle veut venir. Elle s’inquiète pour toi. Tout le monde s’inquiète. Louise pénétra dans le salon d’un pas prudent, comme si elle craignait de la réveiller, et Angela rendossa aussitôt son rôle de mère, bondissant de sa chaise pour l’accueillir et lui proposer du thé. — Ou un sandwich ? Tu as mangé, ma chérie ? Il faut que tu te nourrisses bien. Sa fille la serra fort dans ses bras.

— Ça va, maman. Je suis une grande fille maintenant. Je n’ai plus besoin que tu me donnes la becquée. La question, c’est plutôt est-ce que toi tu manges correctement ? D’après papa, tu touches à peine à ton assiette. — Je n’ai pas gros appétit, reconnut Angela. — Remarque, si papa me préparait à manger, moi aussi je perdrais l’appétit ! plaisanta Louise, ce qui les fit sourire toutes les deux. Saucisse purée tous les soirs, je parie. J’ai apporté du ravitaillement – un ragoût d’agneau. Papa est en train de le ranger à la cuisine. — Merci, ma chérie. Tu es si gentille avec nous. — Ne dis pas de bêtises. Tu es ma mère et je t’aime. C’est tout. Angela se mit à sangloter. La simplicité de cet amour ne fit qu’accentuer son sentiment de perte. 

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 Pourquoi est-ce que ça ne te suffit pas ? Tu as de la chance. Tu es entourée de gens qui t’aiment. Tu as deux enfants merveilleux. Louise était en train de parler et Angela revint à la réalité pour l’entendre dire qu’elle voulait emmener sa mère en week-end. — Je ne peux pas partir. La police pourrait avoir besoin de moi, répliqua-t-elle. — J’ai mon portable. Tu n’es pas obligée de rester à la maison tout le temps. Ça te rend malade, maman. — Mais non, je vais bien, affirma Angela en sortant un mouchoir de sa manche. J’ai besoin d’être là. Pour Alice. Le visage de Louise se crispa. — Tu dois faire ce qu’il y a de mieux pour toi et papa. Tu as besoin de faire une pause. La police va faire son travail et toi, tu vas prendre soin de toi. Pour Paddy et pour moi.

Dehors, elle appela Joe et lui demanda de la retrouver près de la porte principale. — Nous allons discuter avec Harry Harrison, lui annonça-t-elle. Et on peut y aller à pied. La porte s’ouvrit sur une femme d’une quarantaine d’années qui tenait une cigarette entre ses doigts. — Bonjour. Madame Thornton ? Je suis Kate Waters du Daily Post. — Sérieux ? La presse ? Que voulez-vous ? demanda la femme d’un ton dédaigneux. Écoutez, j’allais sortir. Mensonge. Elle vient juste d’allumer sa cigarette et elle est en pantoufles. — Ça ne prendra qu’une minute, promis, assura Kate. J’espérais que vous pourriez m’aider. 

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J’essaie de joindre Suzanne Harrison, à Woolwich. La femme sur le seuil plissa les yeux et marqua une seconde d’hésitation. Je te tiens, pensa Kate. — Qu’est-ce que vous lui voulez ? demanda Harry, un brin énervée. — Je suis désolée de débarquer à l’improviste mais pourriez-vous m’accorder cinq minutes de votre temps pour que je vous explique ? — Entrez, consentit Harry avant de remarquer la présence de Joe. Et vous, vous êtes qui ? Vous avez l’air un peu jeune pour être journaliste. Joe afficha un sourire timide. — Je suis en stage. Je me tairai, promis. De sa main libre, elle leur indiqua le chemin, puis elle referma la porte derrière eux et les conduisit dans une cuisine design où il fut évident que quelques minutes plus tôt.

Kate nota qu’il s’agissait du concurrent direct du Post et posa son sac à main dessus. — Bon, de toute évidence, vous savez que je suis Suzanne Harrison, déclara Mme Thornton en écrasant sa cigarette dans un bol de muesli desséché. Harrison est mon nom de jeune fille – et tout le monde m’appelait Harry. — Que de noms ! Comment dois-je vous appeler ? plaisanta Kate. — Harry. C’est simple et mignon. Tout l’opposé de vous, songea Kate. La femme, grande et élégante, pouvait bien s’exprimer avec l’accent las et traînant des gens fortunés, le tatouage sur son sternum, qui pointait au-dessus du col de son chemisier hors de prix, racontait une tout autre histoire. 

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— En fait, vous avez de la chance de me trouver chez moi. Je suis normalement au bureau à cette heure-ci, mais je déjeune à l’extérieur aujourd’hui. — Formidable ! Où travaillez-vous ? Dans la City ? — Non. Chez Thornton et Coran, la maison d’édition. — Oh, ils éditent beaucoup de biographies de célébrités, non ? poursuivit Kate. D’ailleurs, nous avons publié l’un de vos livres en feuilletons l’année dernière. Celui de l’actrice qui a vaincu le cancer. Harry se fendit d’un sourire. — Exact. Je m’en souviens. Vous lui avez fait une belle promo. Les livres se sont vendus comme des petits pains. Vous voulez un café ? Harry versa le contenu de la cafetière dans de ravissantes tasses peintes à la main, et se lança dans un exposé.

Le rideau tomba. Le regard de Harry se figea. — Non, je n’ai rien entendu à ce sujet, répondit-elle avec raideur. À Howard Street ? Eh bien, ce n’était pas là que j’habitais. Je ne crois pas m’en souvenir. — Votre amie y vivait, en revanche. — Je ne pense pas, non, aboya-t-elle. — Toni, du Royal Hoak, insista Kate. — Toni ? Toni Baker ? Bon sang, elle m’a appelée l’autre jour. C’est elle qui vous a dit où me trouver ? Écoutez, je ne sais rien. C’était il y a si longtemps. Je ne peux pas vous aider et il faut que je me prépare. Vous devez partir, fit-elle en prenant son sac à main. Vous savez où est la sortie ? Merci. Kate embarqua Joe avec elle dans le couloir. — Je vous laisse ma carte sur la console, Harry. Au cas où vous voudriez me joindre. 

 Elle referma doucement la porte derrière eux. — On y est, donc, commenta-t-elle tandis qu’ils retournaient au journal. Joe la considéra d’un air perplexe. — On est où ? C’était un désastre complet, non ? Elle nous a demandé de partir. — Oui, mais qu’a-t-elle dit juste avant ? — Rien. Elle a dit qu’elle ne savait rien. — Oh bon sang, Joe ! Tu ne sais pas lire entre les lignes ? Dès que j’ai mentionné le bébé, elle s’est fermée. Elle a inventé un vague mensonge sur Howard Street. — Oh. — Elle sait quelque chose, reprit Kate. Nous aurons une autre occasion de l’interroger pendant la fête. Et Joe… Ne prends pas de notes quand tu essaies de gagner la confiance de quelqu’un. C’est la règle d’or d’une bonne interview.

Bonjour, Anne, répond-elle. Je suis contente d’avoir de vos nouvelles. Comment allez-vous ? Que faites-vous ? Je suis un peu prise de court. Elle me parle comme si elle me connaissait. Je jette un œil à mon antisèche histoire de me rassurer. Le numéro un sur ma feuille est Toxicos ? — Je vais bien, merci. Je vous appelle pour voir si vous avez retrouvé les drogués de Howard Street. — Non, j’ai bien peur d’avoir fait chou blanc. Il n’y a pas de traces officielles de leur passage, j’imagine qu’ils squattaient ici et là. Quoi qu’il en soit, tout a changé depuis notre dernière conversation, non ? Le bébé a été identifié et il a été enterré dans les années quatre-vingt d’après la police. 

— Oui, j’ai vu ça. — Cela correspond davantage à votre époque. Vous rappelez-vous quelqu’un qui aurait eu un comportement étrange à cette période ? Des ragots parmi le voisinage ? — Rien qui me vienne à l’esprit. Tout le monde restait plutôt discret, en fait. C’est la vérité après tout. Kate Waters pousse un soupir. — Ah ah, si on m’avait donné une pièce chaque fois que j’ai entendu ça ! s’esclaffe-t-elle. Les gens aiment bien préserver leurs petits secrets, pas vrai ? Il faut que je continue. Le numéro deux sur la liste est Comment savent-ils que c’est elle ? — Je voulais vous demander si les policiers sont certains de l’identité du bébé. Je crois qu’ils se trompent. — Ah bon ? Pour quelle raison ? Savez-vous quelque chose au sujet du bébé, Anne ?.

Oui, mais ça s’arrête là désormais, plaisanta-t-il et ils s’esclaffèrent tous les deux. Une fois la glace brisée, ils se racontèrent leur vie, dans les grandes lignes, devant leur salade tricolore. Ils partagèrent leurs expériences, éclatèrent de rire à l’évocation de souvenirs communs sans jamais aborder la raison pour laquelle ils ne s’étaient pas vus depuis presque vingt ans. Pourtant, au beau milieu des melanzane alla parmegiana, Will l’interrogea sur Emma. Jude se demandait à quel moment il s’aventurerait sur ce terrain. — Alors, commença-t-il tandis que le serveur versait le vin. Des nouvelles d’Emma ? — Oui, en fait. 

 Elle a repris contact il y a deux ans. C’était inattendu. — Je vois. Et comment va-t-elle ces jours-ci ? — Comme ci comme ça. Elle a épousé un homme qui a l’âge d’être son père. — Ah. Elle travaille ? — Oui. Elle s’est reprise en main, finalement. Elle aura mis le temps mais elle est allée à la fac. Elle est correctrice dans l’édition. Elle travaille chez elle, sur des biographies commerciales, surtout, mais elle bosse bien. — Tu la vois souvent ? — Oui. Enfin, un peu. Je lui ai dit que j’avais eu de tes nouvelles. — Ah bon ? s’étonna-t-il, en faisant tomber de sa main tremblante un peu de sauce tomate sur la nappe, qu’il essuya du doigt. Qu’est-ce qu’elle a dit ? — Pas grand-chose, répondit Jude en se remémorant l’expression figée d’Emma. 

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