jeudi 6 décembre 2018

Telecharger La fille qui a sauvé Noël ebook gratuit de Matt Haig

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Après Un garçon nommé Noël, un nouveau roman de Noël par le talentueux Matt Haig. La jeune Amélia, qui vit à Londres, est la première petite fille à qui le père Noël rend visite. Un an plus tard, elle lui écrit une lettre désespérée pour qu’il l’aide à sauver sa mère malade. Mais le père Noël doit faire face à une série de catastrophes à Lutinbourg, et les espoirs d’Amélia s’envolent. Qui sauvera la magie de Noël ?… Un roman de la collection de fiction hélium, pour les 9-12 ans.



 Eric Schorer et Michael Nadeau sont respectivement le gérant et le concierge de l’immeuble du boulevard Décarie. Ce sont eux qui ont appelé les policiers. Le 29 mai 2012, comme tous les mardis matins, M. Nadeau sort les poubelles quand il aperçoit une valise au coin de l’immeuble, raconte-t-il à la cour. Intrigué, il appelle le gérant de l’immeuble pour qu’il vienne voir son étrange découverte. — Il y avait des asticots, dit M. Nadeau au jury, et ça sentait. La curiosité étant plus forte que tout, les deux hommes décident d’ouvrir la valise… Après avoir jeté un premier coup d’œil à l’intérieur, ils s’éloignent aussitôt pour aller composer le 911. Quelques minutes plus tard, dès l’arrivée des forces de l’ordre, le 5720 devient une scène de crime. De nombreux policiers investissent les lieux, l’enquête commence. — C’était une valise de voyage sur roulettes, se souvient la policière Caroline Simoneau de l’identité judiciaire, elle était entrouverte, une odeur s’en dégageait. Ce jour de mai, il y a eu des orages et la valise est trempée, se rappelle-t-elle. Et à l’intérieur se trouve un torse humain. Mme Simoneau est sur les lieux pour documenter la scène de crime. Lors des questions d’usage, elle explique brièvement en quoi consiste son métier: son rôle, au sein de la police, consiste à s’assurer que toute la preuve pourra être présentée devant jury, si jamais un criminel est arrêté.

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La logistique d’une scène de crime est complexe. La sergente-détective Claudette Hamlin, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), est chargée, avec l’enquêteur Michel Bourque, de diriger l’équipe qui doit trouver l’identité du tueur, mais aussi de la victime. C’est ainsi que son équipe en vient à fouiller tous les sacs poubelles qui jonchent le bord de la rue. Lentement, les pièces du puzzle commencent à s’assembler. À ce stade de l’enquête, la dépouille de Jun Lin a été en partie retrouvée, mais tout le monde ignore encore l’identité de la victime. Parmi les déchets, les policiers trouvent un petit chien mort ainsi qu’une caméra. Une bouteille de vin, du Wish for Love, est également retrouvée dans un des sacs poubelles dont on a vidé le contenu. Les policiers découvriront plus tard que cette bouteille a servi à commettre des outrages sur le cadavre de l’étudiant chinois. Il y a aussi des factures au nom de Luka Rocco Magnotta. En les découvrant, la sergente Hamlin croit d’abord qu’il s’agit du nom du défunt. Mais les caméras de surveillance de l’immeuble lui apprennent rapidement que rien n’est moins vrai.

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Les choses s’emballent. Dès qu’ils ont obtenu les autorisations nécessaires, les policiers grimpent sans la moindre hésitation jusqu’à l’appartement de Magnotta, au deuxième étage. Les lieux empestaient la mort, se souvient le policier Peter Devola. — Je n’avais jamais senti une odeur aussi forte, affirme-t-il au jury, c’était plus fort que celle de l’eau de Javel. En entrant dans le logement, Peter Devola est immédiatement assailli par une odeur de cadavre mélangée à des émanations de produits chimiques. Il fait le tour de l’appartement et constate qu’il est vide. Mais son inspection est loin d’être une partie de plaisir: les fenêtres sont fermées, les lieux empestent le cadavre et l’appartement est maculé de sang. Il y en a dans la cuisine et la salle de bain, se rappelle-t-il, sans compter que le matelas en est imbibé. Même la table semble mal nettoyée.

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Quelques heures plus tard, la biologiste judiciaire Jacinthe Prévost arrive sur place. Les policiers se doutent bien que les éclaboussures de «substances rougeâtres» qu’on voit partout dans l’appartement sont des gouttelettes de sang, mais seul un expert peut l’affirmer… et à terme le démontrer devant la cour. Grâce au luminol – un liquide qui permet de révéler la présence de traces de sang –, la biologiste confirme ce que beaucoup redoutent. Tout comme Peter Devola, Mme Prévost, qui apporte son expertise à la justice depuis 17 ans, a elle aussi senti cette infecte odeur de sang en putréfaction qui empuantit le logement. — Il y avait du sang sur les draps, sur le lit, dans le frigo et le congélateur, se remémore-t-elle devant le jury.

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Il y avait une très grande quantité de sang qui avait traversé de bord en bord le matelas. Le sang était pourri, putréfié, ça sentait. Son témoignage calme et méthodique contraste avec l’horreur de la scène analysée. Impassible, la biologiste judiciaire explique avoir trouvé des morceaux de chair sur le rebord de la baignoire. Mme Prévost expertise également des outils trouvés dans les ordures jetées par le suspect: une scie électrique, un marteau, deux couteaux et un tournevis hexagonal… On y retrouvera l’ADN de Jun Lin, tout comme sur le goulot de la bouteille de vin de dépanneur. On retrouve aussi des traces du sperme de Magnotta sur divers vêtements, dont le kangourou mauve qu’il portait au moment de tourner sa vidéo. Comme il se doit, l’appartement est fouillé de fond en comble. Et pendant ce temps, les enquêteurs continuent de chercher le suspect. Sans succès. Malgré les nombreux objets qu’il a laissés derrière lui, le principal suspect demeure introuvable.

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Afin de faire progresser leur enquête, les policiers s’attèlent à la tâche consistant à dresser un portrait de l’individu, et c’est le gérant de l’immeuble, M. Schorer, qui leur livre les premiers détails. M. Schorer est décédé d’une crise cardiaque quelques mois avant le début du procès, mais il a témoigné lors de l’enquête préliminaire, et c’est cet enregistrement qui est présenté au jury. Comme les jurés l’apprennent alors, Magnotta s’est installé dans ce logement du boulevard Décarie en mars 2012, soit 14 mois avant de commettre son crime ignoble. — Dans sa demande d’application, c’était inscrit qu’il était sans emploi, mais lors de son entrevue, il a dit qu’il en avait peut-être trouvé un, comme gardien ou quelque chose du genre. Il a dit qu’il voulait être à Montréal, car il avait un enfant ici. Cette dernière information s’avérera être un mensonge, mais ce ne sera que le premier d’une longue série. Le concierge, M. Nadeau, livre aux policiers un détail qui sera crucial pour l’enquête policière: l’immeuble est truffé de caméras de surveillance.

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Il y en a d’abord dans l’entrée en béton avec ses portes en vitre, puis dans le hall d’un blanc aseptisé. Ainsi, toutes les allées et venues dans le couloir principal aux murs beiges sont enregistrées, tout comme les déplacements qui ont lieu aux étages. Les enquêteurs peuvent même voir ce qui se passe dans le garage, où les résidents jettent leurs ordures et leurs déchets à recycler dans de gros bacs de plastique. Tout est filmé. Sur les séquences vidéo qui sont présentées sur les 24 écrans de la salle d’audience, on voit ainsi ce qui s’est déroulé dans la bâtisse pendant les heures qui ont précédé et suivi le meurtre. Pendant la projection, la salle reste silencieuse, tous les yeux sont rivés sur les images qui défilent. Assis dans sa cage de verre, Magnotta les regarde, lui aussi. 21 h 32: Le meurtrier allégué sort de son immeuble. C’est un jeune homme plutôt photogénique, vêtu d’un pantalon noir et d’un t-shirt, et qui a des espadrilles blanches aux pieds. Il semble vérifier son courrier avant de sortir, puis il échappe à l’œil de la caméra. Il s’est écoulé exactement 44 minutes lorsque Magnotta revient. Mais il n’est plus seul, quelqu’un est à ses côtés: Jun Lin. Bien que la vidéo ne soit pas en haute définition, tous dans la salle le reconnaîtraient entre mille, avec son t-shirt jaune, sa casquette et son short cargo. Ce sont ces vêtements qu’il portait sur une photo que les médias ont largement diffusée après sa disparition. D’un pas enjoué, l’étudiant chinois ouvre la porte à Magnotta qui entre dans le bâtiment avec un sac d’épicerie sous le bras.

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La minute d’après, ils sont vus à l’étage. Ce sont les dernières images où l’on voit Jun Lin en vie. 2 h 06: Sur ces images prises tôt le 25 mai 2012, on voit Magnotta, seul cette fois-ci, qui sort de l’immeuble. Personne ne manque de remarquer un détail troublant: le jeune homme porte le t-shirt jaune de sa victime. Quelques minutes plus tard, il revient, tenant un sac d’épicerie à la main. Une demi-heure s’écoule avant que Magnotta ne ressorte de son appartement. Il se dirige à présent vers le garage, toujours vêtu du t-shirt de Jun Lin, et jette ce qui ressemble à un sac dans un des bacs à ordure. Pendant près de deux heures s’ensuit alors une série d’aller-retour durant lesquels on le voit clairement vider son appartement. 4 h 10: Magnotta apparaît dans le sous-sol de son immeuble où il jette des bouteilles de vin au recyclage. On voit la bouteille de Wish for Love, ce vin de dépanneur que Jun Lin a bu. Magnotta semble décontracté. Pendant encore une quinzaine de minutes, le meurtrier poursuit ainsi ses aller-retour entre le sous-sol et son appartement. Il sort ensuite de l’immeuble, pour y revenir quelques minutes plus tard. Nonchalant, Magnotta ne manifeste aucun signe de panique.

Au petit matin, les caméras de surveillance le captent dans l’entrée de l’édifice. Il est, cette fois, vêtu d’un pantalon gris et d’un débardeur blanc et rouge. Il est affublé de lunettes de soleil et d’une perruque. Juste avant de franchir le pas de la porte d’entrée, Magnotta prend la peine de se regarder dans le grand miroir du lobby, puis il sort et, quelques minutes plus tard, revient avec un sac d’épicerie sous le bras. Il s’enferme alors dans son appartement, dont il ne ressort que quelques heures plus tard. Les jurés sont ensuite témoins des va-et-vient incessants que fait Magnotta entre le garage, son appartement et l’extérieur. Au total, les déplacements du jeune homme qui sont ainsi enregistrés s’étalent sur une période de 40 heures. S’y ajoutent d’autres indices laissés par le tueur. En effet, pendant que la police passe le bâtiment au peigne fin à la recherche d’éléments incriminants, une commotion se prépare dans les bureaux des partis politiques fédéraux à Ottawa. Le 29 mai, dans la matinée, un colis macabre arrive au siège du Parti conservateur du Canada. — Il y avait une mauvaise odeur, on aurait dit que quelque chose était en train de pourrir, explique au jury Jenni Byrne, une directrice du parti au pouvoir à l’époque. En entrouvrant le paquet, Mme Byrne voit un morceau de tissu en soie rose, un sac poubelle et une note adressée au premier ministre et à sa femme. Sur ce bout de papier, que les jurés découvrent dans la salle d’audience via un projecteur.

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À la lecture du billet, Mme Byrne appelle la police sans prendre la peine d’examiner le contenu de la boîte. Un quart d’heure plus tard, les forces de l’ordre débarquent en nombre. C’est à ce moment que le pied de Jun Lin est découvert. Il est emballé dans un sac poubelle. La même journée, au centre de tri postal de la capitale fédérale, un autre colis similaire est intercepté, destiné celui-là au Parti libéral du Canada. Il contient la main gauche de la victime. Deux autre colis ont également été envoyés dans des écoles à Vancouver, en Colombie-Britannique. Grâce à ces colis expédiés par la poste, l’enquête policière avance rapidement sur plusieurs fronts. Tout d’abord, les numéros de suivi de Postes Canada permettent de découvrir leur provenance: ils ont été envoyés de Montréal, plus précisément d’une pharmacie qui se trouve à quelques rues du logement de Magnotta, puis du Complexe Les Ailes, au cœur du centre-ville de la métropole. Les paquets ont aussi des adresses de retour, dont deux laissent perplexes les enquêteurs. Sur le premier paquet figure le nom du fils de l’ancien premier ministre Jean Chrétien, et sur l’autre, le nom de la sœur de la tristement célèbre Karla Homolka. Cette dernière a marqué la mémoire collective du pays dans les années 1990. Avec son époux, Paul Bernardo, elle avait alors participé à l’enlèvement, au viol et au meurtre de deux jeunes Ontariennes. La femme avait plaidé coupable à une accusation réduite d’homicide involontaire et écopé de 12 ans de pénitencier.

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Mais, au procès de Bernardo, des vidéos avaient montré qu’elle avait été beaucoup plus impliquée que ce qu’elle avait laissé croire, ce qui avait choqué la population. Les photos de sa vie à la prison de Joliette, dans les années 2000, avaient poussé certains à qualifier le pénitencier fédéral de «Club Fed», en référence aux fameux tout-inclus Club Med pour vacanciers. Ce n’est pas la première fois que le nom de Karla Homolka est associé à Magnotta, mais cela date d’avant la mort de Jun Lin. D’après une vieille rumeur, le jeune homme aurait eu une relation avec la meurtrière. Tout cela s’est avéré faux. De l’avis de plusieurs, c’est Magnotta lui-même qui entretenait ces ragots dans le but de pouvoir passer à la télévision et de tout nier. Était-ce là un signe que Magnotta avait planifié son crime odieux? Ou cela trahissait-il un délire paranoïde tel qu’il ne pouvait pas être tenu criminellement responsable d’un assassinat? Quoi qu’il en soit, lors de leurs témoignages respectifs par voie de vidéoconférence, la sœur de Karla Homolka et le fils de Jean Chrétien disent regretter d’avoir été entraînés malgré eux dans cette affaire. Logan Valentini – nom adopté par Lori Homolka en 1996 – et Hubert Chrétien jurent tous deux ne connaître Magnotta ni d’Ève ni d’Adam.

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J’étais sous le choc, explique Mme Valentini à la cour, je ne comprenais pas pourquoi il avait fait ça, ça n’a rien à voir avec moi. Elle s’étonne d’ailleurs que sa véritable adresse se soit retrouvée sur l’un des colis, tout comme M. Chrétien qui n’a pas trouvé l’expérience très plaisante. Par contre, comme ce dernier le mentionne durant son bref témoignage, avec de la patience et une connexion internet, n’importe qui peut dénicher ses coordonnées. Pourquoi Magnotta a-t-il choisi ces deux personnes et donné leurs coordonnées comme adresses de retour? Signe de la planification du crime, ou bien signe d’un délire paranoïde? Si ces pistes ne permettent pas d’éclairer les motivations du tueur, l’enquête progresse grâce aux informations recueillies aux comptoirs postaux d’où ont été envoyés les colis. Par chance, en effet, l’employé de la pharmacie Jean Coutu du chemin Queen-Mary se souvient du client qu’il a servi le 25 mai 2012, quelques heures après le meurtre. — Il n’y avait rien de particulier dans son comportement, se rappelle le commis dans son bref témoignage. À 13 h 48, Magnotta demande à se faire rembourser les quatre boîtes qu’il a achetées dans la matinée. Ce qu’il voulait envoyer n’entrait pas dans ces petits colis, explique l’employé avant d’ajouter que le client a ensuite acheté quatre boîtes de format moyen.

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En début de soirée, Magnotta revient au même comptoir pour envoyer des paquets soigneusement emballés dans du papier de soie, comme un cadeau, qui contiennent les mains et les pieds de sa victime. Il se rend ensuite dans un comptoir postal du centre-ville pour y poster les deux derniers colis, avant de retourner chez lui et de continuer son grand ménage. * * * Parallèlement aux faits et gestes de Magnotta, les policiers s’intéressent aussi de très près aux activités virtuelles du suspect et à la vingtaine de comptes Facebook à son nom. C’est à l’agente enquêteuse Nadine Paoliello que revient la tâche de retrouver la fameuse vidéo qui fait le tour du web, dont le titre anglais est sinistrement évocateur: One lunatic one icepick (Un cinglé, un pic à glace). Le décor dans lequel elle a été tournée correspond aux objets retrouvés dans les ordures, explique Mme Paoliello à la cour. Des copies ont été diffusées sur des sites spécialisés dans les vidéos gore, certaines fictives et d’autres authentiques, où se mélangent le scabreux et l’obscène.

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Sur un des sites où elle est disponible, la vidéo de plus de 10 minutes est accompagnée de la légende suivante: «Il est temps de faire bouger les choses.» Pendant un moment, on peut même la trouver sur YouTube, l’un des sites web les plus consultés de la planète. Rapidement, l’agente enquêteuse de la section des crimes technologiques se met en rapport avec les hébergeurs du site afin que la vidéo soit retirée. La police veut à tout prix empêcher sa propagation, mais des millions de personnes ont déjà visionné l’odieux extrait mis en ligne par Magnotta. C’est d’ailleurs ce qui a rendu sa cause célèbre d’un océan à l’autre. C’est maintenant au tour du jury de regarder ces images. — C’est la fameuse vidéo dont je parlais lors de ma déclaration d’ouverture, explique Me Bouthillier de la poursuite. Le jury est attentif, chaque juré a les yeux rivés sur les écrans répartis dans la salle, où la vidéo défile. Peu importe où l’on se trouve, impossible de ne rien voir, à moins de fixer le plancher. Et c’est exactement ce que fait Magnotta pendant les 10 minutes et 22 secondes que dure le film tourné dans son appartement. À l’écran, on voit Magnotta sur son lit.

Les lumières sont tamisées. Le mur est nu, à part pour un poster du film Casablanca. En raison de l’angle de la caméra et du kangourou mauve qu’il porte, le visage du jeune homme est caché. La musique démarre, puis, avec True Faith, le succès du groupe rock New Order, en musique de fond, on voit Magnotta commettre des gestes abominables sur le cadavre de Jun Lin. On le voit enfoncer dans le torse de l’étudiant chinois ce qui ressemble à un pic à glace. On le voit mutiler le cadavre, le démembrer. Il simule des actes sexuels avec un bras, puis avec le torse qui n’est plus qu’un tronc. À un moment, un petit chien entre dans le champ de la caméra. Plutôt que de le chasser, Magnotta le met à contribution. C’est le cadavre de ce canidé qui sera retrouvé dans un sac à ordure, quelques jours plus tard. Toutes les personnes présentes regardent le film sans dire un mot. Les jurés sont impassibles et attentifs, tout comme les sept membres du public. Les journalistes prennent des notes sur leur calepin ou leur clavier. Pendant un instant, le visage d’une jurée trahit son malaise lorsque la tête tranchée de Jun Lin apparaît sur les écrans, mais elle se reprend rapidement. Dans la «salle de débordement» où la vidéo est également diffusée, une quinzaine de spectateurs observent les images en silence, certains la bouche entrouverte. — Je voulais voir à quel point l’être humain peut descendre aussi bas, se justifie une dame. C’est presque surréaliste de penser que c’est un vrai meurtre.

D’autres échappent aux images en enfouissant leur visage dans leurs mains. Quelques curieux ont préféré rester à l’extérieur de la salle, comme cet homme qui explique être venu voir le processus judiciaire et non des atrocités. Le visionnement a été particulièrement éprouvant, mais des images encore plus insoutenables seront montrées la semaine suivante. La vidéo diffusée en ligne est connue pour être particulièrement immonde, mais ce que le public ignore encore à ce stade, c’est que les policiers ont récupéré 12 autres enregistrements dans une caméra retrouvée dans les ordures. Sans la musique de fond, l’impact de ces extraits est à glacer le sang: en plus de voir la mutilation de la victime, on l’entend. Sur une de ces vidéos, alors qu’il est légèrement hors champ, Magnotta semble se livrer à un acte de cannibalisme. À cause d’une lampe de chevet allumée, placée à côté du lit, l’image apparaît parfaitement claire et nette sur les écrans, ce qui ajoute encore à l’horreur de la scène. Le jury assiste aussi au visionnement de trois autres vidéos, tournées par Magnotta une semaine avant le meurtre.

On y voit un homme attaché à son lit. Comme toute personne attentive le remarque aussitôt, il ne s’agit pas de Jun Lin. Cet inconnu, que Magnotta a ramené chez lui huit jours plus tôt, n’a jamais été retrouvé par la police, même si les caméras de surveillance le montrent en train de quitter l’immeuble vivant, le lendemain. Pendant les premières minutes de la vidéo mise en ligne, c’est cet homme qu’on voit, les yeux bandés, attaché sur le lit de l’assassin. À un moment, Magnotta s’approche de lui, une scie électrique éteinte à la main, et lui demande: «Are you OK?» Cette fois, on voit clairement le visage du tueur. L’inconnu bouge, mais ne répond pas. Grâce à tous ces éléments de preuve, il est possible de retracer le parcours de Magnotta, du 24 mai au soir jusqu’au 26 mai en après-midi. Ce dernier a pris 40 heures pour découper le cadavre de Jun Lin, monter la vidéo des outrages infligés au cadavre, vider et laver son appartement, aller à la poste acheter des boîtes dans lesquelles il a ensuite envoyé les mains et les pieds de sa victime à travers le Canada, et, enfin, monter à bord d’un taxi pour quitter le pays pour de bon en laissant derrière lui le corps démembré de Jun Lin disséminé à travers le Canada.

Feng Lin, imperturbable, déclare à un moment du contre-interrogatoire que lui et Jun «s’aimaient beaucoup». Ces mots détonnent alors que l’avocat lui pose des questions de plus en plus indiscrètes. Après avoir sondé le témoin sur son orientation sexuelle, il poursuit sur le thème de la pornographie. Me Leclair, qui en vient à divulguer l’historique des pages internet possiblement consultées par Jun Lin, s’attarde en particulier sur des titres de films pornographiques plutôt directs et évocateurs. À un certain moment, la défense va jusqu’à montrer à Feng Lin des images à caractère sadomasochiste mettant en scène des hommes. Visiblement exaspéré, Feng Lin demande s’il est obligé de regarder ces images vulgaires. Mais les questions gênantes de l’avocat se poursuivent. Cette fois, avec de nombreux détails sur de prétendues rencontres dans les bars, Me Leclair suggère que Jun Lin était plutôt volage et qu’il multipliait les infidélités. Il tente également de faire dire au témoin que Jun Lin était contrôlant, et que c’est la véritable raison de leur séparation. — Absolument pas, répond Feng Lin, catégorique.

Les témoignages précédents avaient trait aux circonstances tragiques de la mort de Jun Lin. Le contraste est saisissant lorsqu’on entend Feng Lin parler de la vie qui était celle du jeune homme. Ceci étant, ce n’est pas pour honorer la mémoire de celui qu’il aimait, du moins pas seulement, que le témoin a traversé le Pacifique. S’il répond aux questions en regardant les jurés droit dans les yeux, c’est aussi pour contribuer à la condamnation de Magnotta, et ce, malgré les questions par moments indiscrètes et intrusives des avocats. Poursuivant son témoignage, Feng Lin parle de son amant assassiné. Il raconte son emménagement rue Saint-Mathieu, dans le centre-ville. Une fois la session d’hiver terminée, Feng Lin avait décidé d’aller visiter sa famille en Chine et pris l’avion le 13 mai 2012. — Je devais rester tout l’été là-bas, mais je suis revenu deux semaines plus tard, de toute urgence, dit-il d’un ton solennel. Même s’ils viennent de rompre, Feng et Jun communiquent sans arrêt, jusqu’à 50 fois par jour. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’ils ont rompu. Les parents de Jun ignoraient que leur fils était homosexuel. Et à 33 ans, se disaient-ils, il était temps pour lui de fonder une famille. La pression était donc forte sur l’étudiant pour qu’il trouve une femme et se marie. C’est pour cette raison que, d’un commun accord, Feng et Jun ont décidé de se séparer, sans toutefois mettre un terme à leurs échanges.

Le dernier texto envoyé par Jun Lin remonte au 24 mai, en soirée. «Bon matin», disait-il, tenant ainsi compte du décalage horaire. — Je lui ai répondu par un court message, il l’a lu puisque ça l’a indiqué sur mon téléphone, mais il n’a jamais répondu. Et pour cause: peu après, l’étudiant entrait dans l’appartement de Magnotta. Deux jours plus tard, inquiet de n’avoir aucune nouvelle de son amoureux, Feng Lin demande à un de leurs amis communs à Montréal, un dénommé Dong Dong Xu, de s’enquérir de la situation. On est alors le 27 mai, et personne ne semble savoir ce qu’il est advenu de Jun Lin. Toujours à la demande de Feng Lin, qui à ce moment-là se trouve à Bangkok, Dong Dong Xu se rend dans tous les endroits où pourrait être le disparu. Sans résultat. M. Xu, qui se fait aussi appeler Benjamin, est un des meilleurs amis de Jun Lin. Ils se sont rencontrés en 2011, par l’intermédiaire d’un ami commun, à Montréal, et il apprécie la gentillesse de Jun Lin. Dong Dong Xu s’empresse donc d’aller au nouvel appartement de Jun Lin, rue Forest Hill, sans se douter du sort de son ami. Rien. À l’exception d’un chat affamé et d’une casserole au fond de laquelle il reste un peu d’huile.

Dong Dong Xu décide de se rendre au dépanneur de Verdun où il sait que travaille son ami. C’est alors que l’inquiétude commence à naître: Jun Lin ne s’est pas présenté au travail depuis déjà plusieurs jours. — J’ai appelé la police, j’avais peur que quelque chose de grave ne soit arrivé, explique Dong Dong Xu, lui aussi venu témoigner pour la poursuite. La première rencontre avec les policiers est décevante. Plutôt que de lancer des opérations de recherche, ils lui conseillent d’attendre le lundi suivant, et d’appeler l’Université Concordia afin d’essayer de retrouver le disparu. Il arrive que des personnes adultes décident de s’en aller sans donner de nouvelles, lui auraient-ils dit. M. Xu s’exécute. Toujours sans nouvelles de son ami, il rappelle la police, qui décide finalement de lancer une enquête. Accompagné des policiers, il retourne à l’appartement du disparu. Là, on trouve le sac de Jun Lin, avec ses effets personnels, mais les recherches ne donnent rien de plus. Dès lors, l’angoisse de Dong Dong Xu ne fait que croître. Et ses craintes s’avèrent fondées: le 29 mai, la rumeur d’une vidéo atroce circulant sur le web vient à ses oreilles. Dès les premières séquences de la vidéo, M. Xu reconnaît Jun Lin. — J’ai appelé le 911 et la police est arrivée sur-le-champ.

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