vendredi 28 décembre 2018

Une histoire d'amour et de ténèbres - Amos Oz Télécharger EPUB gratuit



Une histoire d'amour et de ténèbres - Amos Oz livre PDF



on peut penser aujourd’hui aux coûts associés aux campagnes en ligne). Or, si on limite les dépenses des candidats, on limite de fait leur liberté d’expression. Car l’argent leur sert à exprimer leurs idées – et serait même indispensable à l’expression de ces idées. Voici venu le second point : limiter les dépenses électorales, cela reviendrait à limiter le débat public – or ce débat doit être (et je reprends ici les mots de la Cour suprême) « sans retenue, robuste et grand ouvert ». Et c’est là que nous ne sommes plus d’accord. Car comment un débat pourrait-il être simplement « ouvert » si certains peuvent dépenser sans compter et d’autres non ? Pour les candidats bien dotés, on voit très bien l’ouverture, mais les plus petits risquent de toute évidence de rester coincés dans la mêlée. D’autant que, depuis 2010, la mêlée a deux piliers. 

D’une part, les individus sont autorisés à dépenser sans compter – tant qu’il ne s’agit pas de donner directement de l’argent à un candidat. Et, d’autre part, les entreprises le sont également puisqu’elles sont considérées comme des « individus » dont la liberté d’expression est protégée par le Premier amendement. Quand les entreprises deviennent des individus (protégées par le Premier amendement et non contraintes dans leurs dépenses électorales) Et dire que tout a commencé par un film : Hillary : The Movie – ou plutôt d’ailleurs Hillary : The Movie saison 1, car il nous faut remonter ici à 2008, première tentative de l’ancienne First Lady de devenir la première femme présidente.

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Un film à charge, produit et diffusé par le groupe conservateur Citizens United (passé depuis à la postérité). À regarder le film (ce que je ne vous conseille pas), on serait même tenté de le retitrer Hilarious the Movie, tant l’argumentaire utilisé brille par sa médiocrité, tout comme la mise en scène. On tremble ainsi quand nous est révélé que Hillary est sans doute ce qui se rapproche le plus d’un « socialiste européen », le couteau entre les dents en moins, et encore sans doute parce que le budget effets spéciaux était limité. On rit moins cependant quand on prend conscience des conséquences que ce documentaire de 90 minutes a eues sur la vie politique américaine, ouvrant la voie au financement illimité des campagnes électorales par les entreprises privées. Petit travelling arrière. Depuis 1907 aux États-Unis et le « Tillman Act », la loi interdisait aux entreprises de contribuer directement aux campagnes électorales. 

Législation importante, mais dont on peut souligner qu’elle ne fut rapidement pas très contraignante : car ce que les entreprises n’avaient essentiellement pas le droit de faire tout au long du XXe siècle aux États-Unis, c’est de puiser directement dans leur trésorerie pour financer les campagnes électorales. Elles étaient cependant tout à fait autorisées à passer par un comité d’action politique pour faire campagne – et même à créer leur propre comité d’action politique. Sans doute déjà trop compliqué pour Citizens United, cette association conservatrice américaine qui en fit tout un cinéma. Le rapport avec Hillary (le film) ? Non content d’avoir produit ce documentaire, Citizens United décida en 2008 qu’il souhaitait payer un million de dollars au câblo-opérateur Comcast pour que celui-ci.

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Et qu’il souhaitait payer ce million de dollars directement sur ses fonds de trésorerie, contrevenant ainsi à la régulation en place (et alors même que Citizens United possédait son propre comité d’action politique, qui aurait parfaitement pu être utilisé à cette fin)6. Il s’agissait donc bien de tester les « Justices », ces juges pas très jeunes nommés à vie dont les jugements précédents laissaient à penser aux militants de Citizens United que le marteau et le clou n’avaient jamais été aussi proches. Et de fait la Cour suprême, dans sa décision opposant Citizens United à la Federal Election Commission, déclara anticonstitutionnelles toutes les interdictions en place, conférant ipso facto aux entreprises le statut d’individu pouvant se prévaloir de la protection du Premier amendement, et donc dépenser autant qu’elles le veulent. 

Pour le dire autrement, selon la jurisprudence américaine, les entreprises sont aujourd’hui des individus qui, comme les individus, doivent pouvoir librement exprimer leurs opinions, c’est-à-dire dépenser selon leur bon vouloir leur argent au cours des campagnes électorales, puisque l’argent est une forme de discours7. Sur cette conception nouvelle – et baroque – de l’entreprise comme personne, je conseille au lecteur l’excellent livre d’Adam Winkler, We The Corporations, qui raconte comment aux États-Unis les entreprises ont fini par obtenir leurs droits civiques8. Seule limite introduite par la Cour dans sa décision « Citizens United » : les dépenses des entreprises doivent rester des dépenses « indépendantes »9. Sauf que, comme nous l’avons vu, cette distinction tout artificielle entre hard money et soft money n’est aucunement un frein au déferlement d’argent privé dans le jeu politique américain. Peu connu en France et en Europe.

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Pour enfoncer le clou dans la porte déjà chancelante du semblant de régulation tenant encore debout dans les années 2010, la décision de 2014 de la Cour suprême dans l’affaire « McCutcheon v. Federal Election Commission » a mis fin aux limites fédérales agrégées au montant des contributions aux campagnes (le plafond du montant des contributions à chaque candidat reste, lui, cependant inchangé ; mais pour combien de temps ?). Au final, depuis 1990, les dépenses de l’ensemble des candidats aux trois élections majeures (élection présidentielle, élections législatives et élections sénatoriales) n’ont cessé d’augmenter (figure 55). 

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En 2008, année de l’élection de Barack Obama, dont nous avons vu qu’il avait été le premier à refuser les subventions publiques afin de pouvoir dépenser au-delà des limites, les dépenses des seuls candidats – sans prendre en compte les dépenses indépendantes des PACs – ont frôlé la barre des 1,4 milliard d’euros10, c’est-à-dire 4,78 euros par adulte américain. Mais ce qui est encore plus impressionnant au cours de cette période – et qui est en grande partie le résultat des décisions de la Cour suprême que nous venons de passer en revue –, c’est l’explosion des dépenses des PACs, qui sont passées de 500 millions d’euros par cycle électoral de deux ans en 1990-1992 à plus de 3 milliards d’euros en 2016-2017. Au final, en 2016-2017, rapporté par adulte et par an, c’est plus de 11,50 euros par Américain qui ont été consacrés chaque année aux dépenses électorales. Avec les résultats que l’on sait.

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à l’approche des élections, cette publicité devait être considérée comme une publicité « normale » de campagne même si elle ne disait pas clairement « Votez pour » ou « Votez contre » tel ou tel candidat – ce qui impliquait en particulier que ces publicités ne pouvaient être payées directement à partir de la trésorerie des entreprises (ce qui, nous l’avons vu, n’a pas été du goût de Citizens United). À relire le texte de cette loi aujourd’hui, on ne peut y voir que du bon sens. Et pourtant. Ces maigres dispositions n’auront au final tenu que quelques années, face aux coups de butoir qui leur ont été portés dès le premier jour. Où l’on voit l’importance des nominations faites à la Cour suprême sous les administrations Reagan et Bush (père et fils), et l’importance qu’il y a à limiter et à réguler le pouvoir des juges en France et en Europe. 

Outre-Atlantique, la force semble définitivement être passée du côté de l’argent, au moins pour un temps. La décision « Citizens United » a ouvert la voie au financement illimité par les entreprises américaines des campagnes électorales. En ce qui concerne les individus, même la transparence n’est plus de mise aujourd’hui : les super PACs et autres associations qui ne révèlent pas les identités de leurs contributeurs – des 501(c)(4) aux 501(c)(6) en passant par les fonds conseillés par les donateurs – peuvent dépenser sans compter, et « dans le noir ». Doit-on pour autant baisser les bras face aux Mercer, Koch et autres milliardaires conservateurs, magnats des médias parfois, riches donateurs toujours ? Ce dont on a besoin aujourd’hui, c’est d’un véritable rebond démocratique et citoyen. Qui aurait dit, il y a encore quelques années, que plus d’un million d’Américains manifesteraient.

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Permettez-moi de prolonger ici une rapide parenthèse sur les Cours suprêmes et autres Conseils constitutionnels13. Car le cas des États-Unis nous le montre bien, ces juridictions supposées être indépendantes sont devenues dans un grand nombre de cas de véritables anomalies démocratiques, elles dont les membres font et défont les lois selon des interprétations toutes personnelles de la Constitution14, alors même que ces membres ne sont responsables devant personne. D’un côté, des élus certes imparfaits, mais qui tirent leur légitimité démocratique des urnes et qui votent en principe des lois représentant les préférences de la majorité ; de l’autre, des juges (le pompon revenant à la France avec ses anciens présidents, membres de droit du Conseil constitutionnel pendant des décennies), parfois nommés à vie (notamment aux États-Unis, qui sur ce point ont étrangement choisi de suivre la papauté romaine pour bâtir leur démocratie), et que l’on voudrait nous présenter comme des experts indépendants et neutres, bien au-dessus de toute considération politique. 

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Mais il n’y a pas plus politique aujourd’hui que le Conseil constitutionnel en France, qui – s’il n’a pas, de ce côté-ci de l’Atlantique, vraiment mis le nez dans l’épineuse question du financement de la démocratie politique – brille en revanche par son activisme fiscal. Une contribution sociale généralisée progressive ? Censurée. Les allégements de cotisations salariales pour les petits salaires ? Censurés. La transparence fiscale des multinationales ? Censurée. La « taxe Google » ? Censurée. La suppression de l’ISF – ou plutôt sa transformation en impôt sur la seule fortune immobilière, ce qui revient exactement au même, avec au passage une rupture d’égalité fiscale caractérisée entre différentes catégories de patrimoines ? Comme une lettre à la poste, puisque l’intérêt public l’emporte aux yeux de nos chers juges.

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témoignant d’un conservatisme fiscal le plus souvent non fondé constitutionnellement, et qu’ils tentent de faire passer pour des raisonnements juridiques. Ce n’est d’ailleurs pas propre à la France. C’est également le cas en Allemagne, où le Tribunal constitutionnel brille tout autant par son conservatisme en matière fiscale. Ainsi, en 1995, ce Tribunal a jugé anticonstitutionnelle toute imposition directe supérieure à 50 %15, alors même que le taux applicable aux revenus les plus élevés a dépassé 80 % pendant des dizaines d’années aux États-Unis et au Royaume-Uni, sans que l’État de droit et les principes démocratiques aient à en souffrir, bien au contraire. Décision purement juridique ? Le juriste neutre et irréprochable qui a porté cette décision au Tribunal, Paul Kirchhof, est réapparu en 2005 pour proposer une flat tax limitant à 25 % le taux d’imposition des plus hauts revenus, alors qu’il était pressenti pour devenir le ministre des Finances d’Angela Merkel. 

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Une vision toute particulière du principe d’égalité devant l’impôt, que certains préfèrent dissimuler en principe juridique faute de parvenir à convaincre les électeurs par la délibération démocratique. En l’occurrence, Kirchhof a coûté des voix à Merkel, qui a préféré se passer de lui : il était manifestement mieux outillé pour faire valoir ses vues dans l’opacité des tribunaux constitutionnels et des circonvolutions juridiques que sur le terrain de la démocratie politique. Je ne dis pas ici qu’il est infondé de vouloir défendre le principe d’égalité devant l’impôt. Ce principe est essentiel et doit être défendu ; il est bien sûr important d’interroger toujours la constitutionnalité de nos lois à l’aune de ce principe.

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La richesse achète de l’influence. On pouvait certes s’en douter, mais à la lecture des travaux passionnants de Martin Gilens, et en particulier de son livre Affluence and Influence, on ne peut que s’exclamer : « À ce point ! » Car ce que montre Gilens – qui analyse les résultats de centaines d’enquêtes au cours de plusieurs dizaines d’années –, c’est que lorsque les préférences des plus riches et des plus pauvres divergent, quelle que soit la nature – économique, politique, sociale, etc. – des sujets, alors il n’y a absolument plus aucun lien entre les décisions des gouvernements d’une part et l’opposition ou le soutien des plus pauvres à telle ou telle politique de l’autre18 . Autrement dit, même si 90 % des Américains parmi le « bottom 50 % » (les 50 % les plus pauvres) souhaitent que le salaire minimum soit augmenté au niveau fédéral, il suffit que la majorité du « top 1 % » (les 1 % des Américains les plus riches) s’y oppose pour qu’une telle augmentation ne soit jamais votée. 

Au final, alors que le salaire minimum a été gelé aux États-Unis depuis l’élection de Reagan – malgré quelques revalorisations ponctuelles sous Clinton et Obama –, son pouvoir d’achat a diminué de plus d’un tiers depuis les années 1970. Et ce qui vaut pour les plus pauvres vaut également pour la classe moyenne, qui perd dans les faits systématiquement son combat face aux plus favorisés. Ainsi, on peut dresser le même constat avec l’impôt sur les millionnaires et autres milliardaires en patrimoine qu’avec la revalorisation du salaire minimum : plébiscités par les classes populaires et moyennes dans les enquêtes, il suffit que les plus riches jugent cet impôt inadapté aux temps modernes pour qu’il sorte de l’agenda politique. Et ce qui vaut pour la politique économique et fiscale vaut également pour les politiques culturelles.

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Cela ne veut d’ailleurs pas dire que les politiques publiques mises en œuvre ne correspondent pas le plus souvent aux préférences de la majorité des citoyens ; on pourrait s’attendre, sinon, à une révolution ! De facto, on observe que les choix politiques des gouvernements correspondent fréquemment aux préférences exprimées par l’opinion publique. Mais cela est uniquement dû au fait que, généralement, les préférences des plus aisés et celles du reste de la population coïncident. Ce n’est pas parce que les plus pauvres veulent a ou b que les politiques décident de leur donner a ou b ; c’est uniquement – ou, en tout cas, principalement – parce que les plus riches souhaitent la même chose. 

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L’autorisation de l’avortement ou l’intervention américaine en Irak sont, par exemple, des politiques satisfaisant tout à la fois les préférences des plus pauvres et celles des plus favorisés. Martin Gilens et Benjamin Page parlent à ce sujet de « démocratie par coïncidence ». Doit-on s’en satisfaire ? Comme ils le soulignent eux-mêmes, le problème de la démocratie par coïncidence, c’est que des coïncidences heureuses peuvent très rapidement se transformer en une tyrannie malheureuse. Et quand bien même tyrannie il n’y aurait pas, peut-on réellement parler dans ce cas de démocratie ? On en revient d’une certaine manière à la question de la philanthropie : une poignée de milliardaires plus à même de décider que la majorité pour la majorité. Sans doute grâce à la divinité Argent, dont l’éclat vient éclairer leurs préférences.

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Ainsi, plutôt que de prendre de haut tous ceux qui ne votent pas, on peut être tenté de les comprendre : pourquoi se tourner vers les urnes si, au final, la démocratie est capturée ? Autant ne pas légitimer par mon vote cette mascarade électorale. Ce qui est plus difficile à comprendre – pour la chercheuse, mais également la citoyenne que je suis –, c’est pourquoi ce déficit de représentation jette par centaines de milliers les citoyens dans les bras des populistes de droite, notamment aux États-Unis où les mouvements populistes brillent par leur conservatisme économique et social. Si, citoyenne modeste de l’Amérique rurale, victime de la crise économique, de la pollution de mes rivières, impuissante à offrir à mes enfants l’éducation qui pourrait leur permettre de s’en sortir par le haut.

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 impuissante à offrir à mes parents les soins dont ils ont besoin, je ne me sens pas représentée – et si j’ai raison en cela, puisque ce déficit de représentation a été bien documenté –, pourquoi, lorsque je décide d’aller voter, le fais-je de plus en plus pour des partis qui veulent faire payer encore moins d’impôt aux plus riches, qui veulent détricoter encore un peu plus l’État social, qui veulent déréguler entièrement – si ce n’est déjà fait – le secteur industriel afin que celui-ci ne soit plus contraint dans son développement par des garde-fous environnementaux ? Autrement dit, pourquoi est-ce que je vote au final contre mon propre intérêt ? Essayer de répondre à cette question est en passe de devenir un genre littéraire en soi aux États-Unis – et je dis cela sans ironie, car les ouvrages décortiquant les déterminants du vote des classes populaires sont pour la plupart passionnants.

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Ainsi, on ne compte plus les chercheurs en sciences sociales – et parfois également les journalistes – qui partent à la rencontre des électeurs du Tea Party pour tenter de mieux comprendre leurs motivations. Retour aux sources pour certains ; véritable découverte d’un milieu qui n’a jamais été le leur pour d’autres. C’est Thomas Frank qui a d’une certaine manière ouvert la voie avec son best-seller What’s the Matter with Kansas ? en 2007, dans lequel il cherche à comprendre pourquoi les électeurs du Kansas, ce petit État du Midwest américain, votent depuis plusieurs années systématiquement pour les Républicains, quand ils ne votent pas beaucoup plus à droite, pour les ultra-conservateurs et le Tea Party19. Le Kansas, un État qui a pour caractéristique de se dépeupler20 et qui géographiquement se trouve au beau milieu de ce que l’on qualifie parfois de flyover country, ce centre des États-Unis que l’on ne fait que survoler.

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 Le Kansas, un État qui se dépeuple et dont tout le monde est parti ; où il ne reste que les plus âgés et les plus démunis. Un État parmi les moins inégalitaires des États-Unis (même si tout est relatif : les 10 % les plus riches y capturent aujourd’hui 41,9 % des revenus totaux, et les 1 % les plus riches 16,2 %, contre respectivement 11,1 et 35 % en France), ce dont on peut se féliciter, mais ce qui implique aussi que l’idée de taxer davantage les plus aisés y est sans doute moins forte que dans l’État de New York, où le revenu annuel moyen des 1 % les plus riches dépasse les 2 millions de dollars (contre un peu moins de 1 million au Kansas)21. Les très hauts revenus américains – tout comme les plus hauts patrimoines – ne se trouvent pas au Kansas, mais ailleurs aux États-Unis ; ce sont les « autres », ceux justement dont les habitants du Kansas dénoncent le manque de valeurs.

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Comment ? En convainquant ces citoyens laissés pour compte que la crise actuelle est avant tout une crise morale24, reflet de la décadence de l’Amérique qui ferait face à un déclin culturel, et dont les premiers responsables seraient ces élites qui les survolent. C’est d’ailleurs sur le terrain de l’avortement que les Républicains les plus conservateurs ont gagné leurs premières batailles électorales au Kansas, avant de perdre finalement le contrôle de leur propre parti au profit du Tea Party. Anti-avortement, profondément religieux, anti-intellectuels également, les conservateurs américains ont gagné la bataille des urnes, selon Frank, en modifiant les termes mêmes du débat : ce qui était jusqu’alors un conflit de classe devient un conflit sur les valeurs. La grande victoire des conservateurs, c’est d’avoir redéfini le rapport de classe autour de la notion d’« authenticité », alors que c’était la richesse qui jusqu’alors définissait les classes sociales25. 

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C’est leur grande victoire, et l’on peut applaudir à l’habileté de la manœuvre politique. Car l’avantage du conflit de classe culturel, c’est que les plus défavorisés peuvent avoir le sentiment de le gagner. Sur le terrain économique, ils ont déjà perdu et ne voient plus d’issues possibles ; ce ne sont certainement pas les politiques défendues par les Républicains qui apporteront la solution, eux qui baissent les taux marginaux d’imposition et refusent d’augmenter le salaire minimum. De plus, non seulement les plus défavorisés ont perdu la bataille économique, mais ils ont l’impression que leurs enfants aussi ; on est loin du rêve américain lorsque l’on s’aperçoit que la probabilité pour les enfants de gagner plus que leurs parents est passée de 90 % en 1940 à tout juste 50 % cinquante ans plus tard. Mais sur le terrain de l’authenticité, sur le terrain « culturel », les plus défavorisés tiennent leur victoire.

Ce conflit autour de la question des valeurs ne doit pas faire oublier pour autant l’importance de la souffrance économique à laquelle sont confrontés les plus défavorisés. Ce n’est pas parce que les ultra-conservateurs ont déplacé le débat sur les questions culturelles que les fondamentaux du conflit de classe ont disparu. Au contraire, pour reconquérir l’électorat qui s’est laissé séduire par les populistes de droite, il semble nécessaire de ramener le débat sur les questions économiques. Aux États-Unis, au cours des quarante dernières années, l’économie a crû (en cumulé) de 59 %. On pourrait applaudir : c’est beaucoup plus, par exemple, qu’en France au cours de la même période (39 %). 

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Sauf que cette moyenne de 59 % cache d’énormes disparités : pour les 10 % les plus riches, le taux de croissance cumulé sur l’ensemble de la période est de 115 % (685 % pour le top 0,001 % !). Mais la moitié de la population la plus défavorisée a, elle, vu la taille de son économie réduite de 1 %. Pour la moitié la moins riche de la population, non seulement il n’y a pas eu de croissance, mais la situation s’est dégradée. Ainsi, c’est aussi sur le terrain économique qu’il faut essayer de comprendre le vote conservateur de ce centre vide des États-Unis ; c’est ce que fait Katherine Cramer, chercheuse en sciences politiques.

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