jeudi 27 décembre 2018

Telecharger Sérotonine PDF & EPUB ebook gratuit de Michel Houellebecq


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« Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l'amour » écrivait récemment Michel Houellebecq. Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d'ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman son double inversé), l'échec des idéaux de leur jeunesse, l'espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue. Ce roman sur les ravages d'un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret.








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D’ailleurs, si, comme électeur, vous avez tourné depuis longtemps la page du jeu démocratique – à quoi bon me déplacer si ma voix compte si peu, pourquoi tenter une couleur si les jeux sont déjà faits ? –, c’est comme citoyen-contribuable que vous devriez être choqué par ce niveau d’inégalité. Et par la manière dont l’argent public est dépensé. Un exemple : pour un individu au revenu imposable de 100 000 euros, le coût réel d’un don de 6 000 euros à un parti politique n’est que de 2 040 euros. Les 3 960 euros restants sont à la charge de l’État, c’est-à-dire de l’ensemble des contribuables. Quel serait le coût du même don pour un étudiant, un travailleur précaire ou un retraité au revenu imposable inférieur à 9 000 euros ? 6 000 euros7. Plus de la moitié des foyers fiscaux sont exonérés d’impôt sur le revenu en France, ce qui implique que, bien que ces contribuables soient par ailleurs lourdement imposés.

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ontributions politiques, quand les plus riches, eux, sont subventionnés aux deux tiers par l’État. Qui peut le plus, paie le moins : ainsi fonctionne le système fiscal de financement public indirect de la démocratie en France, un système régressif et injuste où ce sont les pauvres qui paient pour les riches. Pour simplifier, on peut dire qu’il existe aujourd’hui trois catégories de citoyens : les citoyens « lambda » d’une part, c’est-à-dire la très grande majorité des citoyens, qui se contentent d’exprimer leurs préférences par leurs votes et qui ne bénéficient que marginalement du financement public de la démocratie ; les « militants » ou adhérents d’autre part, qui consacrent tout à la fois du temps et de l’argent (leurs cotisations) au parti politique de leur choix, mais sont souvent les « oubliés » de la générosité fiscale de l’État ; et les « mécènes » enfin, généreux donateurs ou ploutocrates.

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Car tout n’est pas noir – surtout de ce côté-ci de l’Atlantique, où l’attachement à un certain idéal démocratique et égalitaire reste fort. Les dons aux partis comme aux campagnes sont, par exemple, strictement encadrés en France et en Belgique depuis le début des années 1990. Ce qui limite de fait le pouvoir des plus aisés. En Italie et en Espagne, des limites existent aussi, même si les plafonds sont plus élevés. Et dans d’autres pays, où ces règles n’ont pas cours, comme l’Allemagne et le Royaume-Uni, des efforts de transparence ont été faits au cours des dernières années, afin de réduire les risques de capture du personnel politique par les intérêts privés. 

L’existence même d’un système de financement public de la démocratie – système qui fut si long à instaurer, et qui en vérité n’a jamais été suffisamment pensé et débattu dans ses fondements philosophiques et politiques ni dans son fonctionnement concret – est une excellente chose, malgré toutes ses imperfections et les réformes nécessaires qui doivent y être apportées. Mais que constate-t-on ? D’une part, la remise en cause dans un nombre croissant de pays des plafonds limitant les montants autorisés des dons privés, au nom de la sacro-sainte « liberté d’expression », devenue sur ce terrain le rempart des conservateurs désireux de préserver à tout prix leurs atouts financiers. De l’autre, et c’est encore plus inquiétant, la remise en cause des systèmes de financement public de la vie politique. Le sentiment partagé – qui correspond à une réalité – de la capture de la démocratie électorale par une minorité conduit trop souvent au rejet de cette démocratie. Sous toutes ses formes. Aux États-Unis, où il a été bien établi que les hommes politiques ne répondaient qu’aux préférences.

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nom d’une efficacité retrouvée au service de l’intérêt général, que l’on nous ressort pourtant tiède à intervalles réguliers. Et en même temps, à force d’être en marche, certains n’ont peut-être pas pris le temps de se replonger dans la pensée politique d’un général de Gaulle16. Les partis mènent de toute évidence à la division : à dire vrai, de Gaulle lui-même ne saurait être en droit de revendiquer la paternité de cette idée. Le parallèle entre partis politiques et division est aussi vieux que les partis eux-mêmes ; au XIXe siècle déjà, la division était un argument utilisé contre l’émergence des partis. Partis politiques semeurs de trouble, cette perception débouche chez un grand nombre d’auteurs sur une approche des partis politiques en termes de marché17. 

Ainsi, les partis seraient le signe tout à la fois de la démocratisation du système politique et de sa marchandisation. Pourquoi, dès lors, ne pas y laisser entrer l’argent ? Le nihilisme face aux partis nourrit les dérives des financements privés. C’est ainsi que l’argent est entré en politique, et a investi les élections. Aujourd’hui, les dons privés – des individus, mais parfois aussi des entreprises dans les pays où ils sont autorisés – représentent 70 % des ressources du Parti conservateur au Royaume-Uni, 40 % de celles de Forza Italia et près de 22 % pour Les Républicains en France. Avec comme conséquence directe la fin d’une certaine forme de division, celle de la lutte des classes. Les clivages partisans, au fondement des grandes batailles pour les conquêtes sociales, ont laissé place au conflit de classe « culturel » à compter du jour où les partis à gauche de l’échiquier politique ont à leur tour fait le choix de démarcher des donateurs privés. J’en veux pour exemple le cas du Royaume-Uni : fondé par les syndicats, le Parti travailliste a longtemps.

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Qui entend-on alors crier contre la démocratie ? Pas les ouvriers, non. Mais ceux qui en ont l’argent, et ceux qui en ont le temps. Ceux qui protestent contre la démocratie parce qu’ils pensent qu’elle est encore trop représentative et surtout trop contraignante, qu’on ne les laisse pas assez libres de faire bon usage de leur argent. Une critique plus insidieuse, et beaucoup plus dangereuse. Je songe en particulier à toutes ces icônes de la Silicon Valley – entendue au sens large – devenues figures de proue de la pensée libertarienne. Et qui, de toute évidence, ne crient pas à la défense des intérêts des ouvriers. Libertarianisme contre démocratie ? Cette opposition se formalise d’abord dans le refus des milliardaires de la high-tech de payer des impôts. Non qu’ils ne souhaitent pas – selon leur propre rhétorique – participer à l’effort collectif, mais parce qu’ils seraient mieux à même de décider de la meilleure utilisation de leur argent. Pour le bien public, évidemment. 

Alors que l’État serait, par définition, lent, inefficace, le plus souvent corrompu. L’État capture, à tous les sens du terme, alors que la liberté permet de se réaliser. Pourquoi donc taxer ces philanthropes nouvelle génération alors que d’eux-mêmes ils ne demandent qu’à faire la preuve de leur générosité ? Alors qu’ils ne cessent, ces héros de la nouvelle modernité, de créer des fondations qu’ils alimentent à coups de millions, qui pour la paix, qui pour l’environnement, qui contre la pauvreté ? Mais pourquoi donc les taxer ? Ne pourrait-on pas laisser en paix tous ces premiers de cordée ? Qu’on en vienne aujourd’hui à se poser de telles questions est malheureusement symptomatique de la contradiction inhérente qui existe dans l’idée même de la philanthropie dans une démocratie.

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J’étudierai les multiples moyens, des think tanks aux médias en passant par toutes sortes de fondations, à la disposition des citoyens les plus aisés désireux d’influencer non seulement le résultat des élections, mais aussi les termes du débat public. Car les fondations – souvent généreusement subventionnées par l’État à travers de nombreuses déductions fiscales – permettent à une poignée d’individus de se substituer aux choix démocratiques de la majorité. Comme si les plus riches étaient mieux à même que des gouvernements démocratiquement élus de décider quelles activités devraient être, ou non, tout ou partie financées. Il est important de souligner cette dérive de nos sociétés avant-gardistes : la capture démocratique sous couvert de bien public, car nombreux sont ceux qui se laissent prendre dans la toile de ces communicants 2.0 et finissent par applaudir à la prétendue générosité des exilés fiscaux mondialisés18. Alors que, en vérité, ce sont les prémices d’un nouveau régime censitaire qui se dessinent ici. 

Il n’y a qu’à penser au battage médiatique fait en 2016 autour de l’annonce par Mark Zuckerberg et sa femme de créer une fondation dotée – quelle générosité ! – de 99 % des actions qu’ils détiennent dans Facebook19. Sauf que la « Chan-Zuckerberg Initiative » – du nom des conjoints et du prénom de leur fille, modestie oblige – est une Limited Liability Company, autrement dit bénéficie d’une fiscalité extrêmement avantageuse, sans impôt sur les bénéfices ni droits de succession, alors même qu’au final Mark Zuckerberg contrôle cette organisation. Ce à quoi il faut ajouter que, chaque fois que Zuckerberg vend des actions Facebook pour financer sa fondation – ce qu’il prévoit de faire petit à petit, jamais plus d’un milliard de dollars par an –, il peut déduire le don de ses revenus imposables.

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centaines de millions de dollars d’économie d’impôt. Vous avez dit générosité ? Pardon, j’allais presque en oublier la logique d’affichage, car il s’agit également pour Facebook d’une campagne de publicité gigantesque et gratuite, au moment même où le réseau social a besoin de redorer son image. Certes, il est évident que, dans le monde globalisé d’aujourd’hui, le financement de la démocratie sociale pose un grand nombre de nouveaux défis. Et l’on voit de fait se renforcer les égoïsmes nationaux. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut refuser d’affronter ces défis, abandonner l’État et se reposer sur le prétendu humanisme d’une poignée de milliardaires. Il faut repenser la façon dont l’État organise et finance la démocratie ; il faut le faire à l’échelon européen, et cesser de s’imaginer que les super-héros de la high-tech vont régler les problèmes à notre place. 

Ce qu’il faut refuser, c’est que les grandes entreprises prennent la main sur les orientations de la société. Cela ferait trop plaisir aux libertariens, j’y reviens. Le premier de cordée est ici Peter Thiel, célèbre pour son système de paiement en ligne Paypal. Célèbre également – même s’il en fait moins grand cas – pour avoir financé à hauteur de 2,6 millions de dollars le comité politique de Ron Paul en 2012, « Endorse Liberty ». On notera que ce critique de l’État n’est pas ici à une contradiction près. Mais c’est le propre du mouvement libertarien : défendre à tout prix une idée de la liberté aussitôt contredite par l’exercice de sa réalité. Les libertariens croient avant tout à l’idée selon laquelle le désir individuel prévaut sur tout le reste, en « oubliant » que le désir envahissant d’un philanthrope – il n’y a qu’à penser aux visées martiennes d’un Elon Musk – peut facilement venir empiéter sur la liberté.

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nécessaires à la défense de ses intérêts. Une fois « élu », le gouvernement n’est là que pour garantir sa non-intervention, son seul objectif étant la préservation de toutes les « libertés ». La liberté de réussir – réduite ici à une question de volonté –, et celle aussi d’échouer. La liberté également pour un géant du tabac, à tout hasard Philip Morris, de financer tout à la fois la CDU, la CSU, le FDP et le SPD, et tant pis si l’Allemagne est avec la Bulgarie le seul pays d’Europe où l’on en est encore à discuter de la possibilité d’interdire la publicité pour le tabac. Le régime libertarien est, de ce point de vue, parfaitement oligarchique. Certes, dans l’idée, personne ne commande ; mais, dans les faits, ce ne peut être qu’une minorité. La minorité des plus riches, mais qui sont des savants (car méritants) : on serait tenté de parler de « ploutotechnocratie20 ». 

La majorité, elle, n’a qu’à se contenter d’un ou deux euros de financement public par an pour les partis politiques. Et encore, seulement là où ces subventions ont résisté aux attaques répétées qui leur ont été portées – par les populistes qui s’en prennent aux politiques comme par les conservateurs qui s’en prennent à l’État – au cours des dernières années. Raymond Aron a écrit dans sa préface au Savant et le politique de Max Weber que « toute démocratie est oligarchie, toute institution est imparfaitement représentative », non pour le dénoncer, mais au contraire pour s’en féliciter puisqu’il n’y a jamais eu, insiste-t-il, de « régime parfait ». Ainsi, l’on devrait se satisfaire de la démocratie telle qu’elle va, fermer les yeux sur sa capture par une minorité. Pourquoi ? Parce que l’on ne saurait faire mieux, et que l’illusion et le rêve ne peuvent mener qu’au désastre. Pourquoi, si l’on suit ce raisonnement, ne pas aller jusqu’à se féliciter du fait qu’aujourd’hui, dans la plupart des démocraties.

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En s’appuyant sur cette perspective historique et comparative, ce livre s’interroge sur les risques d’une dérive oligarchique de la politique en ce début de XXIe siècle. Aux États-Unis, où toute la régulation de la démocratie politique a été balayée par idéologie au cours des dernières décennies, le personnel politique ne répond plus qu’aux préférences des plus aisés et l’argent vient un peu plus corrompre chaque jour la politique et le débat démocratique. En France, et c’est heureux, nous en sommes encore loin. Pourtant, il faut être bien conscient du fait que les dons privés des plus favorisés – très largement subventionnés par l’État, c’est-à-dire par les impôts de tous – ont un impact non négligeable sur le résultat des élections. 

Ainsi, nous verrons que l’effet causal des dépenses électorales sur les résultats des élections locales en France est tel qu’il pourrait expliquer en grande partie l’« étrange défaite » de la droite lors des législatives de 1997, quatre ans après la débâcle du Parti socialiste en 1993 et deux ans tout juste après l’ample victoire de Jacques Chirac à l’élection présidentielle. Pourquoi ? Parce que les candidats de la droite, habitués à dépendre largement de dons des entreprises privées, n’ont pas réussi à se remettre de leur interdiction en 1995, alors que les candidats de gauche, qui pour la plupart n’en bénéficiaient pas, n’ont pas souffert de cette interdiction. Et ont donc dépensé relativement plus que leurs adversaires lors de la courte campagne pour cette élection anticipée. De plus, au-delà de la seule politique, les plus riches contribuent plus que proportionnellement à leurs revenus au financement du bien public, à travers leurs dons aux associations et aux œuvres qui leur semblent prioritaires.

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Pour que les BED soient véritablement efficaces – et que les effets positifs de ce système de financement public modernisé ne soient pas entièrement contrecarrés par un déferlement d’argent privé –, la deuxième proposition que je fais consiste à limiter beaucoup plus fortement qu’elles ne le sont actuellement et les contributions aux partis et aux campagnes, et les dépenses électorales. Dans les pays où les dons des entreprises aux partis et aux campagnes sont encore autorisés (en Allemagne, au Royaume-Uni, en Italie, etc.), je propose de les interdire. En ce qui concerne les dons privés des individus, je propose de les limiter à 200 euros par citoyen et par an afin d’égaliser le poids politique de chacun. 

Si l’on ne limite pas le poids de l’argent privé dans le jeu politique, alors les hommes politiques continueront à courir derrière les chéquiers et ce sont, comme aujourd’hui, les seules préférences des plus favorisés qui seront représentées demain. Je veux insister très fortement sur ce point : oui, le système démocratique actuel est en partie corrompu. Mais la bonne réponse n’est certainement pas de dire : « Tous pourris, on ne va pas en plus dépenser l’argent de nos impôts pour entretenir ces politiques, finançons plutôt les hôpitaux et les écoles. » La bonne réponse est : l’argent privé pourrit le jeu politique, interdisons l’argent privé. Et, puisque la politique coûte cher, finançons la démocratie à un niveau approprié avec de l’argent public. Ce n’est qu’avec un système de financement public important, égalitaire et transparent de la démocratie politique que seront financés demain les hôpitaux et les écoles dont le plus grand nombre a besoin.

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Avec ces deux réformes – création des Bons pour l’égalité démocratique et limitation drastique, voire interdiction des financements privés –, les femmes et les hommes politiques qui ne répondent aujourd’hui qu’aux préférences et priorités des plus favorisés, autrement dit de ceux qui les financent, répondront demain aux préférences de la majorité, autrement dit de ceux qui les élisent. Mais cela ne suffira pas : la question du financement est importante, mais elle ne peut à elle seule répondre à la crise démocratique. Le déficit de représentation dont souffre aujourd’hui une majorité de citoyens est plus grave et plus profond. Il faut aller plus loin, d’où la troisième proposition que je fais dans ce livre : l’Assemblée mixte. En d’autres termes, assurer une meilleure représentativité sociale des députés à l’Assemblée nationale. 

Pourquoi ? Parce que, nous le verrons, les classes populaires n’ont plus aujourd’hui de représentation. Dans les faits, cela prendra la forme suivante. Aujourd’hui, les Parlements tels qu’ils existent dans de nombreux pays prétendent représenter les citoyens indistinctement de leurs origines sociales, mais en pratique aboutissent à une quasi-exclusion des catégories populaires de la représentation nationale. Transformer les règles du financement de la démocratie ne suffira pas à inverser une tendance aussi profonde, à résoudre une crise aussi lourde, même si cela peut bien sûr y contribuer. Il faut également repenser les règles mêmes de la représentation. Avec la réforme que je propose, demain, un tiers des sièges à l’Assemblée nationale seront réservés à des « représentants sociaux », élus à la proportionnelle sur des listes représentatives de la réalité socioprofessionnelle de la population.

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cela voudra dire que ces listes devront comporter au moins 50 % d’employés et d’ouvriers. Très concrètement, deux élections auront lieu simultanément pour élire nos représentants à l’Assemblée nationale. D’une part, pour deux tiers des sièges – ceux des députés élus sur la base des circonscriptions législatives –, les règles électorales demeureront inchangées. D’autre part, pour le tiers des sièges restants, le scrutin sera une représentation proportionnelle à scrutin de liste nationale avec – et c’est ce qui est clef – des listes paritaires d’un point de vue socioprofessionnel. Chaque liste devra ainsi compter au minimum une moitié de candidats exerçant – au moment de l’élection – la profession d’employé ou d’ouvrier entendue au sens large, incluant bien évidemment tous les nouveaux précaires, travailleurs victimes d’un micro-entreprenariat subi. 

Avec comme implication immédiate le fait que les classes populaires seront nettement plus présentes demain qu’elles ne le sont aujourd’hui sur les bancs de l’Assemblée. Ce qui aura des conséquences très concrètes sur les politiques qui seront mises en œuvre, car, nous le verrons, l’origine socioprofessionnelle des parlementaires influence très directement la façon dont ils votent. L’Assemblée mixte est une réforme certes radicale, mais à la mesure de l’exclusion radicale du jeu parlementaire dont sont aujourd’hui victimes les catégories populaires. On ne peut plus se satisfaire de l’hypocrisie du fonctionnement actuel de nos démocraties, qui sont représentatives des seuls intérêts de l’argent et minées en profondeur, alimentant les votes mortifères et les comportements nihilistes. Comme pour la parité hommes-femmes, il faut prendre le problème de la parité sociale à la racine en utilisant les moyens de l’État de droit.

Voilà le chemin que je trace dans ce livre. Merci, lecteur, de m’y suivre ! Partons, pour commencer, faire un tour du monde du financement de la démocratie électorale : d’abord les méandres des financements privés, puis les tentatives souvent improvisées et bancales d’introduction de financements publics, et enfin les propositions raisonnées permettant de sortir de ces contradictions. Certains des résultats que je vais vous présenter vont vous choquer : comme citoyenne, j’ai souvent été moi-même scandalisée en découvrant, par exemple, le niveau d’inégalité qui régit aujourd’hui le financement de notre démocratie politique. Mais ne perdez pas pour autant tout espoir dans la démocratie électorale : il faut la rebâtir, et non l’abandonner. L’histoire est pleine de rebondissements et d’innovations démocratiques. N’insistons pas que sur le négatif, tirons aussi les leçons de toutes ces expériences positives ! Ce livre vous réserve des surprises. Et si le chemin est long vers la double révolution démocratique que je propose, cela vaut néanmoins la peine de l’emprunter.

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semble en apparence un acte qui n’a pas été contaminé par la logique du marché. Les bureaux de vote, ce sont les écoles de la République. Les assesseurs, ce sont de simples citoyens, comme vous et moi, qui ont choisi de donner un peu de leur temps à la démocratie. Une seule condition : être électeur dans la circonscription électorale. Rien à gagner, sauf la satisfaction d’avoir participé à la tenue d’une grand-messe démocratique, terminée collectivement devant celle du 20 heures ou à dépouiller des urnes souvent trop vides. Qu’il semble loin, le temps où, pour être électeur, il fallait d’abord avoir accumulé de la propriété ! Quel coût, dès lors, pour les élections ? En 2016, un candidat victorieux au Sénat américain a dépensé en moyenne plus de 10 millions de dollars1. 

En France, la dépense moyenne d’un candidat aux élections législatives est beaucoup plus faible : elle s’est élevée à un peu plus de 18 000 euros en 20122, mais le chiffre atteint tout de même 41 000 euros pour les heureux élus. Au Royaume-Uni – où, comme en France, les dépenses électorales des candidats sont plafonnées par la loi –, lors des élections législatives de 2015, les candidats ont dépensé en moyenne autour de 4 000 euros, 10 000 pour les candidats victorieux. Car tel est le véritable coût des élections : les dépenses effectuées par les candidats lors des campagnes électorales ainsi que par les partis et les groupes d’intérêt3. L’argent que chacun met sur la table pour convaincre les électeurs de la meilleure manière de voter, au travers de méthodes complexes et diversifiées (réunions publiques, tracts, porte-à-porte, opérations de communication, et de plus en plus achat direct d’espaces et de visibilité supplémentaire dans les médias et sur les réseaux sociaux). Or, au cours des dernières décennies.

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Car les différences entre le niveau des dépenses électorales d’une part aux États-Unis et de l’autre au Royaume-Uni ou en France ne sont de toute évidence pas des différences culturelles. Il n’y a pas d’un côté le Britannique austère, regardant sur l’impression de ses tracts et inquiet dans son rapport à l’argent, à l’image des multiples facettes de la parcimonie que l’on trouve dans le Volpone de Benjamin Jonson, et de l’autre Gatsby le Magnifique, prêt à dépenser sans compter pour convaincre par le faste de ses campagnes ses concitoyens américains. 

Ces différences ne reflètent pas davantage un goût plus appuyé outre-Atlantique pour les joutes électorales. Si l’argent dépensé témoignait de l’intérêt porté aux élections par la population, alors des dépenses électorales plus élevées devraient aller de pair avec un engagement plus important. Or, parmi les pays occidentaux, les États-Unis sont celui qui se caractérise par la participation la plus faible. Les différences quant au coût des campagnes ne sont pas des différences culturelles, mais les conséquences directes des lois électorales qui ont des effets durables et souvent négligés sur la structuration du jeu démocratique.

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Un premier fait (mais qui apparaît comme une évidence) : en l’absence de limites, les candidats ont tendance à ne pas se limiter. Et à dépenser des montants qui peuvent dépasser l’entendement. Pour bien comprendre cela, un détour par le XIXe siècle n’est pas inutile. Historiquement, au Royaume-Uni, l’un des premiers pays à avoir limité les dépenses électorales avec le « Corrupt Illegal Practices (Prevention) Act » de 18834, les dépenses totales des candidats aux législatives (exprimées en euros d’aujourd’hui, c’est-à-dire après prise en compte de l’inflation) dépassaient régulièrement les 200 millions d’euros : 191 millions en 1868, 184 en 1874 et 228 en 1880. Soit plus de 10 fois plus que les montants dépensés actuellement, et ce malgré un nombre plus réduit d’électeurs à « convaincre » (et un revenu national réel par adulte près de 5 fois plus faible). 

Avant que les dépenses électorales ne soient limitées par la régulation de 1883, elles pouvaient dépasser les 100 euros par électeur ! En comparaison, aujourd’hui, le montant total dépensé par électeur inscrit aux élections législatives britanniques varie de 0,40 à 0,50 euro par élection (figure 2)5. Cet effondrement de la dépense électorale apparaît encore plus clairement si on l’exprime en proportion du revenu national par adulte : en 1868, chaque candidat dépensait en moyenne un peu plus de 185 000 euros, soit 30 fois le revenu national annuel par adulte ! Ce qui impliquait en outre que – au-delà des restrictions quant au corps électoral – seuls les citoyens les plus riches pouvaient prétendre se présenter comme députés. Au contraire, aujourd’hui, les dépenses électorales moyennes d’un candidat aux élections législatives représentent à peine plus de 10 % du revenu national moyen6. En d’autres termes

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