lundi 26 novembre 2018

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Quand mon père est ressorti du commissariat, il avait l’air perdu. Il m’a pris dans ses bras et s’est mis à pleurer. Un court instant j’ai pensé : ça y est, on y est. Léa est morte.

Puis il s’est écarté et j’ai vu un putain de sourire se former sur son visage. Les mots avaient du mal à sortir. Il a fini par balbutier : » On l’a retrouvée. Merde alors. On l’a retrouvée. C’en est fini de ce cauchemar. » Il se trompait. Ma soeur serait bientôt de retour mais nous n’en avions pas terminé.




Trois danseuses étoiles furent sélectionnées comme partenaires de Rudolf pour cette série exceptionnelle de représentations. Je figurais au nombre des élues, les deux autres étant Natalia Makarova et Noëlla Pontois. À l’époque, je n’avais jamais dansé ce ballet dans son intégralité et cette expérience permettait de créer des conditions extrêmement favorables pour le faire. Je n’avais jamais dansé non plus avec Rudolf Noureev, que j’admirais, et ce fut pour moi un moment privilégié doublé d’une émotion artistique. L’intérêt qu’il prenait à partager son savoir avec la nouvelle partenaire que j’étais me toucha. Il me guidait avec gentillesse et pédagogie, s’attachant au moindre détail, me conseillant avec gentillesse et délicatesse.

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Son grand sens artistique, sa haute technicité et son expérience le rendaient persuasif. Sa présence me subjuguait et je mesurais pleinement ma chance d’être à ses côtés. Son humour m’enchantait et il s’installa entre nous une confiance qui devait progressivement se muer en amitié. Rudolf dansa tout d’abord avec Natalia Makarova et ce spectacle reste dans les annales de la danse comme l’un des plus grands scandales dans le monde du ballet. Il convient de préciser que Noureev pouvait être charmant ou odieux. Ce soir-là, son humeur n’était pas au beau fixe et il n’était pas prêt à affronter des imprévus. Avec l’autorité qui le caractérisait parfois, il décida qu’il ne désirait pas que les parcours de sa partenaire au troisième acte soient trop importants durant le pas de deux du cygne noir. Il tenait absolument qu’à la fin d’une diagonale elle arrive jusqu’à lui pour exécuter des pirouettes, qu’il la rattrape lorsqu’elle finissait ses tours sur une pointe, l’autre jambe levée derrière, le corps penché en avant. Les places qu’elle devait occuper furent matérialisées avec précision mais Natalia ne respecta pas avec minutie la position imposée par Rudolf au millimètre.

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Natalia Makarova n’arriva pas devant lui comme convenu. Persuadée qu’il viendrait la rejoindre et la rattraper en temps voulu, elle prit son élan et se lança dans des pirouettes en prenant l’élan nécessaire. Rudolf, furieux qu’elle n’exécute pas cette figure comme il l’avait décidé, ne broncha pas, restant à la place où elle devait le rejoindre. Elle se mit à tourner et se pencha en avant comme prévu mais, n’étant pas soutenue à la taille, elle perdit l’équilibre et s’affala à plat ventre sur le plancher au milieu de la scène. Après un court moment de trouble, elle se releva, furieuse, et ils commencèrent à s’insulter en russe au grand étonnement du public qui, médusé, assistait à cette scène surréaliste, ne comprenant pas les mots de rage employés par l’un et par l’autre. Makarova quitta la scène et le laissa seul. Rudolf cira au régisseur : « Téléphonez immédiatement à Pontois et à Thesmar qu’elles viennent tout de suite ! » L’orchestre s’arrêta… Rudolf fit un signe et alla se placer au milieu de la scène pour exécuter son solo.

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Heureusement, le chef comprit l’initiative du danseur et put expliquer rapidement aux membres de l’orchestre la coupure musicale nécessaire. Natalia Makarova, confuse et toujours irritée, revint sur scène exécuter sa variation à la suite de celle de Rudolf, modifiant certains pas car elle souffrait du genou après sa chute. Appelée à la rescousse par le régisseur, j’arrivai prestement en taxi, étonnée et inquiète d’être appelée aussi subitement. L’atmosphère en coulisse était irrespirable. On m’expliqua brièvement la situation. Noëlla, qui était également arrivée, attendait avec moi des directives. Contre toute attente et malgré l’humiliation qu’elle venait de subir, Natalia accepta de poursuivre le spectacle, pleurant et vociférant contre Rudolf dès qu’elle rejoignait les coulisses. La soirée se termina dans une atmosphère de combat et se ponctua par une brouille entre les deux artistes qui dura plusieurs années. Le lendemain, je repris les répétitions avec Rudolf pour préparer les spectacles dans lesquels j’étais programmée.

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Le monde de la danse peut être excessivement cruel… Le jour de ma première, j’arrivai au Louvre avec une certaine appréhension mais je fus soulagée en trouvant sur le chemin de ma loge une multitude de bouquets de fleurs envoyés par des admirateurs. Levant les yeux, je découvris un ciel noir qui menaçait de libérer un gros orage. Le vent se leva, les chassa et tout parut se calmer, mais hélas, Borée reprit les choses en mains et un violent orage éclata. Il fut donc impossible de donner le spectacle sous ce déluge qui inonda la scène et détrempa les sièges… J’étais totalement décontenancée car je m’étais préparée physiquement et psychologiquement à affronter ce spectacle, tendue à l’extrême, avec la volonté de réussir. J’eus l’impression que tout s’écroulait et je m’en retournai chez moi, désemparée, triste et déçue.

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Des amis m’accompagnèrent et rapportèrent les nombreux bouquets de fleurs auxquels j’aurais tant aimé donner un sens… Il me fallut accepter le diktat météorologique et me préparer à cette première qui put avoir lieu le lendemain, le ciel ayant retiré son manteau de grisaille. Tout se déroula dans une belle harmonie à laquelle la nuit apporta sa touche féerique : au deuxième acte, un radieux clair de lune vint parapher cette représentation. J’étais heureuse de cette belle prestation aux côtés de Noureev ! Des bouquets de fleurs étaient jetés en grand nombre sur cette scène transformée en allée de printemps. Rudolf fut aussi ému que moi et réagit avec humour : « Too much ! Too much… Walk on them ! » Par la suite, j’eus fréquemment l’occasion de danser Le Lac des cygnes avec Rudolf Noureev à l’Opéra Garnier et au Palais des Congrès, toujours avec le même plaisir et dans cette connivence amicale qui nous a toujours unis aussi bien en scène que dans la vie de tous les jours. De nombreuses fois, nous dansâmes Giselle ensemble et partageâmes encore de délicieux moments artistiques et d’amitié.

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Rudolf dînait souvent à la maison et il se mit en tête d’acheter l’appartement que nous habitions alors dans le Marais. Ébloui par les hauts plafonds décorés et peints par l’atelier de Lebrun (que nous avions mis au jour), le lieu l’impressionnait mais nous y étions bien et il dut se résoudre à y renoncer. En 1975, nous fîmes l’acquisition d’un petit château dans l’Allier. Cette superbe demeure et son parc arboré me faisaient penser au roman de Buzzati, L’Écroulement de la Baliverna. Autant la partie du XIIe siècle tenait encore le coup, avec quelques arches en ogive, autant tout ce qui avait été rajouté au XIXe siècle commençait à s’écrouler ; il y avait même un petit arbre de deux mètres de haut qui poussait à travers l’un des toits en ardoise d’une des tours, qui semblait porter une plume au chapeau. Ces merveilleuses présences minérales vieilles de plus de deux siècles me fascinaient, m’honoraient et je m’en sentais responsable.

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Plusieurs de mes teckels ont été enterrés à leurs pieds et ils seront toujours là quand je ne serai plus. C’est un sentiment très rassurant, comme une grande amitié qui nous dépasse. Il y eut parfois des moments difficiles à assumer au début de mes années d’Opéra – une sorte de trop-plein que je n’arrivais pas à gérer. Je me souviens de m’être réfugiée au Ludaix, pendant douze jours, en plein mois de novembre, ne vivant qu’entre deux pièces et allumant deux feux de cheminée en permanence, découvrant ces levers de soleil derrière la brume des petits matins givrés et des soirées où le ciel devenait d’un rouge intense avec de grands vols de corbeaux. Cette solitude choisie a été un moment très prégnant dans ma vie et j’en suis revenue beaucoup plus forte. Aujourd’hui, ce château a été repris en main par un très sympathique couple d’Anglais qui en a fait un endroit festif avec une ambiance que seuls les Anglais savent inventer… J’y suis retournée pour porter les cendres de ma mère tout près de là où dorment pour l’éternité mes grands-parents maternels et mes parents.

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harmonieuse se fondant à la palette musicale pour mon plus grand bonheur ; le tout était réglé avec l’intelligence dont ce grand chorégraphe savait faire preuve en de pareilles circonstances. Malgré ses indécisions et ses atermoiements, j’éprouvai le même bien-être que lors de ma première expérience avec Robbins, qui était un guide sachant exactement ce qu’il souhaitait et qui savait, dès qu’il vous prenait par la main, vous entraîner au plus profond de son univers. Nous avions en commun la passion des chiens, il appréciait ma cuisine et adorait passer des soirées sur mon divan, entouré de tous mes bébés teckels. Lorsqu’il faisait escale à Paris, où il avait un appartement, il ne manquait jamais de me téléphoner et nous passions des soirées sympathiques et enrichissantes.

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Je dansai plus tard dans une reprise du Pas de quatre d’Anton Dolin et je fus distribuée dans le rôle que tenait Marie Taglioni ; Noëlla Pontois était Carlotta Grisi, Florence Clerc Fanny Cerrito et Wilfride Piollet Lucile Grahn. Quant à Roland Petit, il monta pour moi un pas de deux où j’évoluais, comme il se doit, avec Michaël Denard. Nous prîmes tous les deux beaucoup d’intérêt et de joie à danser ce Shéhérazade magistralement servi par une musique de Maurice Ravel et des costumes d’Yves Saint Laurent. Par la suite, Roland fit de nouveau appel à moi pour me distribuer dans le rôle d’Esméralda dans Notre-Dame de Paris à l’Opéra de Paris, au Palais des Congrès puis lors d’une tournée au Brésil. Les engagements s’enchaînaient et je travaillais beaucoup. Ce qui ne m’empêchait pas de garder un contact avec les amis et amies que je comptais, notamment dans le monde de la danse. Nous les rencontrions lors de soupers que nous donnions avec Pierre ou quand nous étions à leur table. Celle de Rudolf Noureev nous était familière… même si on y dînait généralement d’un ragoût insipide qu’il avait dû rapporter de sa Russie natale et que son cuisinier concoctait suivant la recette de notre hôte.

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il ne pensait qu’à aimer et être aimé. J’avoue que je n’ai jamais perçu autant d’humanité chez un homme, à part chez Gérard Depardieu, qui dans son domaine et dans la vie a une dimension comparable à la sienne et avec une finesse unique ! Ma route se poursuivait, toujours riche en surprises. L’une d’elles fut la découverte du célèbre ballet de Balanchine Le Fils prodigue, dont Pierre m’avait souvent fait l’éloge. Son engouement n’était pas excessif et je sortis littéralement bouleversée de cette œuvre dégageant une intensité dramatique peu courante, intensifiée par une magistrale chorégraphie. Balanchine pensait que le rôle de la sirène était secondaire et il fut surpris lorsque je lui dis que je souhaitais le danser. Il accepta sans emballement… Cette sirène devint l’un de mes rôles de prédilection ! Plus tard, à l’Opéra de Chicago, Barychnikov me demanda de venir danser ce ballet avec lui. Rappelons que c’est un des rares cas où, dans cette œuvre, la femme doit être plus grande que son partenaire…

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Et la réunion de nos deux personnalités nous permit de donner énormément d’intensité à notre interprétation. Je regrette que ce soit la seule et unique fois où j’ai dansé avec lui, car j’en garde une très forte impression. Chaque venue de Balanchine à l’Opéra était pour moi un événement de première importance, d’autant que j’étais devenue un peu sa favorite et que j’avais l’assurance d’interpréter ses nouveaux ballets lors des premières, ce qui m’apportait un souffle artistique nouveau car il me connaissait parfaitement et m’aidait avec une précision me permettant de m’affirmer. Il m’avait, en quelque sorte, adoptée et il souhaita que je vienne à New York danser dans sa compagnie chaque fois que je le pourrais. Je pris cette demande comme une aimable formule de politesse de sa part et non comme une invitation sérieuse. Lorsqu’il revint à Paris, il s’étonna de mon silence et me demanda pourquoi je ne lui avais jamais téléphoné pour fixer avec lui des dates.

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C’est ainsi que, dès l’année suivante, avec l’accord de Rolf Liebermann, je pus me rendre à New York pour faire une saison avec le New York City Ballet et, pendant plus de cinq ans, j’ai pu danser dans les deux compagnies. Lors d’une reprise du Lac des cygnes au Palais des Congrès, où je devais redanser avec Rudolf Noureev, la direction décida de présenter cet ouvrage dans une nouvelle production. Le décorateur qui eut la charge de refaire les décors et les costumes ne souleva pas un enthousiasme général. Bien au contraire, des critiques fusaient de toutes parts. Lorsque les danseuses du corps de ballet sortaient de l’atelier de couture, elles semblaient un peu consternées. Des danseuses du corps de ballet m’avaient prévenue qu’elles allaient envahir la scène dans des tutus orange qu’elles trouvaient d’un goût douteux.

Je redoutais le pire ! Lorsqu’on me présenta mon costume du deuxième acte, il était d’une apparence traditionnelle et Odette, reine des cygnes blancs, était heureusement en blanc, ornée de plumes blanches, et la coiffure correspondait parfaitement au style habituel. J’étais donc rassurée. Il n’en fut pas de même pour celui du troisième acte, où je devais apparaître en cygne noir, au milieu de tout ce chatoiement de couleurs vives et mal assorties. Mon tutu était noir, tout simple, sans aucun ornement, le corsage était également noir, mais en satin brillant. Ce costume me parut d’une banalité sidérante, sans aucun attrait. Il aurait pu être celui d’une élève passant un concours dans une école où le manque d’argent obligerait.

Avec l’indépendance qui m’a toujours caractérisée et guidée dans ma vie artistique, je décidai d’aller au plus vite chez Mme Grontseff, qui créait des costumes pour le théâtre et le cinéma, afin de me faire confectionner un tutu somptueux et que le personnage d’Odile soit spectaculaire dès mon entrée en scène. Je lui expliquai que je voulais des motifs or sur ce tutu noir ; elle choisit des formes de petits soleils dont les rayons étaient ondulés en zigzag, comme l’emblème du Roi-Soleil. Dès qu’elle posa ces motifs sur le tutu qu’elle avait merveilleusement réalisé, je me sentis à l’aise et c’était exactement le costume que je souhaitais avoir. Le résultat était gratifiant et très élégant. Pour la coiffure, je lui demandai de m’apporter des plumes d’oiseaux de paradis, un côté noir qui descendrait le long de mon visage et de l’autre côté des plumes d’oiseaux de paradis grenat qui monteraient et encadreraient le dessus de ma tête.

J’étais ravie de cette nouvelle parure et, sans avertir personne, je me présentai le jour de ce spectacle dans cette tenue. Rudolf, me voyant ainsi vêtue, s’esclaffa : « Ouah… ! Un arbre de Noël somptueux ! » Heureux de mon audace. Lui-même avait son propre costume et non celui de la nouvelle production. Nos deux costumes allaient parfaitement ensemble. Me sentant à l’aise, je dansai d’une façon différente et imposai à mon personnage une tenue plus assurée et conquérante. Lorsque l’acte fut terminé, un des responsables du service artistique se précipita sur moi et me demanda pourquoi j’avais osé porter un costume différent de celui préconisé par la production. Le jeune « habilleur », qui était un de mes fans dans la « maison ».

sachant que le décorateur allait être choqué que l’on ait pu changer un de ses costumes sans son accord. Il me dit qu’il était désolé mais qu’il était obligé d’en faire part à la direction, en l’occurrence à M. Rolf Liebermann, n’admettant pas, sur le plan disciplinaire, qu’une danseuse, même une étoile, puisse avoir sa propre opinion et se présenter en scène suivant son goût et non celui du responsable de la production. À cette réaction, à laquelle je m’attendais bien sûr, je souris gentiment et lui répondis : « Allez-vous faire aussi des reproches à Rudolf Noureev, qui porte ses costumes personnels ? » Embarrassé, il me répondit : « C’était un artiste invité de l’extérieur, alors que vous, vous appartenez à la compagnie, dont vous êtes la danseuse étoile, et il m’apparaît que vous devriez montrer l’exemple !

Si l’on accepte les fantaisies d’une étoile, les autres pourront se permettre d’en faire de même. » Je montai dans ma loge, agacée de ces mesures disciplinaires auxquelles, il faut bien le dire, je ne prêtai aucune attention. Rentrée chez moi, j’avais bien l’intention de réagir à ma manière et, prenant mon stylo, j’écrivis une lettre à Rolf Liebermann, dont voici un extrait : Mon cher Rolf, Je prends une plume de mon tutu de cygne pour vous écrire ce petit mot afin de vous prévenir qu’hier soir, sans le vouloir, la décision que j’avais prise de changer l’un de mes costumes a failli faire déborder le lac sur lequel j’étais supposée glisser. Je n’avais pas l’intention de faire éclater un scandale, bien au contraire. Je voulais me sentir bien dans un costume qui me paraissait être conforme au personnage. Étant donné que Rudolf se présente avec un costume à sa convenance, j’ai pensé, étant sa partenaire, pouvoir en faire tout autant.

Rolf Liebermann me demanda si j’accepterais de danser ce ballet à tour de rôle avec elle et de faire quelques spectacles durant la saison où elle serait invitée. J’acceptai volontiers, sachant qu’elle ne serait jamais malade et que, dans le cas contraire, elle n’abandonnerait son rôle à aucun prix. Par acquit de conscience, je me rendais de temps à autre aux répétitions, ne voulant pas avoir l’air de négliger « le tableau de service », mais de toute façon je ne devais pas être « prévue », car elle avait signé un contrat pour quinze spectacles et aucun costume n’avait été fait pour moi. Un jour où je m’étais placée derrière Zizi pour effectuer quelques pas que Roland Petit venait de lui régler, elle se retourna et me dit d’une voix ferme : « Ghislaine, cela me gêne et me perturbe d’avoir quelqu’un qui danse derrière moi, cela me donne une sorte d’insécurité. »

 Je compris fort bien sa réaction et cessai, dès lors, de venir aux répétitions, la laissant seule avec son partenaire Michaël Denard. J’étais cependant tenue d’être présente avant chaque spectacle, en cas de défection de sa part. Bien sûr c’était inutile car chaque fois elle était d’attaque, prête à affronter ses responsabilités avec avidité. Michaël Denard, avec lequel je tournais pour la télévision le ballet Hamlet que mon mari avait composé quelques années auparavant, me dit : « Écoute, fais attention, Zizi a très mal au tendon d’Achille. Si jamais elle venait à ne pas pouvoir danser il serait bon que je répète un peu avec toi pour que tu n’aies pas tout à apprendre à la dernière minute… » Très décontractée, j’allai avec lui dans un studio à l’Opéra où il me montra quelques passages principaux du ballet. J’assistai aux spectacles, tout en répétant ce rôle que je ne danserais sans doute jamais.

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