mardi 16 octobre 2018

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En passant les menottes à la petite Française, je pensais avoir remporté une victoire sur elle. J’avais réussi à lui faire fermer son clapet, ce qui n’avait pas été une mince affaire. Cette fille, c’est le diable incarné ! Avec son visage en forme de cœur, son teint de lait, sa bouche ronde comme une cerise et ses grands yeux noisette, elle a certainement l’habitude d’obtenir tout ce qu’elle désire. Quelques battements de cils, et les hommes se prosternent à ses pieds ! Il lui suffit probablement d’agiter ses fesses rebondies et ses seins en ogive sous leur nez pour les soumettre à sa volonté. Sauf que ça n’agit pas sur moi. Tout d’abord parce que je suis un policier intègre. Mais aussi parce que je sais me tenir et que je ne saute pas sur tout ce qui bouge. Je n’ai pas fréquenté de femmes depuis plus de huit mois, et après ? Ce n’est pas une raison pour succomber à l’attrait du premier soutien-gorge rembourré venu ! Ainsi, je devais l’emmener au commissariat et la laisser macérer dans une cellule de dégrisement. Le temps qu’elle devienne plus docile et qu’elle me témoigne le respect dû à ma fonction. Au bout de quelques heures, elle m’aurait forcément présenté des excuses. Alors peut-être – oui, peut-être ! – aurais-je consenti à aller tirer 600 dollars au distributeur de billets de la ville voisine. Avec la carte bancaire de la demoiselle, bien évidemment ! J’aurais également prélevé 100 dollars supplémentaires pour payer la contravention que je lui aurais dressée. Ça lui aurait fait les pieds, à cette allumeuse !

Pour qui se prend-elle pour saper mon autorité ? Dans la réserve dont mon père est le Grand Chef ! Il m’a fallu des années pour bâtir ma crédibilité en tant que directeur du service de police de Mendake. Les gens me font désormais confiance. Ils savent qu’ils peuvent compter sur mon dévouement et mon intégrité pour les protéger. Que penseraient-ils de moi si je laissais les rebuffades de la petite Française impunies ? Que je me suis ramolli ? Que je n’ai obtenu ce poste que parce que je suis le rejeton du Grand Chef ? C’est ce qui explique pourquoi je devais lui infliger une sanction exemplaire. Mais l’intervention de Nicole m’oblige à reconsidérer ma position. Je ne veux pas m’opposer à mon amie d’enfance, même si je trouve son idée complètement idiote. Et puis, elle a tant souffert par le passé. Je ne tiens pas à lui faire de la peine. Néanmoins, rien ne m’empêche de me marrer intérieurement en imaginant la petite Française ployer sous le poids d’un plateau trop lourd.

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— Je pense que Nicole a raison ! Ce serait plus sage de l’employer au bar Mandella. En moins de deux semaines, elle gagnerait de quoi payer les réparations de sa voiture. Voilà maintenant qu’Alphonse s’en mêle ! En sa qualité de Sage – l’un des huit membres du Cercle des Sages –, il a son mot à dire. Son avis ne peut être ignoré. — Deux semaines ! croasse la petite Française, manifestement estomaquée. — Je suis d’accord avec eux. Même Jean, alias Castor Peureux, se range à leurs arguments ! Qu’est-ce que cette fille a donc de spécial ? Elle leur a tourné la tête ou quoi ? — Avez-vous seulement réfléchi aux conséquences de cette décision ? demandé-je, voyant la situation échapper à mon contrôle. — Mais je ne peux pas rester ici ni encore moins travailler ! Je suis en vacances, moi ! Je dois me rendre… débite d’une traite la petite Française, avant que je la coupe net. — Écoutez, mademoiselle, je ne veux plus vous entendre. À l’avenir, vous n’aurez le droit d’ouvrir la bouche que quand le bâton de parole sera entre vos mains. Ce disant, je sors de la poche de mon veston un bout de bois orné de deux plumes blanches et d’un chapelet de perles bleues. Je me félicite d’avoir trouvé cette idée pour lui clouer le bec. Dorénavant, elle se tiendra tranquille. J’y veillerai. Ne suis-je pas censé incarner la loi ? Quiconque s’aventure dans la réserve – ma réserve ! – se doit de m’obéir.

Non, je ne suis pas un fou tyrannique. J’applique simplement des méthodes qui ont fait leurs preuves. Lesquelles consistent à prévenir plutôt que guérir. C’est pour cette raison que j’exerce une pression permanente sur chacun de mes deux mille administrés. Grâce à un système centralisé de caméras de surveillance, mon équipe et moi-même sommes en mesure d’assurer une couverture efficace du territoire. Nous pouvons détecter la moindre irrégularité. Comme un excès de vitesse, l’intrusion d’un gang de rue ou lorsqu’une certaine demoiselle aux yeux de biche fait du grabuge sur la voie publique ! Et ce, sans quitter le commissariat. La réserve n’étant pas bien grande, vu qu’elle s’étend sur moins de deux kilomètres carrés, nous sommes capables d’intervenir dans la minute qui suit. Ainsi, depuis six ans que je suis à la tête du service de police autochtone de Mendake, je peux m’enorgueillir du taux de criminalité le plus bas de toutes les réserves indiennes. En ayant recours aux nouvelles technologies – telles que la télésurveillance –, j’ai réduit de moitié mes effectifs, ainsi que la fréquence des patrouilles. En conséquence, d’importantes économies ont été réalisées. Lors de la dernière inspection du ministère de la Sécurité publique, ses représentants m’ont félicité sur la modernité de mes installations et la bonne gestion des sommes à ma disposition. Mon action sur le terrain m’a attiré l’estime de mes concitoyens et les louanges de Marc Gros-René, le Chef familial en charge de la sécurité publique de la réserve. Beaucoup de mères aimeraient m’avoir pour gendre. Mon père est bien le seul dont je n’ai pas forcé l’admiration. Si vous saviez à quel point je m’en fous !

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Tandis que je brandis l’objet rituel dont je me sers pour régler de nombreux conflits, Alphonse opine du chef en signe d’assentiment. Le craquement des phalanges de Jean salue ma proposition. — Mais… commence la petite Française. — Chut ! C’est bien compris ? Tout en fronçant les sourcils d’un air intimidant, je ramène ma prisonnière vers moi et pose un index sur sa bouche. Une bouche aux lèvres chaudes et onctueuses. À ce contact, elle ouvre de grands yeux étonnés et les plonge dans les miens. Rectification : elle n’a pas les yeux noisette, mais d’un marron très clair, presque couleur d’ambre. Et sa peau n’est pas si laiteuse : deux adorables taches roses colorent maintenant ses joues. Malgré, ou peut-être à cause de la méfiance qu’elle m’inspire, je frémis d’excitation. Je ne peux nier la force d’attraction qu’elle dégage. Il y a chez cette femme quelque chose de fascinant. Je me verrais bien m’accrocher à ses tresses, ô combien excitantes, et l’embrasser. Une telle réaction serait d’autant plus inopportune que je sais quel malheur a attiré sur ma famille le fait de s’enticher d’une étrangère. Plus grave encore, une certaine partie de mon corps s’est mise à palpiter ! Aussitôt, je cesse de me coller à la dénommée Estelle. Estelle… quel joli prénom ! Il s’accorde merveilleusement bien avec cette créature que je devine passionnée. Comme une étoile fraîchement tombée du ciel, elle est venue illuminer ma journée. Sa voix cristalline résonne agréablement à mes oreilles. Sous l’épaisse frange de ses cils, au fond d’yeux pailletés d’or, brûle une flamme impétueuse. Seul un ardent désir a pu l’allumer. Eh merde, ce n’est vraiment pas le moment de bander ni de s’adonner à la poésie ! Ce sont des éclairs de fureur et non de désir que je vois briller dans son regard. D’ailleurs, il serait grand temps que je me trouve une petite amie pour canaliser cette montée de sève. Une petite amie qui appartiendrait à mon peuple, qui accepterait de vivre à Mendake et qui ne me tarabusterait pas pour obtenir une demande en mariage. Autant arrêter de rêver ! Une telle perle rare n’existe pas. — Mais je n’en ai rien à foutre de votre truc machin chose ! explose la petite Française, faisant ainsi éclater la bulle intimiste dans laquelle je l’avais enfermée. Il ne m’em Mais je n’en ai rien à foutre de votre truc machin chose ! explose la petite Française, faisant ainsi éclater la bulle intimiste dans laquelle je l’avais enfermée. Il ne m’empêchera pas de vous dire vos quatre vérités. Vous abusez de votre autorité, monsieur. Je n’ai commis aucun délit. En conséquence de quoi, vous n’avez pas le droit de me retenir prisonnière. Relâchez-moi tout de suite ou j’appelle un avocat.

Sans cesser de me foudroyer du regard, elle tape du pied et se débat pour atteindre son sac à main. Ses tresses s’agitent sur sa tête, ce qui me conforte dans mon envie de les agripper. Qu’est-ce qu’elle est excitante ! Au lieu de céder à mes pulsions primaires, je resserre ma poigne sur la paire de menottes et m’empare du téléphone portable qu’elle vient de retirer de son sac à main. — Confisqué ! lui dis-je, très content de moi. Vous n’appellerez personne, mademoiselle, vu que vous allez vous taire, arrêter de postillonner partout et apprendre à écouter. — Je postillonne ? Moi ? — Parfaitement ! Vous postillonnez. Vous êtes une vraie fontaine ! Visiblement désarçonnée par mes propos désobligeants, la petite Française ferme la bouche. Et moi, je ris sous cape tandis que je surprends une lueur inquiète dans ses yeux de biche. Finalement, les femmes sont toutes les mêmes. Une petite vexation de rien du tout suffit à les réduire au silence. Un silence de courte durée, puisque la voix rocailleuse de Nicole s’en vient le troubler. — Le bâton de parole est un outil indispensable à une bonne entente entre les peuples, vous savez ! Il nous enseigne l’écoute et le respect des autres. Chacun peut ainsi exposer son opinion sans être interrompu. — J’ai dit « on se tait » ! ordonné-je, contrarié par cette intrusion qui me prive du plaisir de tourmenter davantage ma prisonnière. — Je ne faisais qu’expliquer nos traditions à ma nouvelle amie. — Ta nouvelle amie ? Puisque tu as tellement envie de t’exprimer, à toi l’honneur ! décrété-je, tout en lui tendant le bâton de parole.


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Voici mon point de vue ! se lance Nicole, dont les grands yeux alertes balaient l’assistance avec appréhension. Estelle a besoin d’argent pour payer Jean. Et notre bar recherche une serveuse. Je pense que ma patronne ne verra aucun inconvénient à embaucher Estelle. Sa rémunération s’élèvera à 10 dollars de l’heure. Si on part sur des journées de six heures, deux semaines de travail suffiront à réunir les 600 dollars. Pour ce qui est du logement, je me propose de l’héberger. Sans cesser de nous scruter fiévreusement, elle se tait. Jean fait craquer les articulations de ses mains, Alphonse toussote, je fronce davantage les sourcils, mais elle ne se laisse pas intimider pour autant. Ses doigts se sont crispés sur le bâton de parole et ne paraissent pas décidés à le lâcher. Quant à la petite Française, elle ressemble désormais à une étoile mourante sur le point d’imploser. Par moment, elle secoue la tête d’un air consterné, comme si elle essayait de se raccorder à une réalité qui la dépasse complètement. Et qui me dépasse également ! — Ça me semble être la meilleure solution, Curtis, ajoute Nicole, après avoir pris une grande inspiration. Estelle n’est pas une délinquante. Tu verras, tout se passera bien. Ignorant mon grognement de mécontentement, elle confie le bâton de parole à Jean. — Moi, tant qu’on me paie, ça me va ! Il ne faudra pas oublier d’acquitter les frais de garde de la Toyota. C’est 50 dollars pour les deux semaines. Soit cinq heures de travail en plus.

Voilà, c’est tout ce que j’avais à dire ! Il donne le bâton de parole à Alphonse et s’appuie contre la Toyota tout en croisant les bras. — J’adhère totalement à ton idée, Nicole. Tout le monde y trouvera son compte. Ta patronne pourra souffler un peu. J’ai cru comprendre qu’elle était sur les nerfs depuis que ses jumeaux étaient en vacances. La demoiselle échappera à la prison, et si tout se passe bien, elle pourra récupérer sa voiture dans moins de deux semaines. Quant à la contravention que tu as l’intention de lui dresser, Curtis, il faut qu’on en parle sérieusement. Je pense que ce serait injuste de lui demander de l’argent.
Voyant que les bouches – y compris la mienne – s’ouvrent tout autour de lui, Alphonse marque une pause. Il brandit le bâton de parole au-dessus de sa tête, comme pour rappeler à son auditoire qu’il n’a pas terminé son plaidoyer. À l’exception de celle de la petite Française, qui demeure bée, les bouches se referment aussitôt. — On pourrait lui confier des travaux d’utilité publique, poursuit-il alors. Comme aider à finir les préparatifs du pow-wow.

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