mardi 16 octobre 2018

Télécharger Petit Pays PDF gratuitement 2

Wild Lovers PDF - Ena Fitzbel (2018)

Partie 2 : Petit Pays epub en ligne gratuit

Estelle J’aurais préféré ne pas céder à la panique. Contrairement aux membres de ma troupe de ballet, je déteste me donner en spectacle, gesticuler ou hurler. Et lorsque ça m’arrive, c’est uniquement parce que mes benêts de danseurs peinent à exécuter mes chorégraphies ! Mais la fumée blanchâtre qui s’échappe du capot s’épaissit dangereusement. Qui sait si mon moteur n’explosera pas d’une seconde à l’autre ? Mue par un suprême instinct de conservation, je saisis mon sac à main, bondis hors de ma Toyota Corolla et me précipite dans la boutique de la station essence. — Au feu ! m’écrié-je, tout en ouvrant la porte vitrée à la volée. Pour toute réponse, le pompiste derrière son comptoir hausse les épaules. Les yeux rivés sur son livre, le vieil homme aux cheveux blancs noués en catogan et à la peau tannée, sillonnée de rides, ne m’adresse pas un regard. Rien ne m’irrite plus que l’indifférence. Je n’aime pas que les gens m’ignorent. Déjà, tout à l’heure, il ne m’avait pas parlé pendant que je payais mon plein. Décidément, son allure placide me met les nerfs en pelote.
— Je vous en prie, venez m’aider ! Ma voiture est en train de brûler, continué-je d’une voix un peu trop haut perchée à mon goût. — Fumée blanche apporte bonheur et paix ! décrète-t-il d’un ton solennel. — Quoi ? Mais vous plaisantez ? Donnez-moi tout de suite un extincteur ! Il lève ses yeux noirs au ciel et pousse un grand soupir. Son immobilité face au drame que je vis est tout bonnement insupportable. Pour un peu, j’en pleurerais. — Vous devriez vous réjouir plutôt que de vous lamenter, poursuit-il avec des airs de bonhomie exaspérants. La fumée blanche est un présage de bonheur. Vous verrez, dans les prochains jours, votre vie subira des changements. Ils seront positifs et agréables, si vous parvenez à les apprécier. — Zut ! Autant parler à un mur ! grogné-je, avant de me mettre à hurler. Mais vous allez vous bouger le train ? Parce que si vous ne faites rien, je vous prédis une explosion cataclysmique. — OK ! OK ! Je vais aller voir ça ! Mais faudra vous calmer, ma petite dame.

Se décidant enfin à agir, le pompiste plie un coin de page, referme son livre et me suit jusqu’à ma voiture. Le capot continue de cracher de la fumée, ce qui devrait être une raison suffisante pour l’ouvrir et jeter un œil dessous. Eh bien, non ! Le vieil homme aux cheveux blancs l’évite soigneusement et s’assoit sur le siège conducteur. Quant à moi, je ne décolère pas. Ma Toyota est en train de se vaporiser – mes vacances avec, par la même occasion ! –, et monsieur « Zénitude » ne trouve rien de mieux à faire que de lire une notice ramassée dans la boîte à gants. — C’est une voiture à essence ! déclare-t-il, après être ressorti du véhicule. — Et alors ? — Alors, il vaut mieux s’abstenir de mettre du diesel dedans. — Je n’ai pas mis de diesel dedans ! mens-je avec mauvaise foi. Je l’ai juste remplie de gazoline ! Et à ras bord, s’il vous plaît ! — Je vous ai vue forcer pour insérer le pistolet de la pompe dans votre réservoir. — Peut-être ! En attendant, mon moteur fume toujours ! répliqué-je sèchement, tout en bouillonnant de l’intérieur. — Il fume, mais il n’explosera pas. Vous avez beaucoup de chance ! Parce que si vous aviez versé de l’essence dans une voiture diesel, elle vous aurait sauté à la figure ! — J’ai mis du diesel parce qu’il y avait écrit « gazoline » sur le bouchon du réservoir. Gazoline, gasoil, c’est la même chose, non ? — Vous n’êtes pas d’ici, vous ! Ça s’entend à votre accent. — Je viens de Paris, lui expliqué-je, tout en me rengorgeant

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— On ne vous apprend pas le français, en France ? La gazoline, c’est de l’essence, pas du diesel ! Non, mais il délire ou quoi ? Depuis onze mois que je vis ici, les gens ne cessent de se polariser sur mon accent. Certains s’en moquent, d’autres me demandent de parler moins vite. Mais jamais au grand jamais personne ne m’a traitée d’analphabète. Même le Cornichon, qui s’exprime parfois dans un drôle de jargon, n’a pas fait référence à nos différences de langue et de culture dans sa lettre de rupture. Dois-je rappeler à cet ignare de pompiste que le français vient de France ? Ayant étudié dans une filière littéraire avant de me tourner vers la danse, je maîtrise la langue de Molière à la perfection. En revanche, monsieur « Zénitude » a raison sur un point. Il vaudrait mieux que je me calme si je veux pouvoir bénéficier de son aide et me sortir de ce mauvais pas

— Et je fais quoi, maintenant ? — Pour commencer, votre voiture ne doit plus rouler. Il faudra ensuite purger le circuit d’essence. C’est bizarre tout de même que vous ayez pu insérer le pistolet dans le réservoir. Normalement, il y a un détrompeur qui rend la manipulation impossible. Estimez-vous heureuse que le garage soit juste à côté d’ici. Jean pourra vous dépanner. Jusqu’à présent, mon univers se résumait à ma Toyota et à l’épaisse fumée blanche qui l’entourait. Me forçant à élargir mon champ de vision, je découvre que la station essence est située au croisement de deux routes à quatre voies. Depuis un bon moment, pas un véhicule ne les a empruntées. Il n’est que 10 heures du matin, pourtant il fait déjà chaud. Le soleil règne en maître dans un ciel bien bleu. Il brûle l’asphalte, fait onduler l’air au-dessus et éclaire des alignements de maisons gris clair à un niveau. Elles se ressemblent toutes. Partout où le regard se porte, elles bordent de larges trottoirs dépourvus de végétation.

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Scrutant un peu plus en détail les alentours, je finis par distinguer un atelier d’artiste dans l’une des rues débouchant sur le carrefour. Des poteries de toutes tailles sèchent juste devant. Trois maisons plus loin, c’est une galerie de peinture qui m’apparaît. Encore plus loin, des rectangles de tissus bariolés pendent à des cordes tendues entre des poteaux électriques.
— Non, pas par-là ! me dit monsieur « Zénitude », qui me tapote l’épaule pour attirer mon attention. Le garage de Jean est juste en face.

En effet, à l’endroit indiqué par le pompiste se tient un atelier de réparation de voitures. De nombreux véhicules sont garés sur le trottoir improvisé en parking. Une route et quelques mètres seulement me séparent de ce garage béni. Mais comment s’y rendre si ma Toyota ne peut plus démarrer ? — Et maintenant, il faut pousser ! ajoute monsieur « Zénitude », qui semble avoir lu dans mes pensées. Sans même me demander mon avis, il retrousse les manches de sa chemise rouge à carreaux, puis empoigne le volant d’une main et la portière de l’autre. Ainsi positionné, il entame la manœuvre pour faire avancer ma voiture. — Allez, on s’y met ! Quelques secondes plus tard, je me retrouve à pousser ma Toyota Corolla, tout en maudissant le Cornichon de m’avoir fourrée dans un tel bourbier.




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