mardi 16 octobre 2018

Chapitre 4 : Télécharger L'étranger PDF epub

Wild Lovers - Ena Fitzbel (2018)


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Les poches vides et le crâne couvert de tresses, je regagne le garage en compagnie d’une Nicole très bavarde. Malgré la masse des soucis qui s’est amoncelée sur ma tête, je l’écoute avec attention. Loin de me rassurer, ses révélations accroissent mon malaise. J’apprends ainsi que je suis coincée dans une réserve indienne. La réserve de Mendake. Tous les gens que j’ai rencontrés depuis le début de ma mésaventure sont des Hurons-Wendats. Des Indiens d’Amérique. Des vrais ! Comme dans les westerns. Étonnant autant qu’inquiétant ! Pourtant, aucun d’eux n’a la peau rouge ! Beaucoup sont blancs comme des cachets d’aspirine. Le pompiste est bien un peu bronzé, mais sans plus. Leurs habits ne diffèrent pas des miens. Je n’ai vu ni plumes ni fragments d’os pendre à leur cou. En revanche, la fascination qu’exerce ma chevelure sur Nicole est bien réelle. Aurait-elle l’intention de me scalper ? Oh non ! Je ne veux pas finir chauve comme un œuf. Et comment réagira monsieur « Bouledogue » lorsque je lui annoncerai que je n’ai pas son argent ? M’attachera-t-il à un totem rituel pour me laisser pourrir au soleil ? La somme de ces funestes perspectives me fait froid dans le dos.

De retour au garage, je retrouve Alphonse et Jean en grande discussion auprès de ma Toyota. Maintenant que je connais leur origine, je les dévisage avec plus de curiosité que jamais. Non, décidément, ils ne ressemblent pas à l’image que je me faisais des Amérindiens. En outre, hormis un léger accent québécois, ils parlent un français impeccable. — Le distributeur de billets était en panne, déclare tout de go Nicole, m’ôtant les mots de la bouche. — Alors, pas de voiture ! tranche monsieur « Bouledogue », qui croise les bras sur sa poitrine d’un air buté. — Mais j’ai cet argent sur mon compte, protesté-je, affolée. Vous pourriez… Je ne sais pas, moi… Par exemple, je pourrais payer les 600 dollars à monsieur Alphonse avec ma carte bancaire, et il vous les reverserait en liquide. — C’est malheureusement impossible ! me répond monsieur « Zénitude » d’un ton sincèrement désolé. Je n’ai pas le droit de sortir de l’argent du tiroir-caisse. Nicole a beau me caresser gentiment les nattes, je n’en retire aucun réconfort. Je ne vais pas tarder à partir en vrille. Trop de menaces pèsent sur mes épaules. Comme celle de me faire scalper. Ou encore de rester piégée ici. Du coup, mon cerveau se met à fonctionner à plein régime et à proposer des solutions audacieuses.

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— Ou bien… l’un de vous pourrait me conduire au distributeur de billets le plus proche, ce qui me permettrait de tirer de l’argent. — Le distributeur le plus proche est à dix kilomètres d’ici, m’annonce ce rabat-joie de monsieur « Bouledogue ». — Je n’ai pas le droit de quitter mon poste à la station essence. — Et moi, ma voiture est en panne, renchérit Nicole. — Dans ce cas, prêtez-moi un véhicule ! m’écrié-je avec des trémolos dans la voix. — C’est 50 dollars ! Payable d’avance et en liquide ! Si quelques heures plus tôt, j’avais simplement envie de pleurer la perte de mon fiancé, maintenant, la rage et le désespoir se surajoutent à ma tristesse. — Mais enfin, vous n’allez pas me laisser moisir ici ! hurlé-je, au bord de la crise de nerfs. — C’est quoi, tout ce raffut ? Quelqu’un va-t-il m’expliquer ce qui se passe ici ? La voix qui a tonné derrière moi me fait taire sur-le-champ. Je prends une grande inspiration et je me fige, préférant éviter une déception. Car nul physique n’est capable d’égaler une telle voix. Sa profondeur, son velouté ne peuvent appartenir qu’à un Adonis. Un homme parfait, venu me sortir de ce mauvais pas ! — Elle ne veut pas payer les réparations de sa voiture. Alors, je ne répare pas ! bougonne le garagiste. — C’est vrai, ça ? continue la voix. Toujours occupée à imaginer quel type d’homme peut faire vibrer ses cordes vocales de façon aussi harmonieuse, je ne réponds pas. Il doit être excessivement beau. J’en ai pour preuve le regard admiratif avec lequel Nicole le fixe.

Hé ! C’est à vous que je parle, mademoiselle ! Comme je ne me tourne toujours pas, une main se pose sur mon épaule pour m’y inciter. Une onde de chaleur se répand aussitôt dans tout mon corps, mettant mes nerfs à vif. L’homme venu me sauver me fait pivoter vers lui. Et là, c’est le choc ! Car l’individu qui me fait face est divinement bien assorti à la voix. Oh que oui ! Il a tout ce qu’il faut, là où il faut ! Même le Cornichon, qui est plutôt beau gosse, ne lui arrive pas à la cheville. Tout d’abord, il est large d’épaules et grand. Très grand. Je suis obligée de lever la tête pour plonger mes yeux dans les siens. Des yeux d’un vert émeraude, brillant comme des lampes-torches et bordés de longs cils. Il tourne le dos au soleil de sorte que, dans un premier temps, je ne distingue qu’une auréole de cheveux noirs et fins, baignés de lumière. Voletant dans l’air chaud du matin, ils me donnent envie de les recoiffer. Son visage aux traits anguleux dégage énormément de force et de sérieux. Et sa bouche aux lèvres pleines exerce sur moi une irrésistible séduction. Loué soit le Cornichon, qui a ravagé mon petit cœur d’artichaut ! Me voilà à l’abri du coup de foudre !

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Il porte un costume d’officier de police, ce qui me fait dire que je suis pratiquement tirée d’affaire. Contrairement à beaucoup de ses collègues des grandes villes, qui protestent contre la réforme des régimes de retraite en s’affublant de pantalons à pois, rose fluo ou de camouflage, il est vêtu correctement de la tête aux pieds. Il n’en paraît que plus respectable. Je suis persuadée que le bout du tunnel est proche. Grâce à cet homme envoyé par la providence, ma situation va s’arranger. — Expliquez-vous, mademoiselle ! Pourquoi ne voulez-vous pas payer ? Ce sentiment de sécurité que cette voix grave et caressante m’inspire me met immédiatement en confiance. Du coup, je trouve le courage de me livrer et je me transforme en vrai moulin à paroles. — En fait, je suis sûre que vous rirez bien une fois que vous aurez entendu mon histoire. Parce que tout a démarré par un mauvais concours de circonstances…

Voyant le policier froncer les sourcils, je me ravise et décide d’écourter les explications que j’avais prévu d’étoffer. Donc, je venais juste de quitter Québec, lorsque je me suis trompée de route. Mon GPS m’a fait passer par ici. J’en ai profité pour prendre de l’essence… — Elle a mis du diesel dans son réservoir, intervient le pompiste, dont j’avais presque oublié l’existence. Ça lui a été fatal ! — Oui, c’est tout à fait ça. Je… — Elle m’a apporté sa Toyota pour que je la lui répare, m’interrompt le garagiste. Sauf que je veux être payé d’avance et en liquide. — Tu connais Jean ! renchérit Nicole, qui dévore littéralement le policier des yeux. Il est très méfiant avec les étrangers.

Les lèvres entrouvertes, j’essaie en vain d’en placer une. « Allez tous vous faire foutre ! » sont les premiers mots qui me traversent l’esprit, mais je me garderai bien de les prononcer. Je ne souhaite pas donner une mauvaise image de moi au bel homme venu me sauver. Quel âge peut-il bien avoir, au fait ? 30… 35 ans ! Soit à peu près l’âge du Cornichon. Pendant que je me creuse la tête pour savoir comment reprendre la parole, mes interlocuteurs continuent d’accommoder la vérité à leur sauce. Monsieur « Bouledogue » est le plus désagréable de tous, puisqu’il ne cesse de me traiter d’arnaqueuse. Mais le charmant policier est beaucoup trop intelligent, selon moi, pour croire ses affabulations.

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— Eh bien ! Je pense avoir compris le problème, conclut ce dernier, tout en me dévisageant de son regard revolver. Si vous croyiez nous avoir à l’esbroufe, mademoiselle, c’est raté ! Vos tentatives de manipulation ne fonctionnent pas chez nous. Pas d’argent, pas de voiture ! Soit vous donnez les 600 dollars en liquide à Jean, soit je vous verbalise pour abus de confiance et abandon d’épave sur la voie publique. — Pardon ? Je ne m’attendais pas à autant de dureté de la part d’un type au physique de rêve. Lorsqu’on a une voix à mettre enceinte une femme à plus de dix mètres, on ne devrait pas avoir un esprit aussi retors. Ça devrait être interdit par la loi ! — Je vous assure que je n’ai pas l’intention d’abandonner ma Toyota sur le trottoir, ajouté-je, désireuse d’apaiser les tensions par des paroles sages. Tout ce que je souhaite, c’est reprendre la route au plus vite. Je repartirai dès que ma voiture sera réparée. — Ce qui n’arrivera pas, vu que vous ne pouvez pas payer ! me dit le policier, un brin sarcastique. Suivez-moi au poste ! — Mais… — Tu ne vas tout de même pas jeter Estelle en prison ! hasarde timidement Nicole, qui s’est de nouveau accrochée à mes tresses, comme si elle cherchait à me retenir. — Bien sûr que si ! Soit elle paie tout de suite, soit elle finit en taule. — Mais j’ai… — La prison, c’est démesuré ! intervient monsieur « Zénitude ». Pourquoi ne te contentes-tu pas de lui dresser une contravention ? — Parce qu’elle ne pourrait pas la payer, pardi ! ricane le policier. — Mais j’ai l’argent… — Quelqu’un peut me dire ce que je fais de la Toyota qui encombre le passage ? grogne monsieur « Bouledogue ». — Garde-la en fourrière. Hé, monsieur « Tue-l’amour » ! Tu vas me laisser terminer ma phrase, oui ou non ? m’énervé-je intérieurement avant d’exploser.

— Y a-t-il un mot que vous ne comprenez pas quand je vous dis que j’ai l’argent sur mon compte et que je peux payer en carte bancaire ? — Faites un peu attention à vous, mademoiselle, et baissez d’un ton ! réplique vivement le policier tout en pointant un doigt menaçant vers moi. Vous êtes en train d’insulter un représentant de la loi. Ça va vous coûter cher ! — Hé oh ! Je n’insulte personne, moi ! Est-ce que je vous ai traité de con ? Non ! Je dis simplement que si vous me conduisiez à un distributeur de billets qui fonctionne, je vous prouverais que j’ai ce fichu argent et que je peux payer mes réparations. — Ah, ça non ! vocifère-t-il. On ne me la fait pas, celle-là ! Je vous ai percées à jour, vous et vos manigances ! Ça croit que ça peut m’entraîner en dehors de la réserve, où je n’ai plus aucun pouvoir, et me faire le coup de la femme blanche qui a été kidnappée par le méchant Indien ? — Mais n’importe quoi ! hurlé-je, furieuse. J’essaie juste de trouver une solution.

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Pour le coup, je me verrais bien le traiter de con. — Votre solution est foireuse, mademoiselle. Notre échange houleux s’arrête brutalement, comme il sort une paire de menottes de son veston. Nicole étouffe un petit cri, le garagiste fait craquer les articulations de ses doigts, puis le silence retombe. Carrant les épaules et redressant le menton, j’affronte bravement le regard narquois de monsieur « Tue-l’amour ». Il s’avance d’un pas vers moi et m’attrape un poignet, qu’il menotte. Les lèvres pincées dans une moue de mépris, je ne proteste pas. Puis il en fait autant avec mon second poignet. Là encore, je ne me débats pas. À quoi bon ? Paranoïaque comme il l’est, il serait bien capable de m’abattre froidement si je m’avisais de lui tenir tête. Je me contente donc de le toiser avec un majestueux dédain. Attitude que j’ai développée et perfectionnée au cours de mon adolescence, quand mes camarades de classe se moquaient de mon excès de poids. Cependant, derrière le masque figé de mon visage, la révolte gronde. Insultes et sobriquets fusent. « Gros connard de première » figure au haut de la liste. Un sourire railleur au coin des lèvres, celui dont les oreilles doivent forcément siffler me dévisage d’un air satisfait. Oh, ce qu’il peut être exaspérant ! Il mériterait que je lui donne un bon coup de pied dans ses bijoux de famille. — Vous êtes en état d’arrestation, mademoiselle. Suivez-moi au poste, commence-t-il, tout en tirant sur la paire de menottes.

Malgré ma douleur à la cheville, je m’arc-boute des pieds pour résister à la traction. Histoire de ne pas lui offrir une victoire trop facile ! Si je me tortillais un peu, je pourrais même m’emparer de mon téléphone portable. Pour appeler qui ? Mes parents ? En cette saison, ils se prélassent sur un bateau de croisière, en plein milieu des îles grecques. Le Cornichon ? À l’heure qu’il est, il doit certainement lézarder dans son lit, avec une Asperge au creux de ses bras. La police ? Ah, ah, la bonne blague ! Ils croiront à une mauvaise plaisanterie si je leur annonce que l’un des leurs est en train de me molester. Quant à contacter un avocat, jamais ! Ma carte de résident permanent arrivant à expiration, j’ai tout sauf envie d’attirer l’attention des autorités sur moi. On risquerait de me refuser la citoyenneté canadienne. Vous n’avez pas le droit ! m’écrié-je avec l’énergie dudésespoir. — Bien au contraire ! J’ai tous les droits ici. Et vous, vous êtes en droit de garder le silence… me répond-il, avant d’être interrompu par Nicole. — Pourquoi ne viendrait-elle pas travailler au bar ? On a besoin d’une serveuse en ce moment. Estelle pourrait ainsi gagner l’argent nécessaire aux réparations.


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