samedi 20 octobre 2018

Epub : Télécharger La Vraie Vie ebook gratuit




Extrait (1) Télécharger le fichier La Vraie Vie pdf : Ils étaient installés au centre de la petite place enserrée dans un golfe d’immeubles, avec une seule voie d’accès, un seul café au coin et un unique palmier qui suffisait à lui donner une touche exotique. Cet arbre planté dans quelques mètres carrés de terre modifiait la vision qu’on avait des façades, des fenêtres et des portails, comme si le vent l’avait déposé sur la Piazza Bellini. Aucun d’eux n’avait plus de seize ans. En s’approchant, chacun respirait l’haleine de l’autre. Le duel s’annonçait. Les yeux dans les yeux, prêt à fracasser le nez de l’autre d’un coup de tête. Mais Briato est alors intervenu, il s’est placé entre eux, un mur qui dessinait une frontière. « Tu veux toujours pas fermer ta gueule ? Tu continues ! Putain, même pas tu baisses les yeux… » En effet, Renatino ne baissait pas les yeux de honte, mais s’il avait pu faire un geste de soumission, il se serait volontiers exécuté. Baisser la tête et même s’agenouiller. Il était seul contre plusieurs adversaires, et quand il faut vattere quelqu’un, le code de l’honneur ne compte pas. En napolitain, vattere ne signifie pas simplement frapper. Comme souvent avec la langue de la chair, c’est un verbe dont le sens déborde.


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Frapper, c’est ce que fait un policier, un enseignant. En revanche, vattere, c’est le geste de la mère, du père ou du grand-père, de la petite amie qui vous a surpris à lorgner une autre fille avec trop d’insistance. Vattere, on le fait avec toute la force qu’on a, mû par un profond ressentiment et sans respecter aucune règle. Surtout, on le fait avec une sorte de proximité ambiguë, car il s’agit toujours de quelqu’un qu’on connaît. Les autres, on les cogne, on les frappe. On le fait avec ceux qui nous sont proches, physiquement, culturellement ou affectivement, ceux qui font partie de notre vie. Ceux qui ne sont rien pour nous, on les frappe et c’est tout. « Tu likes les photos de Letizia, tu fous tes commentaires partout et tu me mates sur la place ? » l’a accusé Nicolas. Tandis qu’il parlait, les aiguilles noires qu’il avait à la place des yeux transperçaient Renatino tel un insecte. « Je te mate pas. Et si Letizia met ses photos en ligne, ça veut dire que je peux les liker et foutre des commentaires. — Et donc, d’après toi, je devrais pas te vattere ? — Eh, Nicolas, tu me casses les couilles. » Nicolas s’est mis à le bousculer et à le secouer : les pieds de Renatino trébuchaient dans ceux qui l’encerclaient.


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rebondissait sur les types qui faisaient mur devant Nicolas comme sur les bandes d’une table de billard. Briato l’a poussé vers Drago, qui l’a pris par un bras et jeté contre Tucano. Celui-ci a fait mine de lui mettre un coup de boule, puis il l’a renvoyé vers Nicolas. Qui avait une meilleure idée. « Eh, qu’est-ce que vous foutez ? Eh ! » Sa voix sonnait comme celle d’un animal, ou plutôt celle d’un chiot effrayé. Il répétait sans cesse le même son, « Eh ! », telle une supplique. Un son sec. Un « Eh » guttural, un cri de singe désespéré. Appeler au secours était un signe de lâcheté, mais il espérait que ce simple son passerait pour une prière, sans avoir à subir l’humiliation de devoir en dire plus. Personne n’a bougé, les filles se sont éloignées comme si elles ne pouvaient ou ne voulaient pas assister au spectacle qui allait commencer. Pour la plupart, les autres ont fait mine de ne pas être là, mais c’était un public attentif, prêt à jurer, si on l’interrogeait, d’avoir gardé les yeux collés à l’écran de son iPhone et de n’avoir rien remarqué.


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Nicolas a jeté un coup d’œil sur la place puis, d’une violente bourrade, il a fait tomber Renatino, qui a tenté de se relever. Un pied contre sa poitrine, Nicolas l’a de nouveau écrasé au sol. Ils étaient quatre, debout autour de lui. Briato a entrepris de lui immobiliser les jambes en le prenant par les chevilles. Parfois il en laissait échapper une, telle une aiguille suspendue en l’air, mais il parvenait toujours à esquiver les coups de pied que Renatino essayait de lui donner. Puis il lui a lié les jambes avec un cadenas, de ceux qui servent à attacher les vélos. « C’est bien serré », a-t-il commenté après l’avoir fermé. Tucano a passé à Renatino des menottes en métal recouvertes de fausse fourrure rouge qu’il avait dû trouver dans un sex-shop, et il lui flanquait des coups de pied dans les reins pour le calmer, pendant que Drago lui tenait la tête avec une apparente délicatesse, comme les infirmiers qui vous passent une minerve après un accident. Nicolas a baissé son pantalon et, le dos tourné, il s’est accroupi au-dessus de Renatino. D’un geste rapide.

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Briato a entrepris de lui immobiliser les jambes en le prenant par les chevilles. Parfois il en laissait échapper une, telle une aiguille suspendue en l’air, mais il parvenait toujours à esquiver les coups de pied que Renatino essayait de lui donner. Puis il lui a lié les jambes avec un cadenas, de ceux qui servent à attacher les vélos. « C’est bien serré », a-t-il commenté après l’avoir fermé. Tucano a passé à Renatino des menottes en métal recouvertes de fausse fourrure rouge qu’il avait dû trouver dans un sex-shop, et il lui flanquait des coups de pied dans les reins pour le calmer, pendant que Drago lui tenait la tête avec une apparente délicatesse, comme les infirmiers qui vous passent une minerve après un accident. Nicolas a baissé son pantalon et, le dos tourné, il s’est accroupi au-dessus de Renatino. D’un geste rapide, il lui a pris les mains attachées pour les immobiliser et s’est mis à lui chier au visage. « Qu’est-ce que tu en penses, Drago ? D’après toi, un merdeux, ça mange de la merde ? — Je crois, ouais. — C’est bon, ça vient. Bon appétit. » Renatino se démenait et hurlait, mais quand il a vu apparaître cette forme marron, il s’est arrêté d’un coup et a tout fermé. Il a serré les lèvres, froncé le nez et contracté le visage, le figeant dans l’espoir qu’il forme un masque. Drago lui tenait fermement la tête et ne l’a relâchée qu’une fois le premier étron sur son visage, car il ne voulait surtout pas se salir. La tête s’est remise à bouger de droite à gauche et de gauche à droite, comme prise de folie, pour faire tomber la merde posée entre le nez et la lèvre supérieure. Une fois qu’il y est parvenu, il a recommencé à lancer des « Eh » désespérés. « La suite arrive, les gars. Tenez-le bien. — Putain, Nico, c’est bon, il a assez mangé… » Avec les mêmes gestes d’infirmier, Drago lui a de nouveau tenu la tête.


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ment faux et complaisants, de gamins arrogants et vulgaires. Ils ont retiré la chaîne qui entourait les jambes de Renatino, ainsi que les menottes. « Tu peux les garder, c’est cadeau. » Renatino s’est assis et a serré entre ses mains les menottes recouvertes de peluche. Les autres se sont éloignés, puis ils ont quitté la place en parlant fort et en fonçant sur leurs scooters. Des coléoptères géants, se mettant à accélérer sans raison, puis freinant pour éviter de se percuter. Un instant plus tard, ils avaient disparu. Seul Nicolas a gardé ses aiguilles noires pointées sur Renatino jusqu’au bout. Le déplacement d’air ébouriffait ses cheveux blonds qu’il raserait tôt ou tard, c’était décidé. Puis le scooter à l’arrière duquel il était monté l’a emporté loin de la place, et ils ne furent plus que des silhouettes noires.

Forcella, c’est de la matière à cours d’histoire. De la matière vivante. De la chair. Le sens de ce nom est là, dans le pli des ruelles qui le sillonnent tel un visage battu par les vents. Forcella. La fourche. Deux branches. On sait d’où on vient mais pas où on arrive, ni même si on y arrive. Une route symbole. De mort et de résurrection. Qui vous accueille avec un immense portrait de San Gennaro peint sur un mur, vous observant de la façade d’une maison tandis que vous entrez. Ses yeux qui comprennent tout vous rappellent qu’il n’est jamais trop tard pour se relever après la chute et que, comme la lave, on peut arrêter la destruction.

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