vendredi 19 octobre 2018

Extrait 3 : Télécharger Destin français PDF en ligne gratuit


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D’un geste rapide et nerveux, j’abattis le clapet de mon ordinateur, incapable d’aller plus loin. Je me levai, fis le tour de la chambre, une fois, deux fois, dans l’espoir de reprendre mes esprits. Au final, perdue au milieu de sentiments contradictoires et indéchiffrables, j’attrapai mon sweat-shirt – enfin, celui de Martin que j’avais adopté sans en avoir jamais fait la demande – et filai rapidement sur le palier sombre. Dans mon élan, je percutai violemment quelqu’un : Léo ! Qui avait – fort heureusement – changé de tenue. Que faisait-il ici ? N’était-il pas censé être en réunion ? ! Et pourquoi je m’en prenais à lui ? Il n’y était absolument pour rien ! Je m’échappai et m’enfuis rapidement, honteuse, quand je réalisai que les larmes coulaient à torrent sur mes joues.

Après le test de grossesse, il avait fallu que je choisisse, que je prenne une décision. Ce foutu verdict fatidique que je choisis d’assumer seule, face à moi-même, sans rien dire à Martin. C’était impossible. Cela aurait tout changé. Je ne voulais pas qu’il reste pour un enfant. Même si c’était le nôtre, nous ne l’avions pas voulu, pas désiré. Il était arrivé comme ça. Et pourtant, je n’avais rien fait pour, malgré ce que pensait Martin. Et ce fut là, précisément, qu’il me broya le cœur. Me croire capable de ça. De lui faire un enfant dans le dos. Pour le retenir. Par égoïsme pur. Nous ne méritions pas ça. Ni lui, ni le bébé, ni moi. Alors, j’avais agi. Vite. Mais en connaissance de cause. Lucide. Je savais que j’allais perdre Martin. Pour ça et pour le reste. Mais, si je voulais être sincère, si je voulais continuer à me regarder droit dans les yeux, à avancer et surtout parvenir à me reconstruire, je ne pouvais faire autrement.



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En montant, toute seule comme une grande, Brouillon d’un Rêve, la petite galerie à mon image dont j’avais toujours rêvé en secret, j’avais réussi mon pari et réalisé mon vœu le plus cher. À peine un an plus tard, j’avais parlé de ce projet de portraits à Martin. Ses photos me touchaient, mais je sentais qu’il était temps pour lui d’aller plus loin. Nous avions aussi eu l’idée d’y associer des paysages paisibles, blancs et vierges pour illustrer cette opposition que nous portions tous en nous. Ce fut ainsi que notre dossier écrit à quatre mains arriva sur le bureau de Markus. Et voilà que des années plus tard et à plusieurs centaines de kilomètres, j’étais repartie sur la même idée sans y réfléchir. Devais-je continuer ? Devais-je me retenir ? M’oublier une fois de plus ? Et laisser ainsi les autres me dicter ce que je devais faire ? Répondre encore et toujours à leurs attentes et tenter de disparaître du devant de la scène ?

Le soir même, un apéritif de bienvenue fut organisé au An Púcán spécialement fermé pour l’occasion. Je remarquai que toute la maisonnée était présente hormis cette chère Rose. J’étais un peu dans mes petits souliers depuis les révélations de l’après-midi, mais également terriblement excitée à l’idée de commencer les cours le lendemain et de mener ce projet avec les jeunes gens qui me faisaient face. Chacun avait l’air motivé et riche de son propre univers. Ils semblaient tous très différents, ce qui était de bon augure. J’avais immédiatement identifié les deux étudiants qui avaient traversé l’océan pour me rencontrer : Megan, directement sortie de son Texas natal, et Akio, tout juste diplômé de l’école d’arts de Tokyo. J’étais très touchée, bien évidemment, mais aussi assez perplexe. Comment ces jeunes talents étaient-ils arrivés jusqu’à moi ? Par quel biais ? Celui de la galerie ? De Martin ? Je n’osais leur poser la question pour le moment, mais il faudrait que je prenne mon courage à deux mains un jour ou un autre… Ce cher Raphaël me sortit de mes pensées avec son talent tout à fait personnel.

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Le soir même, un apéritif de bienvenue fut organisé au An Púcán spécialement fermé pour l’occasion. Je remarquai que toute la maisonnée était présente hormis cette chère Rose. J’étais un peu dans mes petits souliers depuis les révélations de l’après-midi, mais également terriblement excitée à l’idée de commencer les cours le lendemain et de mener ce projet avec les jeunes gens qui me faisaient face. Chacun avait l’air motivé et riche de son propre univers. Ils semblaient tous très différents, ce qui était de bon augure. J’avais immédiatement identifié les deux étudiants qui avaient traversé l’océan pour me rencontrer : Megan, directement sortie de son Texas natal, et Akio, tout juste diplômé de l’école d’arts de Tokyo. J’étais très touchée, bien évidemment, mais aussi assez perplexe. Comment ces jeunes talents étaient-ils arrivés jusqu’à moi ? Par quel biais ? Celui de la galerie ? De Martin ? Je n’osais leur poser la question pour le moment, mais il faudrait que je prenne mon courage à deux mains un jour ou un autre… Ce cher Raphaël me sortit de mes pensées avec son talent tout à fait personnel.

Mon cœur se contracta douloureusement. Afin de ne pas sombrer dans un nouveau torrent de larmes, je cherchai Betty du regard. Je la vis, au loin, en pleine conversation avec Léo. Elle le regardait du haut de son mètre soixante, le cou tendu, tellement offerte que cela me mit mal à l’aise. Surtout quand Léo croisa mon regard et ne s’en détacha qu’au bout de longues et magnifiques secondes suspendues, me laissant les jambes tremblantes. De son côté, David continuait son monologue. Ce jeune homme était fort surprenant. Il savait tout sur Martin, son œuvre, mais aussi sur ma galerie. J’avais hâte de voir de quoi il était capable. J’étais persuadée qu’il avait quelque chose à sortir, lui aussi, et que le projet que j’avais décidé de mener avec cette classe allait l’aider à éclore.

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Après la visite de contrôle à l’hôpital, j’avais ressenti le besoin d’aller marcher dans le quartier de Martin. Et sans savoir ni pourquoi ni comment, je m’étais retrouvée en bas de chez lui quand j’avais été surprise par un drôle de cortège. Un jeune homme sortait de l’immeuble en poussant le fauteuil roulant d’une dame âgée que je reconnus aussitôt. Il s’agissait de Madeleine. J’en étais sûre, même si je ne l’avais jamais vue. La confirmation me fut apportée par Marcel qui suivait d’un pas joyeux. Le trio rejoignit deux femmes garées dans leur voiture un peu plus bas sur la chaussée. Mon estomac se souleva une énième fois. Il se passait quelque chose. Martin et June étaient déjà probablement sur le retour et je devais en avoir le cœur net. Un instinct de survie me poussa à les suivre. Et ce fut ainsi que je me retrouvai à l’aéroport, bien cachée derrière mes lunettes noires. Je reçus en pleine figure le bonheur radieux et auréolé de ces nouveaux amants, ce couple évident, magnifique et sincère qui ne surprenait absolument personne et que tout le monde attendait avec une joie non dissimulée. Martin et June… Ce merveilleux tableau me déchira en un instant les entrailles, je crus succomber sur place, seule, face à mon désespoir sourd.

Après ce drôle d’après-midi de travail, je pris le chemin de la maison, fatiguée et perplexe. Je repensai aux mots de Léo sur David et ce soir, je partageais son sentiment sur le jeune homme. Le talent n’excuse pas tout et s’il y a bien une chose que je ne supporte pas, c’est le fait de prendre des photos sans que les modèles ne soient au courant ou consentants… OK, je devais bien l’avouer, j’avais exactement fait la même chose avec Léo la veille au soir… Mais ce n’était pas pareil. Je veux dire que c’était dans un but précis… Mauvaise foi ? Oui… Non… Peut-être… En entrant, je découvris Betty et Rose assises face à face à la grande table de la cuisine, une tasse de thé fumante au creux des mains. Je n’avais pas revu Betty depuis le départ pour le déjeuner. J’étais un peu gênée et je m’en voulais de n’avoir pas insisté.de cette chère Rose. De plus, cela était un bon prétexte pour me retrouver avec Betty et tenter de reprendre un semblant de conversation avec elle. Je m’assis doucement, un peu sur la réserve. Pourquoi étais-je mal à l’aise ? Avais-je quelque chose à me reprocher ? – Crème ? Sucre ? Miel ? me proposa Rose en s’activant dans la cuisine. – Nature, ce sera parfait. Ça va ? demandai-je timidement à Betty. – Oui et toi ? me répondit-elle cachée derrière un sourire de façade. – Très bien. Cette journée était super. – Je m’en doute… rétorqua Betty, les lèvres un peu trop pincées pour être honnête. – Je veux dire… Les cours étaient vraiment bien et les élèves sont surprenants et si intéressants… Rose posa un petit plateau sur la table avec ma tasse de thé et une assiette débordant de scones maison. Betty en profita pour s’échapper. Je restai bête et très embarrassée par cette situation. Betty est mon amie. C’est elle qui m’avait fait venir ici et voilà comment je me comportais…

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