vendredi 19 octobre 2018

Extrait 4 : Télécharger La rivière à l'envers PDF epub




La rivière à l'envers en ligne

June avançait vers moi vêtue d’une robe légère et transparente. Son corps semblait flotter. Sa voix arrivait avec un décalage. Sa bouche ne bougeait pas et pourtant, elle me parlait. Des sueurs froides me parcouraient la colonne vertébrale. Le souffle me manquait. Et une douleur sourde me piétinait les entrailles. – J’ai lu, jusqu’au bout, sans jamais fléchir. Oui, tu avais raison, Martin et moi sommes faits l’un pour l’autre. Quelque chose a changé en lui, en nous. Une poussière d’étoile et surtout, surtout, de l’apaisement. Oui, je suis celle que Martin attendait. Et tu as raison, nous nous aimons depuis le tout premier jour. Je suis celle qu’il attendait. Je suis là. Pour lui. Pour toujours. Martin arriva à son tour. Il se colla contre June. Leurs deux corps s’emboîtèrent pour n’en former qu’un. Le mien se désintégrait sur place. J’allais mourir de douleur et de chagrin. Martin s’adressait à moi avec une voix rauque et remplie de méchanceté que je ne lui connaissais pas. Son regard brillait de dureté. Une boule se forma dans ma gorge. – Ce qui doit être sera, dis-tu ? Pas la peine de précipiter les choses ? Laisser la vie faire son travail ? Mais pourquoi es-tu partie Maggy ? Pourquoi fuir ? Parce que tu as tué notre enfant ? Ne m’as-tu jamais aimé, Maggy ? Tu devais rester pour moi, pour nous, pour la galerie. Mais tu es partie… Où es-tu ? J’ai besoin de toi… Je me réveillai en sursaut, sous l’emprise d’une angoisse profonde et qui ne semblait pas près de me quitter. Et s’il leur était arrivé quelque chose ? Comment serais-je au courant ? Qui pourrait me prévenir ? Et comment ? Personne… C’est atroce comme on peut disparaître de la vie d’un être cher en un claquement de doigts.




Je décidai de remonter rapidement dans ma chambre pour reprendre mon souffle et tenter de cacher la misère. Impossible de me présenter face à des étudiants dans cet état. En arrivant devant ma porte, je découvris un petit papier glissé dessous. Je me penchai doucement pour le récupérer, les mains tremblantes, mais il était de l’autre côté. J’ouvris la porte et découvris un Polaroid… Je compris instantanément qu’il s’agissait d’un des clichés que David avait pris la veille. Je restai en émoi. La photo était magnifique. Et pourtant, j’en étais le modèle unique. Il avait capté un regard et une émotion qui m’étaient totalement inconnus. Et pour la toute première fois de ma vie, je pus voir ce que j’étais au plus profond de mon âme et parvins même à me trouver jolie… Ce jeune homme me touchait. Il avait ce talent qui me charmait. Je sentis une partie de mon cœur fondre en repensant au tout premier cliché de Martin, qui m’avait lui aussi procuré la même sensation… Soudain, des pas résonnèrent dans le couloir. Je glissai rapidement le Polaroid dans mon sac et fermai la porte d’un coup de pied agile.

Mon ton était bien loin d’être convaincant, si bien que Raphaël ne prit même pas la peine de me répondre. Il s’engouffra dans le hall, je le suivis en riant comme une ado prise au piège. À ma plus grande surprise, Raphaël avait disparu. Soudain, chose inattendue, mon téléphone vibra pour la toute première fois depuis des jours ! Je le cherchai rapidement tout en prenant le chemin de ma salle de cours. Je finis par l’attraper au fin fond de mon sac, quand le Polaroid surprise du matin s’élança au bout du couloir et finit son vol plané… aux pieds de Léo ! Je restai immobile, mon téléphone vibrant dans la main, comme prise en flagrant délit. Léo me fixa, longtemps, puis finit par se baisser et par le ramasser. Il regarda le cliché, me lança un regard interrogateur, reposa un regard noir sur le Polaroid, le scruta une nouvelle fois, visage contracté, puis me le tendit et partit sans un mot. Le téléphone dans une main, la photo dans l’autre, j’entrai dans ma salle de cours abasourdie. Les étudiants étaient déjà réunis autour de la table. À mon entrée, le silence s’abattit sur la pièce. Tous les visages se tournèrent vers moi. Je pris place à mon tour, posai le téléphone et sortis mes notes. Un bip annonçant un message retentit, ce qui fit rire tout le monde à l’unisson, ou presque…

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En arrivant à The Cupán Tae, je croisai les petites dames de la dernière fois, des habituées donc, qui me sourirent de tout leur dentier. Mais aucune trace de Betty… Je repris mon chemin sans attendre. J’avais envie de marcher. De me perdre. Histoire de faire le tri dans mes pensées. Trop d’émotions en si peu de temps. Il fallait que je fasse le point et que je me retrouve un peu face à moi-même. Comme c’était le cas depuis de trop longues années, des hommes exprimèrent leur plaisir de me croiser sur leur chemin. J’étais blindée. Cela ne m’atteignait plus. Et ce n’était pas aujourd’hui que les choses allaient changer… Mes pas me menèrent vers le bord de mer. Je me retrouvai face à un paysage absolument splendide et extrêmement paisible. Je m’assis sur un banc, face au dernier rayon de soleil et laissai mes pensées voler au gré des vagues. Je pensai à Martin, à Léo et à David. Trois hommes différents mais qui me hantaient chacun à leur manière. Pourtant, j’avais un bon nombre d’années d’écart avec le dernier, mais il était si intrigant, si viril aussi, je devais bien l’avouer… Qu’est-ce qui me prenait ? Comment pouvais-je être touchée par un jeune homme de 20 ans à peine ? ! Probablement son histoire si proche de celle de Martin. Et son talent aussi… Je me demandais bien ce qu’il avait en tête avec ce projet de Polaroid. Allais-je être le seul modèle ? Avait-il une intention plus large ? Et qu’est-ce que cela allait donner à la fin ? Pour la toute première fois, l’idée d’être prise en photo m’amusait. Bien qu’au début, ce ne fût absolument pas le cas, le Polaroid surprise de ce matin m’avait fait radicalement changer d’avis.

Franchement, qui l’aurait cru il y a encore quelques jours ? Pas moi… Ses tourments me touchaient bien évidemment. Et son côté insaisissable aussi. J’avais toujours ressenti une pointe d’excitation face au défi. Un vent frais se leva et me ramena sur la terre ferme. Je me décidai alors à reprendre ma promenade. Toujours pas de Betty en vue. Peut-être était-elle rentrée ? Quant à moi, je devais consulter rapidement mes mails. Impossible de laisser tomber Brouillon d’un Rêve, même en prenant mes distances avec June et Martin. Cette galerie est mienne et le restera. Hors de question que je m’en sépare. Depuis ce matin, j’avais même une petite idée derrière la tête : organiser une exposition à mon retour, avec les photos de certains de mes étudiants et éventuellement d’autres œuvres qui retiendraient mon attention à la fin du stage. Et puis, en mon for intérieur, je me disais que cela ferait probablement du bien à David, que ça pourrait même l’aider à faire décoller sa carrière et que nous pourrions ainsi continuer ce lien artistique que nous tissions petit à petit. J’allais probablement devoir en découdre avec Léo avant, mais cela ne me faisait absolument pas peur. En cette fin d’après-midi, la maison était déserte et silencieuse. Pour la première fois, Rose n’était pas à son poste. Ce qui me soulagea, car je commençais sérieusement à me demander pourquoi cette adorable femme ne bougeait jamais et ce qu’elle pouvait bien faire toute seule, toute la journée, dans sa prison dorée. Je pris le chemin de ma chambre quand j’entendis des pleurs et de drôles de chuchotements… Impossible de savoir d’où cela pouvait bien venir. À vrai dire, mis à part la cuisine et les chambres de Raphaël, Betty et Léo, je n’avais pas encore pris le temps de visiter le reste de notre résidence. Ce fut plus fort que moi, il fallait absolument que je sache d’où cela provenait. Et si c’était Betty ? Si mon amie avait besoin de moi ?

Le dîner du soir avait été organisé depuis la veille et il m’était tout simplement impossible de me faire porter pâle. Il fallait que je sois présente au moins pour mes élèves. L’idée de partager des moments avec eux hors de la salle de cours ou des ateliers pratiques me semblait importante, d’autant plus que mon projet de les exposer tombait à pic après le mail reçu et qui m’avait permis de reprendre mon souffle. En revanche, depuis quelques heures, j’étais littéralement perdue et tiraillée entre l’idée de partir et celle de rester. Comment faire face à Betty après ce que j’avais entendu ? Comment continuer à la regarder dans les yeux ? De quoi avais-je été témoin ? Betty et Léo avaient-ils eu une relation ? Était-il en train de la quitter ? Après ma découverte glaciale et sans appel, j’avais couru me réfugier dans ma chambre. Le regard de Léo, suivi de celui de Betty et finalement cette porte que l’on m’avait fermée au visage m’avaient terrassée. Une fois à l’abri, j’avais ouvert mon ordinateur pour ne pas penser. Le mail de la galerie était arrivé. June s’était contentée de me le transférer sans le moindre mot. Ce qui était très surprenant de sa part, surtout vu l’ampleur de la nouvelle que transportait le message : je venais de décrocher un énorme contrat pour la promotion de notre projet au pôle Nord. Une tournée internationale s’offrait à nous et je décidai instantanément de la confier à June. Ainsi, j’allais pouvoir reprendre ma place au sein de ma galerie, pendant qu’ils partiraient courir le monde ensemble et loin de moi.

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Comme j’aurais pu m’en douter, je me réveillai avec un rhume carabiné. Après cette soirée mouvementée, je m’étais plongée au cœur de mon lit douillet avec une délectation non feinte. Nous avions terminé Raphaël et moi, en tête à tête, à réfléchir à notre plan. Nous avions bien ri, surtout après le départ de Léo. À croire que notre stratagème avait déjà un effet – totalement inattendu – sur lui. Je repensai à Betty, à notre semblant de discussion, à ses larmes aussi. Je me demandais si finalement je connaissais mon amie aussi bien que ça. Raphaël m’avait avoué que Betty me surnommait « Maggy la dragonne » quand elle racontait notre quotidien d’étudiantes à Londres. Je ne l’avais jamais su… Et ce qui m’avait fait rire au début m’attristait un peu plus ce matin. Je tentai de me lever malgré le bourdonnement incessant qui avait envahi mon esprit et mes oreilles. Une crise d’éternuements s’empara de moi. Que les choses soient bien claires : je n’ai jamais, au grand jamais réussi, à m’ébrouer discrètement. Par conséquent, à chaque détonation – car c’est bien de cela dont il s’agit – je fais littéralement trembler les murs.

David hocha négativement la tête et partit sans un mot de plus. Je restai sur place, quelque peu amusée par sa réaction impulsive, mais également touchée par ses derniers mots. « Et tu le sais ! »… Oui… Non… J’espérais surtout qu’il n’irait pas divulguer le pot aux roses à Betty… Soudain, David se retourna et… me prit en photo ! Après cette journée harassante, je retrouvai le chemin de ma chambre avec grand plaisir. J’avais prévu de dîner dans mon lit, d’une bonne soupe maison, préparée avec affection par ma tendre Rose, et de regarder un bon film. Une fois seule, je me précipitai dans mon dressing et enfilai le pull de Léo. Je n’en revenais pas moi-même comme cette idée m’avait hantée toute la journée. Une fois bien au chaud dans la douceur de mon butin, j’allais à la fenêtre et découvris Léo à la sienne. Mon cœur s’emballa. Malheureusement pour ce soir, impossible d’ouvrir sans me faire attraper avec mes éternuements incessants. Tant pis pour moi. Je devais me contenter de l’admirer sans le prendre en photo. Je décidai de me faire la plus discrète possible en n’allumant que ma lampe de chevet. Ainsi, il pourrait s’imaginer que j’étais au fond de mon lit, comme j’étais censée le faire quelques minutes plus tôt.

Je remarquai qu’elle lui arrivait à peine aux épaules. Je notai également, et de façon immédiate, sa beauté irlandaise, avec ce teint pâle couleur de lait et parsemé de pépites d’or jaune, et la douceur de ses traits finement dessinés. Qui était-elle ? Après l’effet de surprise, je constatai avec soulagement qu’elle était habillée et que son visage et son attitude ne reflétaient aucun stigmate d’adultère. Ils semblaient se connaître parfaitement et je sentais qu’un lien les unissait. Je constatai que me doigts s’étaient agrippés à la laine du pull de Léo. Les battements de mon cœur résonnaient lourdement dans mes oreilles. Je ne respirais plus. J’avais peur d’éternuer et de me faire découvrir. J’aurais aussi tellement voulu être à sa place à elle… C’était plus fort que moi. Mon nouveau téléphone irlandais, acheté sur le chemin du retour avec Raphaël, afin de pouvoir communiquer secrètement, se mit à vibrer sur mon bureau. Je lui sautai dessus comme s’il s’agissait d’une bête sauvage. J’avais reçu un SMS de Raphaël. [Comment se porte ma dulcinée, ce soir ? Je m’inquiète également de savoir si votre soupe fut bonne ?] Je ris malgré moi, mais retournai rapidement à mon poste de garde, tout en pianotant une réponse : [Gentleman un jour, gentleman toujours. La soupe est délicieuse et je vais bientôt sombrer dans les bras de Morphée.] Quand je relevai la tête, la femme inconnue avait disparu. L’oxygène réintégra instantanément mes poumons. Léo portait un regard fixe vers ma fenêtre. Avait-il détecté ma présence ? Pensait-il à moi ? Et si cette femme était sa femme ? S’il s’agissait de la fameuse Emma ? Que viendrait-elle faire ici ? Elle n’avait pas

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