vendredi 19 octobre 2018

Extrait 5 : Téléchager Dialectique éristique Pdf ebook en ligne

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Depuis combien de temps n’avait-elle pas entendu son mari l’appeler ainsi ? Cela la toucha encore plus que la bonne nouvelle. – Félicitations, chère madame, enchaîna le médecin. Mais je vous découvre plus fragile que je ne le pensais. Il va falloir rester allongée pendant toute la grossesse. Sinon, vous risquez de perdre l’enfant. – Je suis tellement heureuse, répondit-elle, indifférente à ce diagnostic. – Je vais te dorloter, dit son mari tendrement. Les mois qui suivirent laissèrent à Dominique des impressions contrastées. Claude était plus présent et plus gentil que jamais, sans que cela parvînt à la rassurer. Elle éprouvait des douleurs épouvantables qui lui arrachaient des cris. Le docteur n’y comprenait rien. Elle était la seule à se douter que ces souffrances exprimaient les deux années d’angoisses térébrantes dont elle émergeait. En elle, une voix disait : « Plus jamais ça ! » Pourtant, elle était sûre d’aimer son enfant. Elle sentait de puissants élans d’amour pour lui.




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– Et si nous appelions ainsi notre enfant, qu’il soit fille ou garçon ? – Pourquoi pas ? Cette conversation fut l’un des moments les plus délicieux de sa grossesse. Le reste du temps, la malheureuse connaissait des tourments sans nom, au physique comme au moral. Le médecin, faute d’identifier ce qu’elle avait, lui assura qu’il s’agissait de crises de tétanie : – Cela se nomme aussi spasmophilie. Terrible à vivre mais sans aucun danger. Vous prenez un sac en papier et vous respirez dedans : cela s’arrangera. Dont acte. Dominique avait beau suivre cette prescription à la lettre, elle n’en éprouvait aucun soulagement. Plus elle approchait du terme, plus les crises se répétaient et s’aggravaient. Elle avait peur que l’enfant ressente son mal et cette appréhension augmentait les symptômes mystérieux. L’accouchement, prévu pour le 20 septembre, eut lieu le 9 de ce mois. Il dura vingt-trois heures d’une souffrance intenable. La mère et l’enfant faillirent mourir. On procéda enfin à une césarienne, qui sauva in extremis Dominique et Épicène. Il était 23 h 54.

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– C’est une belle petite fille, madame. La mère aperçut le minuscule bébé avant de sombrer dans le sommeil. Tandis qu’elle dormait, on alla chercher Claude pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il vint voir Épicène et aussitôt sa mâchoire se contracta. Dominique mit une semaine à retrouver un peu de santé. Mais entre sa fille et elle, l’histoire d’amour fut immédiate. Quand elle la tenait dans ses bras, plus rien n’existait. Claude téléphona : – Je suis allé à la mairie déclarer la naissance d’Épicène. L’employé a commencé par refuser le prénom. Je lui ai appris que c’était du Ben Jonson, il s’en fichait. Alors j’ai attribué la pièce à Shakespeare et c’est passé.

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– Quand viens-tu nous voir, mon chéri ? – J’ai trop de travail pour l’instant, reposez-vous. Lorsque la mère et la fille rentrèrent au logis, l’absence du père fut de plus en plus frappante. Dominique le trouvait plus que distant envers la petite. « Il a tellement voulu cet enfant et maintenant qu’elle est là, il l’ignore », pensa-t-elle. Elle se disait que les hommes s’intéressaient rarement aux bébés et que cela s’arrangerait quand Épicène grandirait. Celle-ci était de bonne composition : elle ne pleurait guère, faisait ses nuits, tétait son biberon sans rechigner et n’adressait à sa mère que des sourires. – Tu as vu comme elle nous ressemble ? dit l’épouse à son mari. Elle tient autant de toi que de moi. Nous ne pouvons pas la renier ! Claude répondit par un rictus hostile. Dominique eut l’impression qu’il scrutait le visage du bébé à la recherche d’autre chose – d’une chose qui manifestement n’y était pas – et il lui parut que la mâchoire de l’époux se contractait. Elle en frémit. « J’ai trop d’imagination », conclut-elle.

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– Tu ne veux pas la prendre dans tes bras ? – Non. Je me sens trop maladroit. Cela puait l’excuse facile. Une nouvelle vie commença, dont Claude s’était volontairement exclu. La mère et la fille devinrent tout l’une pour l’autre. Dominique promenait la petite dans son landau, elle allait aux jardins du Palais-Royal, s’installait sur un banc, asseyait l’enfant sur ses genoux et lui montrait le monde. Les passants s’attendrissaient au spectacle d’une maternité si heureuse. La jeune femme se demandait pourquoi le premier venu regardait Épicène avec plus d’affection que son propre père. À l’appartement, elles jouaient ensemble pendant des heures. La petite était exceptionnellement éveillée, elle comprenait tout et éclatait de rire à la moindre occasion. – Tu es du bonheur, toi, disait Dominique. Quand Claude rentrait, Épicène lui tendait les bras en gazouillant.

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belle, intelligente, vive, joyeuse. « S’il ne l’aime pas, il n’aimera aucun enfant que nous aurions ensemble », comprit-elle. Dominique pensait souvent au gentil garçon dont elle était tombée amoureuse quatre années auparavant. Qu’avait-il pu lui arriver pour qu’il change à ce point ? Elle ne doutait pas que la métamorphose provînt de son travail : tant de responsabilités, tant d’angoisses, avec à la clef une réussite professionnelle prodigieuse. « Il n’y a rien à regretter, songeait-elle. Il faut se réjouir de son succès dont il est si fier, quoi qu’il en coûte. Il a voulu tout ça et il m’a choisie pour être à ses côtés. » Elle s’isolait parfois avec le flacon de Chanel No 5 qu’elle n’osait plus porter. Et respirait le parfum du temps où l’amour l’enivrait. À l’âge de cinq ans, Épicène sut qu’elle n’aimait pas son père. Ce ne fut pas une révélation, mais la première formulation d’une vérité qui avait germé en elle une ou deux années plus tôt.

Ce qui lui mit la puce à l’oreille fut, comme souvent lorsqu’il s’agissait d’une découverte intellectuelle, une conversation avec sa mère. Celle-ci venait la chercher chaque jour à l’école maternelle et elles rentraient ensemble à pied à la maison en bavardant. Maman demandait ce qu’elle avait fait et la petite racontait les dessins, les gommettes, les chansons et les jeux. L’entretien se terminait toujours par cette question d’Épicène : – Est-ce que papa est là ? – Non. Cette réponse procurait immanquablement à l’enfant un plaisir qu’elle cachait. Elle sentait qu’il eût été impoli de montrer sa joie. Mais elle se réjouissait de savoir qu’à l’appartement régnerait la douce tranquillité du monde sans papa. Dominique s’y trompa, qui perçut du chagrin dans la simulation de sa fille. Un jour, elle crut nécessaire d’expliquer : – Tu comprends, papa travaille. Il a réussi à créer une société formidable, il emploie beaucoup de gens. Il ne faut pas lui en vouloir de ne pas avoir plus de temps pour jouer avec toi.

belle, intelligente, vive, joyeuse. « S’il ne l’aime pas, il n’aimera aucun enfant que nous aurions ensemble », comprit-elle. Dominique pensait souvent au gentil garçon dont elle était tombée amoureuse quatre années auparavant. Qu’avait-il pu lui arriver pour qu’il change à ce point ? Elle ne doutait pas que la métamorphose provînt de son travail : tant de responsabilités, tant d’angoisses, avec à la clef une réussite professionnelle prodigieuse. « Il n’y a rien à regretter, songeait-elle. Il faut se réjouir de son succès dont il est si fier, quoi qu’il en coûte. Il a voulu tout ça et il m’a choisie pour être à ses côtés. » Elle s’isolait parfois avec le flacon de Chanel No 5 qu’elle n’osait plus porter. Et respirait le parfum du temps où l’amour l’enivrait. À l’âge de cinq ans, Épicène sut qu’elle n’aimait pas son père. Ce ne fut pas une révélation, mais la première formulation d’une vérité qui avait germé en elle une ou deux années plus tôt.

Ce qui lui mit la puce à l’oreille fut, comme souvent lorsqu’il s’agissait d’une découverte intellectuelle, une conversation avec sa mère. Celle-ci venait la chercher chaque jour à l’école maternelle et elles rentraient ensemble à pied à la maison en bavardant. Maman demandait ce qu’elle avait fait et la petite racontait les dessins, les gommettes, les chansons et les jeux. L’entretien se terminait toujours par cette question d’Épicène : – Est-ce que papa est là ? – Non. Cette réponse procurait immanquablement à l’enfant un plaisir qu’elle cachait. Elle sentait qu’il eût été impoli de montrer sa joie. Mais elle se réjouissait de savoir qu’à l’appartement régnerait la douce tranquillité du monde sans papa. Dominique s’y trompa, qui perçut du chagrin dans la simulation de sa fille. Un jour, elle crut nécessaire d’expliquer : – Tu comprends, papa travaille. Il a réussi à créer une société formidable, il emploie beaucoup de gens. Il ne faut pas lui en vouloir de ne pas avoir plus de temps pour jouer avec toi.

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