mardi 16 octobre 2018

Partie 3 : Grand prix des Lectrices de Elle 2005 pdf en ligne Gratuit

Wild Lovers - Ena Fitzbel (2018)

PDF Grand prix des Lectrices de Elle 2005 ebook gratuit

Estelle Si jusqu’à présent j’estimais que ma situation ne pouvait être plus désespérée, c’était parce que je n’avais pas encore rencontré Jean, le garagiste. En voyant ce dernier sortir de son atelier, je comprends que ma descente aux enfers ne fait que commencer. C’est un petit homme râblé d’une cinquantaine d’années et au crâne chauve. Bien que vêtu d’un simple bleu de travail, il impose le respect et le silence. Son visage rond aux joues de bouledogue ne prête pas à la rigolade. Et ses yeux qui dardent des éclairs sont plus flamboyants que toutes ces carrosseries de voitures brûlant au soleil dans l’attente d’une réparation.Aussi, je ne pipe mot quand il s’avance vers moi. Je parie qu’il va se mettre à aboyer. — Encore une éclopée ! Mais ça n’en finira donc jamais ? gronde-t-il tout en reniflant l’air de son nez épaté. Gagné ! Un chien n’aurait pas fait mieux ! Un peu effrayée par les braillements de monsieur « Bouledogue », je me tasse sur moi-même et regarde mes pieds. A-t-il prononcé ces paroles parce que ma Toyota est cabossée de partout ou en raison de mon boitillement ? Pour pousser ce mastodonte d’acier jusqu’au garage, j’en ai vu de toutes les couleurs. En effet, le pompiste m’a laissée fournir la totalité de l’effort, se contentant de tenir le volant et de donner des ordres. Résultat des courses : je sue à grosses gouttes, ma cheville me fait mal, et deux ongles ont cassé. La poisse ! Et dire que je venais tout juste de m’offrir une manucure pour plaire au Cornichon !

Salut, Jean ! Tu as encore des soucis ? demande calmement monsieur « Zénitude », dont la chemise n’est même pas trempée. — Salut, Alphonse. Ouais, je croule sous le travail, lui répond monsieur « Bouledogue », qui s’essuie les mains sur sa combinaison bleue toute tachée, avant de serrer celle du vieil homme aux cheveux blancs. Et avec le pow-wow qui approche, tout le monde veut tout immédiatement. C’est quoi, ça ? — Une nouvelle cliente ! Elle a mis du diesel dans une voiture à essence. — Pas possible ! Elle a dû forcer comme une malade pour introduire le pistolet dans le réservoir. — J’en ai bien l’impression. — Si ce n’est pas une honte de martyriser une aussi belle pouliche ! ajoute monsieur « Bouledogue », tout en tapotant le capot de ma Toyota comme s’il avait affaire à une jument. — Elle ne savait pas. Elle n’est pas d’ici. — Pff ! Ça prend le volant, et ça n’est même pas fichu de s’occuper d’une voiture. Ça devrait circuler à vélo ou à trottinette ! Me sentant insultée, je vois rouge. Le sang me monte aux tempes, et l’envie d’en découdre me saisit. La dénommée « ça » t’emmerde ! me retiens-je de hurler.

J’aimerais expliquer au garagiste ce que je pense de ses réflexions à la noix, mais le vieil homme aux cheveux blancs ne m’en laisse pas le loisir.

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Tu te noies dans un verre d’eau, Jean ! Comme toujours ! Tu ne vas tout de même pas refuser d’aider une demoiselle en détresse. Et puis, il n’y a pas grand-chose à faire pour réparer. Il faut juste vidanger. — Oui, ce n’est pas… commencé-je, ne souhaitant plus faire tapisserie. Monsieur « Bouledogue » me coupe la parole avant que j’aie pu appuyer les propos du pompiste. — Ça, c’est toi qui le dis, Alphonse ! J’en ai pour une bonne journée de travail. Et de toute manière, ce ne sera pas pour tout de suite. Elle passera après toutes mes urgences, réplique-t-il, tout en désignant son parc à voitures d’un grand geste de la main. — Une journée ? m’écrié-je, atterrée. — Comment ça, une journée ? renchérit monsieur « Zénitude ». Tu ouvres le bouchon de purge, et c’est terminé ! — Le moteur a souffert, rétorque le garagiste, qui continue de m’ignorer. Avec toute la fumée qu’il a crachée, il y a de fortes chances pour qu’il soit endommagé. Je vais devoir vidanger, nettoyer tout le circuit, changer le carburateur… J’en passe et des meilleurs ! — N’importe quoi ! Tu as bien mérité ton surnom de Castor Peureux ! — Parce que c’est toi qui m’aideras ? Mon apprenti est malade. J’ai la Honda Civic du Grand Chef sur le pont. Hors de question de l’en descendre avant d’avoir trouvé pourquoi son moteur ronfle… Dans cette conversation aux allures de match de tennis, il m’est impossible de prévoir où la balle tombera. Je ne sais plus à quel saint me vouer. L’espoir le dispute à l’appréhension en permanence. Je ne cherche même pas à comprendre ce que les deux hommes racontent. La seule chose qui m’importe est de savoir si je réussirai à m’extirper de ce trou à rats. Préoccupée par mon propre devenir, je ne m’aperçois de la présence d’une tierce personne que lorsqu’une main m’effleure le crâne, ce qui me fait sursauter.

Vos cheveux ! Ils sont magnifiques ! me murmure une voix rocailleuse dans mon dos. Aussitôt, je décroche de la discussion et me tourne vers la nouvelle arrivante. Une jeune femme brune très maigre et très pâle, aux grands yeux noirs. Elle doit bien avoir la trentaine, soit environ mon âge. Je lui trouve des airs d’épouvantail avec son jean et son débardeur bien trop larges. Les touffes de fins cheveux qui s’échappent de dessous son chapeau de paille parfont le tableau. Au secours ! Sortez-moi de là ! — Je… Merci… bégayé-je, prise au dépourvu. — Vraiment très beaux ! On doit vous le dire souvent, non ? — Oui, oui. En fait, non ! Le Cornichon appréciait particulièrement mes fesses, mais jamais il ne m’a complimentée sur mes cheveux. — Moi, c’est Nicole. Et vous ? me demande la jeune femme aux grands yeux noirs tout en me tendant une main. Je la serre maladroitement. — Je…. Mon nom… Estelle. Peut-on m’expliquer pourquoi je bafouille ? Je ne suis pourtant pas du genre à perdre mes moyens. Est-ce parce que cette femme s’est agrippée à une mèche de mes cheveux ? Elle ne veut plus la lâcher. La fixité de son regard me met réellement mal à l’aise.

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Ne vous inquiétez pas pour votre voiture, mademoiselle, poursuit-elle de sa voix râpeuse comme une lime. Jean est toujours bourru avec les étrangers, mais il n’a pas mauvais fond. Pas vrai, Alphonse ! — Salut, Nicole. C’est ton jour de relâche, aujourd’hui ? lui dit le pompiste, qui interrompt sa conversation avec le garagiste pour se tourner vers elle. — Salut, Alphonse. Non, je suis juste venue voir si ma voiture était prête, et ensuite, je repars travailler. — Salut, Nicole, intervient monsieur « Bouledogue », tout en esquissant une grimace qui ressemble à un sourire. Faudra attendre un petit peu. Notre Grand Chef passe avant tout le monde. Il a besoin de son véhicule pour rencontrer le directeur de Loto-à-Québec demain. — Toujours pour cette histoire d’implantation d’un casino sur la réserve ? — Oui. — Tu pourrais lui en prêter un, lui suggère monsieur « Zénitude ». — Et pour moi ? hasardé-je, de plus en plus stressée à l’idée de demeurer coincée ici. — Pour vous, ce sera 600 dollars si vous voulez avoir votre Toyota ce soir ! — 600 dollars ? m’écrié-je, complètement désemparée. Du coup, je ne réagis pas lorsque Nicole glisse ses doigts dans mes cheveux pour les démêler. — Tu n’y vas pas de main morte ! proteste le pompiste. C’est dispendieux ! — C’est une belle somme ! rebondit ma coiffeuse improvisée, qui maintenant s’attelle à me tresser une natte.

Moi, ce que je pense, c’est que je suis en train de me faire plumer comme un pigeon ! Mais quel autre choix ai-je à ma disposition ? Appeler une dépanneuse me coûterait plus cher, et mes vacances seraient définitivement gâchées. Même si je parvenais à contacter le Cornichon, je ne pourrais attendre aucune aide de sa part. Il ne me reste plus qu’à accepter de payer. — Oui, c’est cher ! leur répond monsieur « Bouledogue ». Mais c’est ça ou elle s’achète une trottinette ! Et c’est réglable d’avance. Toujours sous le choc, j’ouvre mon sac à main. Ma chevelure compte déjà une tresse lorsque le garagiste repousse la carte bancaire que je lui tends. — Je ne prends que du liquide. — Mais je n’en ai pas ! croassé-je, de plus en plus déstabilisée. — Il y a un distributeur de billets sur la place du Totem, me dit gentiment le pompiste, qui décidément est bien le seul être compatissant de ce maudit endroit. — Je peux vous y conduire si vous voulez ! Tandis que Nicole achève de formuler sa proposition, une deuxième natte se termine. Hochant la tête comme une automate, je lui emboîte le pas jusqu’au carrefour. Marchant côte à côte, nous le traversons, puis nous nous engageons sur la route d’en face. Deux cents mètres plus loin, nous tournons à droite dans une ruelle. Tout du long, le soleil frappe de ses rayons obliques les alignements de maisons basses, ce qui nous procure un peu d’ombre. Plus nous avançons, plus nombreux sont les gens qui croisent notre chemin. Tous ont les bras chargés de cabas et de sacs. Nicole semble bien les connaître, puisqu’elle a toujours un petit mot gentil pour eux.

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La place piétonne sur laquelle nous débouchons est bordée de commerces et de restaurants. En son centre se dresse un labyrinthe d’étals bigarrés, regorgeant de produits frais. C’est jour de marché. Il y règne une animation qui contraste avec le calme des rues adjacentes. Un vacarme de palabres et de marchandages emplit l’espace sonore, qu’un roulement de tambour essaie de rythmer. Par-dessus ce brouhaha de couleurs, on distingue le haut d’un totem tout en bois. Preuve que nous sommes arrivées à destination ! — C’est ici que je travaille, m’explique Nicole, tout en désignant la devanture d’un bar. Là encore, je ne réplique pas. Ma cheville me fait toujours souffrir, et il me tarde d’en finir avec toute cette histoire. Je vais me dépêcher de tirer de l’argent et de le rapporter au garagiste. Ainsi, il pourra commencer les réparations. Pendant que Nicole entame une troisième natte dans ma chevelure, j’insère ma carte bancaire dans le distributeur de billets attenant à une boutique d’artisanat. Distributeur qui s’avère être… en panne ! Dites-moi que je ne suis pas maudite ! — C’est ennuyeux ! s’exclame Nicole. Ennuyeux ? Un bouton sur le nez, c’est ennuyeux. Un ongle cassé, c’est ennuyeux. Mais un distributeur en panne, c’est carrément horrifique !

Y a-t-il un autre distributeur de billets dans les environs ? demandé-je, pleine d’appréhension. — Non, c’est le seul de la réserve. Re-la poisse ! Comment vais-je payer monsieur « Bouledogue » ? Pas en nature, j’espère ! Le crâne pourvu d’une cinquième tresse, je rumine ma colère. J’ai envie de casser quelque chose. N’importe quoi ou n’importe qui ferait l’affaire. Pas le distributeur ! Il a déjà eu son compte ! Nicole constituerait un exutoire idéal, si seulement quelques passants ne s’étaient pas arrêtés pour nous dévisager. Et si elle n’était pas l’une des deux seules personnes susceptibles de me venir en aide !

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